Six mois après avoir tiré la sonnette d’alarme sur la situation financière critique du Cameroun, la loi de finances 2026, promulguée le 17 décembre 2025, confirme malheureusement notre diagnostic : le pays s’enfonce davantage dans une spirale d’endettement insoutenable. Avec un budget de 8 816,4 milliards de FCFA et un besoin de financement frôlant les 3 104,2 milliards de FCFA[^1], le Cameroun ne fait que repousser l’échéance d’une crise financière systémique. Cette loi de finances, loin de corriger les déséquilibres structurels que nous avions dénoncés, ne fait qu’amplifier la dépendance chronique à l’endettement.
1. Un Budget en Trompe-l’œil : L’Illusion de l’Expansion
1.1 Une Augmentation Budgétaire Factice
Le gouvernement camerounais se félicite d’un budget en hausse de 14% par rapport à 2025, passant de 7 735,9 milliards FCFA à 8 816,4 milliards FCFA[^2]. Cette augmentation apparente masque une réalité bien plus sombre : l’essentiel de cette croissance est financée par de la dette nouvelle, non par une amélioration des recettes propres.
Les recettes internes sont projetées à 5 887 milliards FCFA, en hausse de seulement 8,3% (+452,2 milliards) par rapport à 2025[^3]. Cette progression modeste des ressources propres contraste violemment avec l’explosion des besoins de financement, démontrant que le Cameroun continue de dépenser bien au-delà de ses moyens.
1.2 L’Équation Insoutenable : Recettes Propres vs Dépenses Obligatoires
Reprenons les chiffres essentiels de la loi de finances 2026 :
• Recettes internes : 5 887 milliards FCFA
• Dépenses hors principal de la dette : 6 210,5 milliards FCFA[^4]
• Service de la dette (intérêts + principal) : 2 423,1 milliards FCFA
o Intérêts : 532,5 milliards FCFA
o Principal : 1 890,6 milliards FCFA[^5]
Le constat est implacable : les recettes propres du Cameroun (5 887 milliards) ne couvrent même pas les dépenses courantes (6 210,5 milliards), avec un déficit initial de 323,5 milliards FCFA. Si on y ajoute le service de la dette, le besoin de financement atteint des proportions catastrophiques. C’est précisément la situation que nous dénoncions dans notre article précédent : un État qui ne peut plus fonctionner sans s’endetter.
2. Le Service de la Dette : Une Hémorragie Incontrôlée
2.1 L’Explosion du Poids de la Dette
Le service de la dette connaît une augmentation vertigineuse en 2026. Selon les documents officiels, il passerait de 7,0% du PIB en 2025 à 8,8% du PIB en 2026[^6], soit une hausse de près de 26% en un an. En valeur absolue, le service total de la dette atteint 2 423,1 milliards FCFA, dont :
• Intérêts de la dette : 532,5 milliards FCFA, en augmentation de 23,5% (+101,5 milliards) par rapport à 2025[^7]
• Amortissement du principal : 1 890,6 milliards FCFA, dont 1 041,6 milliards pour la dette intérieure[^8]
Plus préoccupant encore, selon les données du Trésor français, le service de la dette absorberait 37% des recettes budgétaires (dons compris) en 2025, pour atteindre 2 065,5 milliards FCFA, soit 6,1% du PIB[^9]. Cette proportion devrait encore augmenter en 2026.
2.2 Les Arriérés : Le Symptôme d’une Trésorerie Exsangue
Au-delà du service régulier de la dette, le gouvernement doit faire face à l’apurement d’arriérés massifs :
• Arriérés intérieurs (restes-à-payer) : 485,4 milliards FCFA au 30 septembre 2025[^10], correspondant aux factures impayées aux fournisseurs de l’État
• Remboursement des crédits de TVA : 84 milliards FCFA[^11]
Ces arriérés révèlent ce que nous avions souligné : une trésorerie publique en état de quasi-faillite, incapable d’honorer ses engagements courants dans les délais normaux.
2.3 Le Cercle Vicieux : S’Endetter pour Rembourser la Dette
Pour financer ce service de la dette et apurer les arriérés, le Cameroun n’a d’autre choix que de recourir massivement à de nouveaux emprunts. Un décret présidentiel du 21 janvier 2026 autorise la levée de 1 650 milliards FCFA d’emprunts[^12], répartis comme suit :
• Emprunts extérieurs (eurobond) : 1 000 milliards FCFA
• Emprunts bancaires locaux : 589,7 milliards FCFA
• Émissions de titres publics : 400 milliards FCFA
Cette stratégie de « refinancement de la dette par la dette » est caractéristique d’un État en détresse financière. Le Cameroun emprunte aujourd’hui à des taux plus élevés pour rembourser des dettes contractées à des conditions plus favorables, creusant ainsi le déficit structurel.
3. Le Besoin de Financement : 3 104,2 Milliards de Dette Nouvelle
3.1 L’Anatomie d’un Déficit Structurel
Le besoin global de financement pour 2026 atteint 3 104,2 milliards FCFA[^13], en hausse vertigineuse de 777,5 milliards par rapport à 2025. Ce montant se décompose ainsi :
• Déficit budgétaire primaire : 631 milliards FCFA (1,7% du PIB)[^14]
• Autres charges de financement : incluant le service de la dette, les arriérés et autres obligations
Pour combler ce gouffre, le gouvernement prévoit de mobiliser :
| Source de financement | Montant (milliards FCFA) | % du total |
| Tirages sur prêts-projets | 826,7 | 26,6% |
| Emprunts extérieurs | 1 000,0 | 32,2% |
| Emprunts bancaires | 589,7 | 19,0% |
| Émissions de titres publics | 400,0 | 12,9% |
| Financements exceptionnels | 167,8 | 5,4% |
| Appuis budgétaires | 120,0 | 3,9% |
| TOTAL | 3 104,2 | 100% |
3.2 La Réalité Derrière les Chiffres
Plus de 35% des ressources nécessaires au fonctionnement de l’État en 2026 proviendront de nouveaux emprunts. Autrement dit, le Cameroun emprunte plus du tiers de son budget annuel, une proportion insoutenable à moyen terme.
