Réunis à Casablanca ce vendredi 2 octobre à l’occasion de la deuxième édition du Casablanca Business Forum, les acteurs économiques et financiers ont placé la question de l’accès aux capitaux au cœur des discussions. Sous le thème « Africa’s Next Economic Chapter », le Forum organisé par Casablanca Finance City a notamment mis en lumière les difficultés de financement du continent et la nécessité de rapprocher davantage les acteurs financiers des entreprises et des porteurs de projets.
L’Afrique veut changer de dimension dans la compétition mondiale pour les capitaux. Mais entre l’abondance des besoins de financement et la difficulté à mobiliser les ressources disponibles, le continent reste confronté à un paradoxe. C’est l’un des enjeux soulevés lors de cette deuxième édition, organisée le 2 octobre 2026 par Casablanca Finance City autour du thème « Africa’s Next Economic Chapter ». Le Forum a réuni décideurs publics, dirigeants d’entreprises, investisseurs, institutions financières et experts internationaux autour de plusieurs problématiques structurantes : souveraineté économique, compétition mondiale pour les capitaux, gouvernance économique internationale, intégration régionale et mobilisation des talents. Dans ce débat, la question n’est pas uniquement celle de la disponibilité du capital. Elle porte également sur les mécanismes permettant de le faire parvenir aux projets qui en ont besoin, dans un environnement où les entreprises africaines, notamment les plus jeunes, peuvent rencontrer des difficultés à identifier les bons interlocuteurs et les instruments adaptés.
Didier Acouetey : repenser l’architecture du financement
C’est précisément sur cette problématique que Didier Acouetey a insisté. Conseiller spécial du président de la Banque africaine de développement pour la nouvelle architecture financière africaine et CEO d’AfricSearch, il a défendu la NAFAD, la nouvelle architecture financière africaine pour le développement portée par la BAD. Son approche part d’un constat : le capital financier existe, mais reste difficilement accessible à une grande partie des projets africains. L’enjeu consiste donc à mieux organiser les différents canaux de financement afin de rapprocher les ressources disponibles des besoins du continent. Dans cette perspective, la NAFAD est présentée comme un agrégateur de financement, capable de contribuer à structurer et à fluidifier un marché où les besoins sont considérables, mais où l’accès aux capitaux demeure complexe.
L’enjeu dépasse ainsi la seule mobilisation de ressources supplémentaires. Il s’agit également de créer les conditions permettant de mieux orienter les financements vers les projets et les entreprises africains. Cette réflexion intervient alors que le continent cherche à renforcer sa capacité à peser dans les nouvelles dynamiques économiques mondiales.
Le contexte international, marqué par les tensions géopolitiques, le retour du protectionnisme, les impératifs climatiques et l’accélération technologique, pousse les États et les entreprises à revoir leurs stratégies d’investissement et leurs chaînes de valeur.
« L’enjeu de la nouvelle architecture financière africaine est de mieux agréger les financements et de rapprocher les différentes sources de capitaux des projets qui en ont besoin. Aujourd’hui, le capital financier existe, mais il reste difficilement accessible », explique le conseiller spécial du président de la BAD. Et d’ajouter : « La NAFAD doit permettre de mieux coordonner les acteurs financiers africains, afin que chacun puisse jouer son rôle et que les différents instruments puissent se compléter plutôt que de fonctionner de manière fragmentée. »
Pour Didier Acouetey, la transformation de l’architecture financière constitue donc un élément important de cette nouvelle équation. L’objectif est de mieux connecter les besoins de financement africains aux différentes sources de capitaux, dans un marché devenu plus compétitif.
Élisabeth Moreno : rapprocher la finance du terrain
L’intervention d’Élisabeth Moreno a apporté un autre éclairage à cette problématique. L’ancienne ministre française et actuelle présidente du conseil d’administration de Ring Capital et de Ring Africa a insisté sur la nécessité d’aller davantage à la rencontre des entreprises et des startups. Pour elle, les acteurs financiers doivent mieux comprendre la réalité des entrepreneurs. Derrière les besoins de financement se trouvent des entreprises, des dirigeants et des porteurs de projets confrontés à des problématiques très concrètes : développement, structuration, croissance, accès aux réseaux ou encore la recherche des interlocuteurs capables de les accompagner.
Cette proximité est d’autant plus importante que le langage de la finance et celui des entrepreneurs ne se recoupent pas toujours. Les entreprises peuvent disposer d’un projet, d’un marché et d’un potentiel de croissance sans nécessairement savoir vers quel acteur se tourner pour trouver le financement correspondant à leur besoin. Moreno plaide ainsi pour un rapprochement entre le monde de la finance et celui du terrain. Une manière de rappeler que la question du financement ne peut pas être abordée uniquement à travers les montants disponibles ou les grands instruments financiers. Elle doit également être envisagée du point de vue de ceux qui cherchent effectivement à mobiliser ces ressources. « Les mondes de la finance et du terrain doivent davantage se parler. Beaucoup d’entrepreneurs ne savent pas forcément vers qui se tourner lorsqu’ils cherchent un financement ou un accompagnement », alerte Moreno.
De l’accès au capital à la capacité de transformation
Les deux interventions mettent ainsi en évidence deux dimensions complémentaires du même problème. D’un côté, l’Afrique doit renforcer son architecture financière et mieux organiser les mécanismes permettant de mobiliser les capitaux. De l’autre, elle doit améliorer la connexion entre ces ressources et les entreprises qui portent les projets de croissance. Cette question prend une importance particulière dans un contexte où l’Afrique cherche à ne plus être considérée uniquement comme une destination d’investissement, mais comme un acteur des nouvelles dynamiques économiques mondiales. C’est précisément l’une des ambitions affichées par le Casablanca Business Forum.
Le choix de Casablanca comme lieu de ces échanges n’est pas anodin. Casablanca Finance City revendique aujourd’hui un écosystème de près de 300 entreprises engagées sur le continent, représentant 70 nationalités et opérant dans 53 pays africains. La plateforme se positionne ainsi à l’intersection de l’Afrique, de l’Europe et du Moyen-Orient pour connecter entreprises et investisseurs internationaux aux marchés africains. La deuxième édition du Forum intervient donc à un moment où les conditions de financement de la croissance africaine sont appelées à évoluer. Entre les besoins croissants des entreprises, les ambitions d’industrialisation, les transformations technologiques et les nouvelles contraintes géopolitiques, la capacité à attirer et surtout à canaliser les capitaux devient un enjeu central.

