À Madagascar, les investissements dans les infrastructures de télécommunications ont permis d’étendre considérablement la couverture réseau. Pourtant, malgré ces avancées et les récentes baisses des tarifs de la data, l’adoption de l’internet mobile reste limitée. Un nouveau rapport de la GSMA, présenté le 16 octobre 2026 à Antananarivo, identifie le coût des smartphones comme l’un des principaux freins à l’inclusion numérique et souligne le potentiel économique majeur des réformes à engager.
Un réseau étendu, mais des usages encore restreints
Au cours des deux dernières décennies, Madagascar a modernisé ses infrastructures télécoms, porté par les investissements des opérateurs et une concurrence accrue. Cette dynamique s’est traduite par une forte progression des connexions mobiles, passées de 12,3 millions en 2021 à 22,5 millions fin 2025. En 2026, 81 % de la population se trouve sous la couverture d’un réseau 3G ou supérieur.
Cette expansion technique s’est accompagnée d’efforts tarifaires notables. Entre décembre 2025 et février 2026, les opérateurs ont massivement réduit le coût de la donnée mobile, avec des baisses du prix du gigaoctet atteignant environ 75 % sur certains forfaits d’entrée de gamme. Ces ajustements ont favorisé une hausse de la consommation de données dans un contexte où le pouvoir d’achat reste pourtant sous pression.
Toutefois, un paradoxe persiste : seuls 15 % des Malgaches utilisent effectivement l’internet mobile en 2026. Cet écart de 66 points entre la couverture théorique et l’usage réel illustre un manque à gagner considérable. Si la poursuite du déploiement en zone rurale reste un défi, l’urgence se situe désormais dans la capacité des ménages à s’équiper pour exploiter les réseaux existants.
Le coût du smartphone : un frein structurel renforcé par la fiscalité
Sur le marché malgache, un smartphone d’entrée de gamme peut coûter jusqu’à 100 dollars, une somme qui absorbe souvent plus d’un mois de revenu pour la majorité des ménages. L’acquisition du terminal devient ainsi le premier obstacle à la connectivité, atténuant les efforts réalisés sur l’accessibilité des forfaits.
Ce coût élevé est intrinsèquement lié à la pression fiscale. Comme le souligne la GSMA, l’empilement des taxes d’importation (20 %), de la TVA (20 %), des redevances sur les droits d’auteur (6 %) et des prélèvements régulatoires renchérit significativement le prix de détail des appareils. Conséquence directe de cette barrière à l’entrée : le marché informel prospère. Près de 80 % des téléphones arriveraient à Madagascar par des circuits non officiels, privant l’État de recettes fiscales tout en inondant le marché d’appareils échappant à toute homologation.
Pour inverser cette tendance, l’organisation préconise des allègements fiscaux ciblés – comme l’exonération de TVA ou la suppression des droits de douane sur les terminaux d’entrée de gamme – couplés au développement de mécanismes de financement (tel que le projet DECIM de la Banque mondiale).
Un levier pour générer 4 100 milliards d’ariary de PIB
L’accélération de l’inclusion numérique par ce biais aurait des retombées significatives sur l’économie nationale. Selon les projections de la GSMA, l’application de ces réformes permettrait de connecter 1,12 million d’utilisateurs supplémentaires à l’internet mobile d’ici 2031.
Sur le plan macroéconomique, cette progression pourrait injecter 4 100 milliards d’ariary de PIB additionnel en 2031 (soit une hausse de 3,3 % par rapport au scénario de référence) et soutenir environ 330 000 emplois, principalement dans l’agriculture, l’industrie et les services. L’accès au numérique faciliterait l’inclusion financière, l’accès aux marchés et l’amélioration globale de la productivité des entreprises.
Enfin, du côté des finances publiques, la démarche serait également vertueuse à moyen terme. Si l’allègement fiscal devait engendrer une baisse de revenus initiale, la croissance générée et l’élargissement de l’assiette fiscale compenseraient largement ce manque à gagner, aboutissant à un gain net annuel estimé à 529 milliards d’ariary en 2031.
L’enjeu pour Madagascar consiste désormais à transformer un réseau disponible en de véritables usages économiques. Une stratégie associant révision fiscale et accès facilité aux terminaux pourrait faire du secteur des télécommunications un multiplicateur de croissance inclusif.