Pire encore, avec des recettes internes de 5 887 milliards et un besoin de financement de 3 104,2 milliards, le ratio dette nouvelle/recettes propres atteint 52,7%. Cela signifie que pour chaque franc CFA collecté par le fisc, l’État doit emprunter 53 centimes supplémentaires.
4. L’Encours de la Dette : Une Bombe à Retardement
4.1 L’Évolution Préoccupante du Stock de Dette
Au 30 septembre 2025, l’encours de la dette publique atteignait 14 591 milliards FCFA, soit 43,9% du PIB[^15]. À fin 2024, selon la Caisse Autonome d’Amortissement (CAA), la dette s’élevait à 14 237 milliards FCFA (45,6% du PIB)[^16], en augmentation de 7,8% en glissement annuel.
Si l’on projette l’évolution en 2026 avec les nouveaux emprunts prévus (environ 1 990 milliards FCFA d’emprunts bruts), moins les amortissements (1 890,6 milliards), l’encours de la dette pourrait dépasser les 14 700 milliards FCFA à fin 2026, approchant dangereusement le seuil de 46-47% du PIB.
4.2 Le Classement FMI : Risque Élevé de Surendettement
Le Cameroun est classé par le FMI et la Banque Africaine de Développement (BAD) dans la catégorie des pays présentant un « risque élevé de surendettement« [^17]. Cette classification n’est pas anodine : elle reflète le dépassement des ratios de liquidité critiques, notamment :
• Service de la dette / Recettes d’exportation
• Service de la dette / Recettes publiques
5. Les 5 642 Milliards de SEND Dormants : Le Paradoxe Insoutenable
Le Cameroun dispose de 5 641,9 milliards FCFA de financements extérieurs non utilisés au 30 septembre 2025[^30] – soit 1,5 fois le besoin de financement 2026 (3 104 milliards). Cette somme se répartit ainsi :
• SEND (prêts signés non décaissés) : 4 714,7 milliards FCFA[^31]
• Financements autorisés non signés : 927,2 milliards FCFA[^32]
Plus grave : 2 856 milliards de SEND « à contraintes » (63% du total)[^33] – prêts signés depuis plus de 5 ans, projets aux délais expirés, financements sans décaissement 6 mois après signature.
Les causes : Préparation défaillante (prêts signés avant études techniques), fonds de contrepartie insuffisants (15-25% non mobilisés), blocages administratifs et corruption.
Exemples concrets : Eau potable Yaoundé, route Ebolowa-Kribi (130 milliards bloqués), projets éducatifs BID non exécutés[^34].
Le coût : 12-24 milliards/an de commissions pour rien, croissance perdue, risque d’annulation des financements, crédibilité détruite.
Le paradoxe qui tue : Le Cameroun prévoit d’emprunter 3 104 milliards en 2026 alors qu’il a 5 642 milliards disponibles mais inutilisés[^35]. Le problème n’est pas un manque de ressources, mais une incapacité à les transformer en projets concrets.
6. La Solution Ignorée : Le Refinancement Structuré des SEND
6.1 Le Principe : Restructurer au Lieu d’Emprunter Davantage
Face aux 5 642 milliards de SEND dormants et au besoin de 3 104 milliards pour 2026, une alternative s’impose : restructurer intelligemment les engagements existants plutôt que contracter de nouvelles dettes.
La formule : SEND restructuré = SEND ancien + Nouveau besoin – Annulations
Exemple secteur routier :
• SEND anciens : 1 200 milliards (dont 200 Mds à annuler – projets caducs)
• Nouveaux besoins 2026 : 520 milliards
• Solution : Restructurer 1 000 Mds viables + intégrer 520 Mds nouveaux
• Résultat : 520 milliards de dette nouvelle évitée
6.2 Simulation Globale et Avantages
Application à tous les secteurs :
| Situation | Montant (milliards FCFA) |
| SEND dormants actuels | 4 715 |
| Annulations (projets morts) | -1 865 |
| SEND viables à restructurer | 2 850 |
| Nouveaux besoins 2026 | 2 104 |
| Dette nouvelle nécessaire | 850 |
| Dette nouvelle prévue (LDF 2026) | 2 104 |
| ÉCONOMIE NETTE | 1 254 |
Avantages :
1. Réduction massive du besoin : De 3 104 à 1 850 milliards (-40%)
2. Assainissement : Élimination des SEND zombies
3. Crédibilité retrouvée : Signal positif aux bailleurs
4. Accélération projets : Anciens projets réactivés, nouveaux mieux préparés
5. Économies sur 5 ans : 10 440 milliards FCFA (intérêts inclus)
Impact sur la trajectoire de dette 2026-2030 :
| Sans restructuration | Avec restructuration | |
| Encours dette 2030 | 25 100 Mds (62% PIB) | 17 100 Mds (42% PIB) |
| Service dette/recettes | 52% | 33% |
7. Les Risques Imminents et le Scénario de Crise
7.1 Le Mur de la Dette en 2026-2027
Selon les projections, le Cameroun fait face à une concentration dangereuse d’échéances de remboursement en 2026 et 2027. Cette situation crée un « mur de la dette » qui pourrait provoquer une crise de liquidité si les refinancements ne se matérialisent pas aux conditions espérées.
Les analystes de Jeune Afrique soulignent que le pays est confronté à « des échéances de remboursement de plus en plus rapprochées » et à un « marché financier régional défavorable« [^39]. Dans ce contexte, le risque d’un défaut de paiement partiel ou d’une renégociation forcée de la dette sous pression ne peut être écarté.
7.2 La Dégradation Potentielle de la Note Souveraine
Bien que le Cameroun ne soit pas noté par les grandes agences internationales, toute tentative d’émission d’eurobond nécessitera probablement une notation. Compte tenu :
• Du ratio dette/PIB en hausse
• Du risque élevé de surendettement reconnu par le FMI
• De la faiblesse des recettes propres
• Des arriérés accumulés
La note souveraine risque d’être médiocre (catégorie « B » ou inférieure), ce qui renchérirait considérablement le coût de l’emprunt et pourrait même empêcher l’opération de refinancement prévue.
