Les 21 et 22 octobre 2026, la capitale économique béninoise accueillera le 8ᵉ Congrès des experts-comptables de l’UEMOA. Entre mobilisation des ressources internes, transparence financière, transformation numérique et intégration régionale, cette rencontre entend repositionner la profession comptable comme un acteur stratégique du financement des économies ouest-africaines.
Cotonou s’apprête à devenir, les 21 et 22 octobre prochains, le centre de réflexion de la profession comptable ouest-africaine. À l’initiative de l’Ordre des Experts-Comptables et Comptables Agréés du Bénin (OECCA-Bénin), le Palais des Congrès accueillera la huitième édition du Congrès des experts-comptables de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). Un rendez-vous qui intervient dans un contexte où la question de la souveraineté financière occupe une place croissante dans les politiques économiques de la sous-région.
Placée sous le thème « L’Expert-Comptable, garant de la transparence et de la souveraineté financière dans l’espace UEMOA », cette édition devrait réunir entre 300 et 500 participants issus des huit États membres de l’Union, mais également des organisations professionnelles africaines et internationales, des institutions financières et du monde universitaire.
Pour le président du Conseil de l’OECCA-Bénin, Serge Mensah, l’ambition dépasse le cadre strict de la profession. « Le thème retenu […] nous invite à interroger notre responsabilité collective face aux exigences de gouvernance, de confiance, de transformation numérique, d’éthique et de performance durable qui façonnent désormais nos économies ».
La transparence, premier levier de souveraineté financière
Dans un environnement économique marqué par des besoins croissants de financement des infrastructures, de mobilisation des recettes publiques et de développement du secteur privé, la qualité de l’information financière apparaît comme un enjeu déterminant.
Pour les États de l’UEMOA, la souveraineté financière ne se résume pas à la capacité de lever des ressources sur les marchés internationaux. Elle suppose également une meilleure mobilisation de l’épargne domestique, un élargissement de l’assiette fiscale et une utilisation plus efficiente des ressources disponibles.
À cette équation s’ajoute la nécessité de renforcer la confiance des investisseurs dans les entreprises et les institutions de la région. Une confiance qui repose notamment sur la fiabilité des comptes, la qualité des audits et la transparence des informations financières.
L’expert-comptable apparaît ainsi comme un maillon essentiel de la chaîne de financement. Au-delà de ses missions traditionnelles de tenue, de contrôle et de certification des comptes, il contribue à sécuriser l’information économique, à améliorer la gouvernance des entreprises et à faciliter leur accès aux financements.
Cette fonction prend une importance particulière pour les petites et moyennes entreprises, qui constituent l’essentiel du tissu économique régional mais demeurent confrontées à des difficultés structurelles d’accès au crédit.
Pour ces entreprises, disposer d’états financiers fiables et conformes aux normes applicables peut constituer un facteur décisif dans leurs relations avec les banques, les fonds d’investissement et les partenaires institutionnels.
Un rôle stratégique dans le développement des marchés financiers
Le développement du marché financier régional renforce également les responsabilités de la profession comptable. L’approfondissement du marché des capitaux de l’UEMOA, porté notamment par la Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM) et le marché des titres publics, impose des exigences accrues en matière de transparence et de qualité de l’information financière.
Dans cet environnement, les experts-comptables participent à la crédibilité des entreprises candidates à une levée de fonds, à l’évaluation des risques et à la sécurisation des décisions d’investissement.
La fiabilité des données comptables devient ainsi une véritable infrastructure de confiance, indispensable à la mobilisation de capitaux privés et à la diversification des sources de financement des économies de l’Union.
Le congrès de Cotonou devrait également permettre d’aborder les enjeux de gouvernance, de contrôle et de lutte contre les flux financiers illicites, autant de problématiques qui influencent la perception du risque et l’attractivité des économies ouest-africaines.
Transformation numérique et intégration professionnelle
Au-delà des questions de financement, la profession comptable doit faire face à une transformation profonde de ses métiers. L’intelligence artificielle, l’automatisation des processus, la dématérialisation des opérations et la digitalisation des administrations fiscales modifient progressivement les pratiques professionnelles.
Ces évolutions ouvrent de nouvelles perspectives en matière d’analyse financière, de conseil stratégique, de gestion des risques et d’accompagnement des entreprises. Elles imposent parallèlement une adaptation des compétences et un renforcement des dispositifs de sécurité des données.
L’autre défi concerne l’intégration régionale de la profession. Alors que les entreprises et les groupes financiers développent leurs activités à l’échelle communautaire, l’harmonisation des pratiques, la mobilité des compétences et la coopération entre les Ordres professionnels deviennent des impératifs économiques.
Le rendez-vous de Cotonou entend précisément favoriser ces échanges et contribuer à l’émergence d’une profession comptable régionale plus intégrée et mieux armée face aux mutations de son environnement.
« Pendant ces deux journées, nous souhaitons que Cotonou soit un espace de réflexion, de dialogue et de propositions, mais également un lieu de fraternité professionnelle et de renforcement de notre intégration régionale », affirme Serge Mensah.
Vingt ans d’existence pour l’OECCA-Bénin
Cette huitième édition revêt une dimension particulière pour le Bénin, puisqu’elle coïncide avec le vingtième anniversaire de l’OECCA-Bénin, créé en 2006.
« Cette édition revêt pour nous une signification particulière. Elle coïncide avec la célébration des vingt ans de l’OECCA-BÉNIN », rappelle son président.
Au-delà de cette célébration, l’organisation du congrès constitue une occasion pour l’Ordre béninois de renforcer son rayonnement régional et de contribuer aux réflexions sur l’avenir de la profession.
Les travaux réuniront notamment des experts-comptables, commissaires aux comptes, professionnels exerçant en entreprise, dirigeants économiques, représentants du secteur bancaire et des assurances, universitaires et partenaires techniques et financiers. Des représentants de la BCEAO et de la Commission de l’UEMOA sont également annoncés.
À travers les échanges, les organisateurs entendent favoriser le partage d’expertise, le réseautage, la formation continue et le renforcement de la coopération entre les institutions professionnelles des huit pays de l’Union.
Mais au-delà des conclusions attendues, l’enjeu du congrès sera de démontrer comment la profession comptable peut contribuer concrètement à la transformation économique de l’espace communautaire.
Car dans une région confrontée à d’importants besoins de financement, la souveraineté financière commence aussi par une exigence fondamentale : la capacité à produire une information fiable, à inspirer confiance et à mobiliser durablement les ressources nécessaires au développement.

