Didier Acouetey, fondateur du cabinet AfricSearch Group, prend part à la 7ᵉ édition des Financial Afrik Awards à Banjul les 22 et 23 janvier 2026. En marge de l’événement, celui qui vient d’être nommé conseiller spécial du président de la Banque africaine de développement (BAD) en charge de la Nouvelle architecture financière africaine (NAFA) décrypte, avec Financial Afrik, les enjeux des partenariats public-privé (PPP) et les fondements de la NAFA. Entretien exclusif!
Cette édition des Financial Afrik Awards porte sur le thème des partenariats public-privé comme alternative à la dette publique. Quel est votre point de vue sur le sujet ?
Ce thème est fondamental. Le déficit de financement des infrastructures en Afrique est estimé à plus de 400 milliards de dollars par an. Les États ne disposent pas, à eux seuls, des capacités budgétaires nécessaires pour financer l’ensemble des infrastructures essentielles, qu’il s’agisse des routes, des hôpitaux, des ports, de l’accès à l’eau ou encore de l’électricité. Dans ce contexte, le recours aux partenariats public-privé est indispensable. Le secteur privé a la capacité de mobiliser des ressources, de construire ces infrastructures et d’en assurer le financement, soit à travers des paiements des États, soit via des mécanismes de rémunération directe, comme les péages pour les infrastructures payantes. Accélérer les projets en PPP est donc une nécessité face à l’ampleur des besoins.
Ces besoins sont-ils accentués par la dynamique démographique du continent ?
Absolument. L’Afrique connaît une évolution démographique majeure. La population du continent pourrait atteindre près de deux milliards d’habitants d’ici 2050, ce qui accentuera fortement la pression sur les villes et les services publics. Cela implique la construction de logements, de routes, d’infrastructures urbaines et d’équipements collectifs. Cette accélération des investissements est rendue indispensable par cette pression démographique. Or, il est difficile, voire impossible, d’y répondre sans associer pleinement le secteur privé à travers des PPP structurés et bien conçus.
Vous avez récemment été nommé conseiller spécial du président de la Banque africaine de développement (BAD) en charge de la Nouvelle architecture financière africaine (NAFA). Pouvez-vous nous en dire plus sur cette initiative ?
Les besoins de financement de l’Afrique sont considérables, que ce soit pour les infrastructures, le financement des petites et moyennes entreprises ou la transition énergétique. La mobilisation des ressources domestiques africaines est un enjeu central, porté depuis de nombreuses années par les acteurs du continent. Le nouveau président de la Banque africaine de développement, Sidi Ould Tah, en a d’ailleurs fait une priorité stratégique. Toutefois, la mobilisation de ces ressources, bien qu’essentielle, n’est pas suffisante en elle-même. La NAFA vise à repenser le fonctionnement de l’écosystème financier africain en faisant travailler ensemble, de manière plus coordonnée, l’ensemble des acteurs : banques de développement, banques commerciales, marchés de capitaux, assureurs, fonds de pension et fonds de garantie.
Comment s’articule concrètement cette nouvelle architecture financière ?
La NAFA repose sur une organisation à trois niveaux : continental, régional et national. Cette structuration permet d’intégrer plus efficacement les différents acteurs de l’écosystème financier, en mettant en place des mécanismes de complémentarité, de subsidiarité et de mutualisation. L’objectif est de mobiliser des volumes de ressources beaucoup plus importants, non seulement à partir des ressources domestiques, mais également à travers la mobilisation de financements extérieurs additionnels. L’un des aspects clés de cette architecture est son effet multiplicateur : lorsqu’un acteur est financé, il peut à son tour mobiliser d’autres ressources, ce qui permet de changer d’échelle progressivement.
Peut-on dire que la BAD s’oriente aujourd’hui vers une nouvelle architecture financière ?
Oui, clairement. La Banque africaine de développement est la banque du continent. Son rôle est d’accompagner les économies africaines, les États et le secteur privé, en agrégeant les acteurs financiers et en les finançant. La BAD dispose également d’une capacité importante à mobiliser des ressources concessionnelles, à des taux très faibles. Or, la question centrale du financement de l’Afrique reste le coût de l’endettement, c’est-à-dire le taux auquel le continent se finance. L’Afrique supporte une prime de risque souvent perçue plutôt que réelle, ce qui freine sa croissance. En tant qu’institution panafricaine de référence, la BAD peut mobiliser des ressources à des taux plus faibles, permettant ainsi aux États et au secteur privé africain d’accéder à des financements plus compétitifs, dans un contexte de forte concurrence internationale.
En quoi cette approche est-elle déterminante pour les projets de PPP ?
Dans les grands projets, notamment en PPP, les entreprises africaines sont souvent en concurrence avec des entreprises européennes, chinoises ou turques qui se financent à des taux de 2 à 3 %, alors que les entreprises africaines doivent emprunter à 8, 9 voire 10 %. Cette situation crée une distorsion de concurrence majeure. L’objectif de la NAFA est aussi de corriger ces déséquilibres, en facilitant l’accès des entreprises africaines à des financements à des taux plus compétitifs. C’est une condition essentielle pour renforcer leur compétitivité et leur permettre de jouer pleinement leur rôle dans le développement économique du continent.