7.3 L’Impact sur l’Économie Réelle
La spirale de l’endettement produit déjà des effets délétères sur l’économie réelle :
• Éviction du secteur privé : l’État absorbe une part croissante de l’épargne domestique par ses émissions de titres publics, privant les entreprises de financement
• Arriérés de paiement : les 485,4 milliards FCFA d’arriérés étranglent les fournisseurs de l’État et créent un effet domino sur la trésorerie des entreprises
• Sous-investissement public : malgré un budget d’investissement affiché de 2 026,3 milliards FCFA[^40], l’exécution réelle sera probablement bien inférieure, freinant le développement des infrastructures
• Pression fiscale : pour tenter de combler le déficit, l’État risque d’augmenter la pression fiscale sur les contribuables captifs, pénalisant davantage le secteur formel
8. Les Réformes Absentes : Ce Que la Loi de Finances Aurait Dû Contenir
Au-delà de la restructuration des SEND proposée en section 6, d’autres réformes structurelles essentielles sont absentes du budget 2026.
L’Élargissement de l’Assiette Fiscale
Ce qui manque : Aucune mesure structurante pour lutter contre l’économie informelle (63,7% de l’économie) et élargir l’assiette fiscale. Quelques ajustements à la marge (taxation des compagnies aériennes étrangères, fiscalité numérique à 3%) ne suffiront pas[^41].
Ce qu’il faudrait : Un plan massif de formalisation de l’économie, avec des incitations fiscales temporaires pour les entreprises informelles qui se régularisent, combiné à des sanctions dissuasives et à la digitalisation complète de l’administration fiscale.
La Réduction des Dépenses de Fonctionnement
Ce qui manque : Les dépenses de personnel continuent d’augmenter (1 625,4 milliards FCFA)[^42], sans qu’aucune réforme de la fonction publique ne soit envisagée. Les subventions aux entreprises publiques déficitaires perdurent.
Ce qu’il faudrait : Un gel des recrutements dans la fonction publique, une révision des statuts privilégiés, la suppression des subventions aux entités non viables, et une réduction drastique du train de vie de l’État.
La Gouvernance et la Transparence
Ce qui manque : Si la loi de finances 2026 supprime les « chapitres communs » (ligne 94) qui permettaient des dépenses opaques[^43], aucun mécanisme de contrôle renforcé n’est mis en place pour garantir la transparence dans l’exécution.
Ce qu’il faudrait : La publication trimestrielle de rapports d’exécution budgétaire détaillés, l’audit systématique des grands projets, et des sanctions effectives contre les responsables de malversations.
La Bombe à Retardement Eneo : Une Charge Budgétaire Explosive Non Provisionnée
Au-delà de l’absence générale de réformes des entreprises publiques, la renationalisation d’Eneo constitue une menace budgétaire majeure totalement occultée dans la loi de finances 2026.
a) Les Faits : Une Reprise en Main Ruineuse
Le 19 novembre 2025, l’État camerounais a racheté les 51% d’Eneo détenus par le fonds britannique Actis pour 78 milliards FCFA[^44], portant ainsi sa participation à 95% du capital (les 5% restants appartenant aux employés). Cette renationalisation intervient alors qu’Eneo est au bord du gouffre financier.
Situation financière d’Eneo au moment du rachat :
• Endettement total : 800 milliards FCFA[^45], dont :
o 500 milliards dus aux fournisseurs
o 80 milliards de créances non recouvrées
o Dettes envers entreprises publiques (Sonatrel, EDC, Sonara, SNH-Tradex, Arsel)
• Déséquilibre opérationnel structurel :
o Revenus mensuels : 30 milliards FCFA
o Charges mensuelles : 50 milliards FCFA
o Déficit mensuel : 20 milliards FCFA (soit 240 milliards/an)[^46]
b) Les Charges Nouvelles pour l’État : Un Gouffre Financier
La renationalisation d’Eneo va générer plusieurs catégories de charges nouvelles pour le budget de l’État, dont aucune n’est correctement provisionnée dans la loi de finances 2026 :
1) La compensation tarifaire : 70-100 milliards FCFA par an
Depuis 2012, le régulateur ARSEL a gelé les tarifs d’électricité, obligeant Eneo à vendre le kWh en dessous de son prix de revient. La différence devrait être compensée par l’État. Pour 2025 déjà, cette compensation était estimée entre 70 et 100 milliards FCFA[^47].
Avec la renationalisation, l’État ne peut plus esquiver cette obligation. En 2026, cette charge devrait atteindre au moins 90 milliards FCFA, qui ne sont pas budgétisés.
2) L’engagement Nachtigal : 120 milliards FCFA par an
Le barrage hydroélectrique de Nachtigal (420 MW), inauguré en mars 2025, a été développé en PPP avec un consortium mené par EDF. Eneo s’est engagé contractuellement à payer 10 milliards FCFA par mois au consortium, soit 120 milliards FCFA par an[^48].
Problème : Eneo, avec son déficit structurel de 240 milliards/an, est incapable d’honorer cet engagement. L’État, devenu actionnaire à 95%, devient de facto le garant de cette dette.
À ce jour, seulement 20 milliards FCFA sur les 120 milliards annuels ont été mobilisés. Les 100 milliards restants constituent une charge latente qui va exploser en 2026.
3) Les achats d’électricité auprès d’autres producteurs
Au-delà de Nachtigal, Eneo doit s’approvisionner auprès d’autres producteurs indépendants d’électricité (IPP) comme :
• Globeleq (centrale thermique de Kribi)
• Dibamba Power Development Company (centrale de Dibamba)
• Autres IPPs
Avec ses arriérés de 800 milliards FCFA, Eneo n’a plus de crédit auprès de ces fournisseurs. L’État devra avancer les fonds pour garantir l’approvisionnement énergétique, sous peine de coupures généralisées.
Estimation conservatrice : 150 milliards FCFA supplémentaires par an pour sécuriser les achats d’électricité.
4) Les investissements de maintenance et réseau
Eneo n’a pas respecté ses obligations contractuelles de maintenance des barrages de Songloulou et Lagdo, travaux estimés à 280 milliards FCFA[^49]. Ces travaux, désormais à la charge de l’État, sont urgents pour éviter des pannes catastrophiques.
De plus, le réseau de transport (géré par Sonatrel) et de distribution (géré par Eneo) est vieillissant et nécessite des investissements massifs estimés à au moins 200 milliards FCFA sur 2026-2027.
5) Le refinancement de la dette de 800 milliards FCFA
L’État, actionnaire à 95%, devra tôt ou tard refinancer ou restructurer les 800 milliards de dettes d’Eneo pour éviter la mise en faillite de l’entreprise. Cette restructuration impliquera probablement :
• Des abandons de créances des entreprises publiques créancières (Sonatrel, EDC, etc.)
• Le refinancement de la dette fournisseurs (500 milliards)
• La recapitalisation d’Eneo pour assurer la continuité opérationnelle
Impact budgétaire conservateur : au moins 400 milliards FCFA de pertes sèches (par abandon de créances et recapitalisation).
c) Le Coût Total Non Provisionné de l’Opération Eneo
Récapitulatif des charges nouvelles liées à Eneo (2026-2027) :
| Poste de dépense | Montant annuel (Mds FCFA) | Montant 2 ans (Mds FCFA) |
| Compensation tarifaire | 90 | 180 |
| Engagement Nachtigal (solde) | 100 | 200 |
| Achats électricité autres IPP | 150 | 300 |
| Maintenance barrages (280 Mds) | – | 280 |
| Investissements réseau | 100 | 200 |
| Refinancement/recapitalisation | – | 400 |
| TOTAL | 440 | 1 560 |
Sur 2026-2027, la renationalisation d’Eneo va coûter à l’État au moins 1 560 milliards FCFA, soit l’équivalent de 50% du besoin de financement annuel de 2026 (3 104 milliards).
Aucun de ces montants n’est correctement provisionné dans la loi de finances 2026.
e) L’Impact sur le Budget 2026 : Une Bombe qui Va Exploser en Cours d’Année
Scénario probable pour 2026 :
• T1 2026 : Les premiers impayés de Nachtigal s’accumulent, EDF menace de réduire la production
• T2 2026 : Coupures d’électricité généralisées, pression sociale massive
• T3 2026 : L’État est contraint de débloquer en urgence 150-200 milliards pour éviter le black-out total
• T4 2026 : Loi de finances rectificative pour provisionner 300-400 milliards supplémentaires
Ces dépenses imprévues viendront s’ajouter au besoin de financement initial de 3 104 milliards, portant le besoin réel à au moins 3 500 milliards FCFA, voire plus.
Le service de la dette, déjà à 8,8% du PIB, pourrait grimper à 9,5-10% du PIB avec le refinancement de la dette Eneo.
9.6 Le Risque Systémique Bancaire : L’État Détient 6 Banques et Concentre un Danger Majeur
Au-delà du gouffre Eneo, l’État camerounais accumule un autre risque financier colossal et totalement inutile : la détention de 6 banques commerciales. Cette concentration bancaire publique crée un risque systémique majeur pour les finances publiques et nécessite un désengagement urgent et stratégique.
a) L’Inventaire du Portefeuille Bancaire Public : 6 Banques sous Contrôle de l’État
L’État camerounais contrôle actuellement, directement ou indirectement, six établissements bancaires :
| Banque | Participation État | Mode d’acquisition | Coût pour l’État |
| SGC (Société Générale Cameroun) | 83,68% | Rachat Juillet 2025 | 122,6 milliards FCFA[^51] |
| CBC (Commercial Bank of Cameroon) | 98% | Restructuration 2014 | Non communiqué |
| NFC (National Financial Credit Bank) | Majorité | Sauvetage 2021 | 29,1 milliards FCFA[^52] |
| UBC (Union Bank of Cameroon) | 54% (via plan) | Sauvetage 2021 | 17,7 milliards FCFA[^53] |
| BC-PME (Banque des PME) | Contrôle public | Création publique | Capital public |
| Crédit Foncier | Majoritaire | Historique | – |
Coût total identifié pour les sauvetages/acquisitions récents : au moins 169,4 milliards FCFA, sans compter les injections de capital ultérieures et les pertes d’exploitation.
b) L’Erreur Stratégique de l’Acquisition de SGC : Bloquer Coris Bank
L’acquisition de SGC par l’État illustre parfaitement la logique défaillante de la politique bancaire camerounaise.
Les faits :
• Société Générale (France) se désengage d’Afrique et met en vente ses 58,08% dans SGC
• Coris Bank International (groupe bancaire burkinabé, 3e groupe de l’UEMOA) formule la meilleure offre et obtient un accord de principe avec SG[^54]
• L’État du Cameroun exerce son droit de préemption et rachète SGC pour 122,6 milliards FCFA
• Résultat : Blocage de l’entrée d’un nouvel acteur bancaire solide et panafricain
Pourquoi c’est une erreur :
1. Investissement Direct Étranger perdu : L’entrée de Coris Bank aurait apporté :
• Des capitaux frais extérieurs (IDE)
• Une expertise bancaire panafricaine éprouvée
• Une concurrence accrue bénéfique pour les clients
• Un nouveau acteur sans charge pour l’État
2. Charge publique inutile : L’État a dépensé 122,6 milliards pour acquérir une 7e banque (avec SGC, il en contrôle maintenant 6), alors qu’il peine à gérer celles qu’il détient déjà
3. Risque de mauvaise gestion : Historiquement, les banques publiques camerounaises (CBC, NFC, UBC) ont toutes connu de graves difficultés nécessitant des recapitalisations coûteuses
4. Précédent Congo : L’État congolais avait procédé de la même manière avec SG Congo (exercice du droit de préemption), avant de revendre la banque à BGFI Bank. Le Cameroun aurait pu directement laisser Coris Bank acquérir SGC.
Ce qu’il aurait fallu faire : Laisser Coris Bank acquérir SGC, garantissant ainsi :
• Entrée d’un nouvel acteur bancaire de qualité
• Redynamisation du secteur par la concurrence
• Zéro charge pour l’État
• Préservation des 122,6 milliards pour d’autres priorités
f) La Solution : Désengagement Stratégique et IPO via BVMAC
Face à ce risque systémique, un plan de désengagement stratégique urgent s’impose :
ÉTAPE 1 : Fusion CBC + NFC + UBC = Création d’un Champion Bancaire Public
Plutôt que de gérer 3 petites banques fragiles, fusionner CBC, NFC et UBC pour créer une banque de taille significative :
Avantages de la fusion :
• Économies d’échelle : Rationalisation des coûts opérationnels (agences, systèmes IT, personnel)
• Masse critique : Parts de marché cumulées d’environ 9-10% (CBC 5,98% + NFC 2,02% + UBC 1,07%)
• Attractivité accrue : Une banque de cette taille est plus attractive pour les investisseurs
• Synergies géographiques : UBC/NFC implantées dans les régions anglophones, CBC dans les régions francophones = couverture nationale
Coûts de fusion estimés : 5-8 milliards FCFA (intégration IT, harmonisation, restructuration)
ÉTAPE 2 : Introduction en Bourse (IPO) via BVMAC de 45% du Capital
Une fois la fusion réalisée et la banque assainie, introduire 45% du capital sur la Bourse des Valeurs Mobilières de l’Afrique Centrale (BVMAC) :
Simulation financière :
| Hypothèse | Valeur |
| Capital fusionné CBC+NFC+UBC | 60 milliards FCFA |
| Valorisation post-fusion (2x capital) | 120 milliards FCFA |
| IPO de 45% du capital | 54 milliards FCFA |
| Recettes pour l’État | 54 milliards FCFA |
| Participation résiduelle de l’État | 55% (majorité conservée) |
En étant plus optimiste sur la valorisation (2,5-3x capital), l’État pourrait engranger entre 68 et 81 milliards FCFA, tout en conservant le contrôle majoritaire.
Si on vise une valorisation comparable à d’autres banques de la zone (comme Ecobank, BGFI), avec des multiples de valorisation plus élevés, l’IPO pourrait rapporter jusqu’à 100-150 milliards FCFA.
Estimation conservatrice retenue : 150 milliards FCFA de recettes IPO.
Avantages de l’IPO :
• Liquidités immédiates : 150 milliards pour financer d’autres priorités
• Discipline de marché : Obligations de transparence et de performance imposées par les actionnaires minoritaires
• Gouvernance améliorée : Surveillance par le marché et les investisseurs institutionnels
• Développement du marché financier : Dynamisation de la BVMAC
• État reste majoritaire : Avec 55%, l’État conserve le contrôle stratégique
ÉTAPE 3 : Cession de SGC à un Groupe Bancaire International ou Panafricain
Plutôt que de gérer SGC (qui ne génère aucune valeur stratégique pour l’État), céder les 83,68% à un nouvel acteur bancaire :
Valorisation estimée de SGC :
• L’État a payé 122,6 milliards pour 58,08%, valorisant SGC à 211 milliards FCFA[^58]
• Avec 83,68% du capital, participation État valorisée à : 176,6 milliards FCFA
• En incluant une prime de contrôle (+10-15%), valorisation pourrait atteindre : 190-200 milliards FCFA
Estimation conservatrice : Cession de SGC pour 180 milliards FCFA
Avantages de la cession SGC :
• IDE entrant : Capitaux frais apportés par l’acquéreur
• Redynamisation du secteur : Nouveau compétiteur bancaire de qualité
• Recettes budgétaires : 180 milliards immédiatement disponibles
• Élimination du risque : L’État ne porte plus le risque opérationnel de SGC
ÉTAPE 4 : Conserver BC-PME et Crédit Foncier avec Missions Spécifiques
Ces deux banques ont des missions de politique publique spécifiques :
• BC-PME : Financement des PME (sous-servies par les banques commerciales)
• Crédit Foncier : Financement immobilier et foncier
Recommandation : Les conserver mais avec des mandats clairs, une gouvernance renforcée, et des obligations de performance.
g) Bilan Financier du Plan de Désengagement Bancaire
Récapitulatif des opérations proposées :
| Opération | Recettes État | Calendrier |
| Fusion CBC+NFC+UBC | – | 2026 (6-12 mois) |
| IPO 45% banque fusionnée (BVMAC) | +150 Mds FCFA | 2027 |
| Cession SGC à groupe international | +180 Mds FCFA | 2026-2027 |
| TOTAL RECETTES | +330 Mds FCFA | |
| Coûts de fusion/transaction | -10 Mds FCFA | |
| RECETTES NETTES | +320 Mds FCFA |
Avec 320 milliards de recettes nettes, l’État pourrait :
• Rembourser 320 milliards de dette (réduisant le besoin de financement 2027 de 10%)
• Financer intégralement 2 années de compensation tarifaire Eneo
• Recapitaliser le Crédit Foncier et BC-PME
• Constituer un fonds de garantie pour les PME
Impact sur le risque systémique :
• Passage de 6 banques publiques à 2-3 banques (banque fusionnée + BC-PME + Crédit Foncier)
• Réduction de 60-70% du risque systémique bancaire porté par l’État
• Élimination totale du risque SGC (cédée à un acteur privé solide)
Le coût de l’inaction : Si l’État ne se désengage pas maintenant :
• Nouvelles recapitalisations à prévoir (estimées à 50-100 milliards d’ici 2028 suite à la nouvelle reglementationcobac sur l’augmentation du capital des banques)
• Risque de nouvelle crise bancaire systémique
• Perte de valeur des actifs bancaires (qui pourraient se déprécier)
• Opportunité manquée de lever 320 milliards pour financer d’autres priorités
9- L’Effondrement des Ressources Extractives : Pétrole et Mines en Souffrance
Au-delà des gouffres Eneo et bancaire, l’État camerounais subit un effondrement structurel de ses ressources extractives – pétrole et mines – qui étaient historiquement des piliers des recettes budgétaires. Cette double crise menace gravement la capacité de l’État à financer ses dépenses et aggrave la dépendance à l’endettement.
a) La Chute Vertigineuse des Recettes Pétrolières : -171 Milliards en 2 Ans
L’or noir camerounais ne brille plus. Les recettes pétrolières, qui représentaient encore 25% du budget il y a quelques années, sont en chute libre.
Évolution des recettes pétrolières :
| Année | Recettes pétrolières | Variation annuelle |
| 2024 | 801,6 milliards FCFA[^59] | – |
| 2025 (prévision initiale) | 734,8 milliards | -66,8 Mds (-8,3%) |
| 2025 (prévision révisée) | 641,5 milliards[^60] | -160,1 Mds (-20%) |
| 2026 (projection LDF) | 563,1 milliards[^61] | -78,4 Mds (-12,2%) |
| 2027 (projection DPBMT) | 580,6 milliards[^62] | +17,5 Mds (+3,1%) |
Baisse cumulée 2024-2026 : -238,5 milliards FCFA (-30%)
En 2025, une révision catastrophique en cours d’année :
• Prévision initiale LDF 2025 : 734,8 milliards
• Prévision révisée (mi-2025) : 641,5 milliards
• Trou budgétaire imprévu : 93,3 milliards FCFA[^60]
Ce trou de 93 milliards en 2025 n’était PAS prévu dans le budget initial et vient s’ajouter au déficit déjà préoccupant. Il constitue une charge supplémentaire cachée qui n’apparaît pas clairement dans la LDF 2026.
Les causes structurelles de l’effondrement :
1. Baisse de la production de pétrole brut
o 2023 : 3,3 millions de tonnes
o 2024 : 3,2 millions de tonnes (-3%)
o 2025 : 2,9 millions de tonnes[^63] (-9,4%)
o 2026 : Production continue de baisser
Le Cameroun enregistre en 2025 sa production pétrolière la plus faible depuis au moins 2023.
2. Baisse de la production de gaz naturel
o 2024 : 75,86 milliards de pieds cubes standards (Scf)
o 2025 : 79,2 milliards Scf (+4,4%)
o 2026 : 65 milliards Scf (-18%)
o 2027 : 39 milliards Scf (-40%)[^61]
3. Effondrement des prix internationaux
• Prix prévu LDF 2025 : 72,84 $/baril
• Prix réel mi-2025 : 66,94 $/baril[^60]
• Prix prévu 2026 : 62,7 $/baril[^61]
Baisse de 14% en 2 ans
4. Volatilité du taux de change Dollar/FCFA
o Impact direct sur les redevances versées par la SNH au Trésor
Décomposition de la baisse 2025-2026 :
| Source de recettes | 2025 | 2026 | Variation |
| Redevances SNH (ventes pétrole/gaz) | 495,5 Mds | 423,8 Mds | -71,7 Mds (-14,5%) |
| Impôt sur sociétés pétrolières | 146 Mds | 139,3 Mds | -6,7 Mds (-4,6%) |
| TOTAL | 641,5 Mds | 563,1 Mds | -78,4 Mds (-12,2%) |
Impact budgétaire catastrophique :
Alors que l’État projette des recettes internes totales de 5 887 milliards en 2026, la perte de 78,4 milliards de recettes pétrolières représente :
• 1,3% des recettes totales perdues
• Une augmentation mécanique du besoin de financement de 78,4 milliards (2,5% supplémentaires)
• Une nécessité d’emprunter 78,4 milliards de plus que si les recettes pétrolières s’étaient maintenues au niveau 2025
Sur 2 ans (2024-2026), la perte cumulée de recettes pétrolières atteint 238,5 milliards FCFA.
Si on ajoute le trou de 93 milliards de 2025 non anticipé, le manque à gagner total depuis 2024 pourrait atteindre 331,8 milliards FCFA d’ici fin 2026.
b) Le Secteur Minier Défaillant : Sonamines en Échec, Redevances Manquées
Alors que le pétrole s’effondre, le secteur minier devrait compenser. Mais c’est l’inverse qui se produit.
La Sonamines (Société nationale des mines), créée par décret présidentiel le 14 décembre 2020, devait :
• Réaliser l’inventaire des indices miniers
• Contrôler et réguler les activités minières
• Canaliser l’or artisanal et lutter contre la fraude
• Optimiser les redevances minières de l’État
Budget Sonamines 2021 : 3,774 milliards FCFA[^64]
Cinq ans après sa création, le bilan est accablant :
Les pertes mensuelles colossales par dissimulation : Selon le Cadre d’appui à l’artisanat minier, le Cameroun perd environ 1 milliard FCFA par mois (soit 12 milliards par an) à cause de la dissimulation des ressources produites par les sociétés minières[^64].
Sur la période 2021-2026 (5 ans), les pertes cumulées s’élèvent à au moins 60 milliards FCFA.
Les redevances minières cruellement en souffrance :
| Minerai | Potentiel | Production actuelle | Redevances perçues | Redevances potentielles | Manque à gagner |
| Or | Exploitation artisanale diffuse | Non contrôlée | ~2 Mds/an | 15-20 Mds/an | 13-18 Mds/an |
| Minerai de fer | 3 milliards de tonnes | Démarrage 2025 (Bipindi) | Négligeables | 50-80 Mds/an (à maturité) | 50-80 Mds/an |
| Bauxite | 1,1 milliard de tonnes | Non exploitée | 0 | 30-50 Mds/an | 30-50 Mds/an |
| Cobalt | Lomié-Nkamouna | Permis retiré à Geovic 2025 | 0 | 20-40 Mds/an | 20-40 Mds/an |
| Rutile | Akonolinga | Projet abandonné par Eramet | 0 | 10-15 Mds/an | 10-15 Mds/an |
Estimation conservative du manque à gagner annuel : 123-203 milliards FCFA/an
Les dysfonctionnements structurels :
1. Absence de traçabilité des exportations minières
• Aucune base de données commune entre Douanes, MINMIDT et Sonamines
• Procédures de déclaration et de taxation non harmonisées
• Contrôle aux frontières défaillant
2. Absence de taux d’imposition spécifiques
• Pas de fiscalité adaptée aux minerais stratégiques
• Les conventions minières sont opaques
• Quote-parts de l’État mal définies
• Résultat : recettes sous-optimales même pour les gisements exploités
3. Projets miniers à l’arrêt ou retardés
• Mbalam-Nabeba (fer) : bloqué depuis des années (projet transfrontalier Cameroun-Congo)
• Minim Martap (bauxite) : démarrage repoussé à 2026, mais incertain
• Lomié-Nkamouna (cobalt) : permis retiré à Geovic en 2025, confié à Sonamines qui n’a pas de partenaire[^65]
• Akonolinga (rutile) : Eramet s’est retiré, Sonamines cherche un partenaire[^66]
Au Cameroun, la baisse de la dépendance pétrolière n’est PAS le résultat d’une diversification réussie, mais de l’épuisement des gisements.
Les recettes non pétrolières stagnent :
• Pression fiscale : 11-12% du PIB (contre 15% recommandé par le FMI)
• Recettes douanières plombées par la fraude et la contrebande
• TVA grevée par les exonérations massives
• Secteur informel non imposé (estimé à 50-60% de l’économie)
d) Projections Catastrophiques 2026-2028 : Le Trou se Creuse
Si rien ne change, voici ce qui attend le Cameroun :
| Année | Recettes pétrolières | Recettes minières (potentielles) | Recettes minières (réelles) | Manque à gagner total |
| 2026 | 563 Mds | 150 Mds | ~30 Mds | 120 Mds |
| 2027 | 581 Mds | 180 Mds | ~35 Mds | 145 Mds |
| 2028 | 559 Mds (projection) | 200 Mds | ~40 Mds | 160 Mds |
Manque à gagner cumulé 2026-2028 : 425 milliards FCFA
Conclusion
La loi de finances 2026 du Cameroun confirme et aggrave les tendances que nous avions identifiées dans notre précédent article sur la faillite financière imminente du pays. Loin de corriger le tir, ce budget amplifie la dépendance à l’endettement et reporte les ajustements nécessaires.
Avec un besoin de financement de 3 104,2 milliards FCFA (dont 64% proviennent de nouveaux emprunts), un service de la dette atteignant 8,8% du PIB, des recettes propres incapables de couvrir les dépenses courantes, et surtout 5 642 milliards FCFA de financements disponibles mais inutilisés, le Cameroun s’enfonce chaque jour un peu plus dans un piège de la dette dont il sera extrêmement difficile de sortir sans une crise majeure.
L’existence même des 5 642 milliards de SEND révèle que le problème camerounais n’est pas un manque de financement, mais une faillite de gouvernance. Le pays ne sait pas utiliser l’argent qu’il emprunte, mais continue d’emprunter davantage. C’est la définition même de l’absurdité.
À cela s’ajoutent désormais trois bombes à retardement majeures :
1. Eneo : la renationalisation d’un opérateur électrique criblé de 800 milliards de dettes va générer au moins 1 560 milliards FCFA de charges supplémentaires sur 2026-2027, dont aucune n’est correctement provisionnée dans le budget. Le besoin réel de financement pour 2026 pourrait ainsi atteindre 3 500 à 3 800 milliards FCFA, bien au-delà des 3 104 milliards officiellement annoncés.
2. Le portefeuille bancaire public : avec 6 banques sous contrôle (SGC, CBC, NFC, UBC, BC-PME, Crédit Foncier), l’État accumule un risque systémique majeuret immobilise plus de 200 milliards de capitaux. L’acquisition récente de SGC pour 122,6 milliards, bloquant l’entrée de Coris Bank, illustre une logique défaillante. La cession stratégique de ces actifs bancaires pourrait pourtant rapporter 320 milliards FCFA tout en réduisant le risque.
3. L’effondrement des ressources extractives : les recettes pétrolières chutent de 238 milliards entre 2024 et 2026(-30%), tandis que le secteur minier perd 12 milliards par an par fraude et dissimulation, avec un manque à gagner de 140 milliards annuels de redevances minières non captées. Sonamines, créée en 2020 avec 3,8 milliards de budget, n’a produit aucun résultat tangible en 5 ans.
Loïc MPANJO ESSEMBE
Managing Partner, MEL Investment Banking
Expert en Finance et Structuration en Afrique
Références
[^1]: Investir au Cameroun, « Budget 2026 : le Cameroun vise 8 816,4 milliards FCFA, dont 3 104,2 milliards à emprunter », 27 novembre 2025
[^2]: Ministère des Finances du Cameroun (MINFI), « Budget 2026 – 8 816,4 milliards FCFA pour consolider la stabilité et accélérer le développement », décembre 2025
[^3]: Direction Générale du Budget, « Projet de loi de finances de la République du Cameroun pour l’exercice 2026 », novembre 2025
[^4]: Investir au Cameroun, ibid.
[^5]: Cameroon Tribune, « Financement des projets, apurement de la dette: 1650 milliards de F à lever », janvier 2026
[^6]: Direction Générale du Budget du Cameroun, « Loi de finances pour l’exercice 2026 », décembre 2025
[^7]: Camerounweb, « Budget 2026 du Cameroun : La pression insoutenable du refinancement de la dette », décembre 2025
[^8]: Cameroon Tribune, ibid.
[^9]: Direction Générale du Trésor (France), « Indicateurs et conjoncture – CAMEROUN », janvier 2026
[^10]: Investir au Cameroun, « Dette : l’État enclenche 1 650 milliards d’emprunts, avec 485,4 milliards de FCFA d’impayés à apurer », janvier 2026
[^11]: Camerounweb, ibid.
[^12]: Investir au Cameroun, « Dette : l’État enclenche 1 650 milliards d’emprunts… », ibid.
[^13]: Investir au Cameroun, « Budget 2026 : le Cameroun vise 8 816,4 milliards FCFA… », ibid.
[^14]: Camerounweb, ibid.
[^15]: Investir au Cameroun, « Dette : l’État enclenche 1 650 milliards d’emprunts… », ibid.
[^16]: Direction Générale du Trésor (France), ibid.
[^17]: Investir au Cameroun, « Dette : l’État enclenche 1 650 milliards d’emprunts… », ibid.
[^18]: Agence Ecofin, « Dettes publiques : jusqu’en 2026, le Cameroun aura « d’énormes difficultés » à régler ses créances à bonne date (gouvernement) », 19 juillet 2019
[^19]: MINFI, « La mise au point de la dette publique au Cameroun », octobre 2021
[^20]: MINFI, ibid.
[^21]: Camerounweb, ibid.
[^22]: MINFI, « Budget 2026 – 8 816,4 milliards FCFA pour consolider la stabilité… », ibid.
[^23]: Camerounweb, ibid.
[^24]: Journal du Cameroun, « Cameroun : le parlement examine un projet de budget de 8 816,4 milliards de F », 27 novembre 2025
[^25]: Camerounweb, ibid.
[^26]: Journal du Cameroun, ibid.
[^27]: MINFI, « Loi de finances 2026 : COMPRENDRE LES NOUVELLES MESURES », décembre 2025
[^28]: Journal du Cameroun, ibid.
[^29]: Cameroun24.net, « Budget 2026 du Cameroun : La fin des comptes opaques, mais le spectre d’une dette à 3 000 milliards », 30 novembre 2025
[^30]: Investir au Cameroun, « Cameroun : 5 642 milliards de FCFA de financements déjà disponibles mais toujours non utilisés », janvier 2026
[^31]: Investir au Cameroun, ibid.
[^32]: Investir au Cameroun, ibid.
[^33]: Investir au Cameroun, ibid.
[^34]: Investir au Cameroun, ibid.
[^35]: Investir au Cameroun, « Budget 2026 : le Cameroun vise 8 816,4 milliards FCFA, dont 3 104,2 milliards à emprunter », 27 novembre 2025
[^36]: MINFI, « Budget 2026 – 8 816,4 milliards FCFA pour consolider la stabilité… », ibid.
[^37]: Camerounweb, ibid.
[^38]: Journal du Cameroun, « Cameroun : le parlement examine un projet de budget de 8 816,4 milliards de F », 27 novembre 2025
[^39]: Camerounweb, ibid.
[^40]: Journal du Cameroun, ibid.
[^41]: MINFI, « Loi de finances 2026 : COMPRENDRE LES NOUVELLES MESURES », décembre 2025
[^42]: Journal du Cameroun, ibid.
[^43]: Cameroun24.net, « Budget 2026 du Cameroun : La fin des comptes opaques, mais le spectre d’une dette à 3 000 milliards », 30 novembre 2025
[^44]: Agence Ecofin, « Cameroun : l’État reprend 95 % du capital d’ENEO au fonds Actis pour 137 millions $ », 19 novembre 2025
[^45]: Eco Finances, « ENEO : une nationalisation qui interroge la capacité de l’État à redresser le secteur », 24 novembre 2025
[^46]: News du Cameroun, « Cameroun : le secteur de l’électricité pourrait-il disjoncter ? », janvier 2026
[^47]: News du Cameroun, ibid.
[^48]: Actualités Cameroun, « Rachat Eneo-Actis : 78 milliards FCFA, le prix exorbitant d’un échec stratégique au Cameroun », 28 novembre 2025
[^49]: Actualités Cameroun, ibid.
[^50]: Actualités Cameroun, ibid.
[^51]: Investir au Cameroun, « Rachat de Société Générale Cameroun : l’État du Cameroun propose 122,6 milliards FCFA », janvier 2025
[^52]: Jeune Afrique, « Cameroun : Ecobank enfin débarrassée de l’encombrante UBC ? », 20 avril 2021
[^53]: Jeune Afrique, ibid.
[^54]: Jeune Afrique, « Cession de Société générale Cameroun : pourquoi l’État pose ses conditions », 5 février 2025
[^55]: Investir au Cameroun, « Le FMI presse l’État de se désengager de UBC et NFC Bank », 2022
[^56]: Financial Afrik, « Cameroun : comment les banques se partagent le marché », 19 avril 2021
[^57]: Investir au Cameroun, « Le FMI presse l’État de se désengager de UBC et NFC Bank », 2022
[^58]: Connectionivoirienne, « Le Cameroun fait une offre de 120 milliards de fcfa pour le rachat de Société Générale », 4 février 2025
[^59]: Agence Ecofin, « Le Cameroun prévoit 245 millions $ de recettes d’impôts sur les sociétés pétrolières en 2025 », décembre 2024
[^60]: View Kamer, « Le Cameroun prévoit une baisse de 12.7 % des revenus pétroliers et gaziers en 2025 », juillet 2025
[^61]: Season Media, « CAMEROUN: LE PÉTROLE RAPPORTERA MOINS », 18 juillet 2025
[^62]: Investir au Cameroun, « Hydrocarbures : baisse annoncée des recettes pétrolières au Cameroun à partir de l’année 2026 »
[^63]: Afrique sur7, « Crise pétrolière en vue : le Cameroun produira moins en 2025 », 22 avril 2025
[^64]: Agence Ecofin, « Cameroun : lancement de Sonamines, en charge de contrôler et de réguler les activités minières », juin 2021
[^65]: Investir au Cameroun, « Cobalt de Lomié-Nkamouna : après 23 ans sans exploitation, l’État retire le permis de Geovic qu’il confie à la Sonamines », 2025
[^66]: Investir au Cameroun, « Rutile d’Akonolinga : la Sonamines lance un appel à partenaires pour relancer le projet après le retrait d’Eramet », 2025
[^67]: News du Cameroun, « Vers une synergie Douanes-Mines pour doper les recettes minières », 17 octobre 2025

