Selon la Commission Bancaire de l’Afrique Centrale (COBAC), les investisseurs locaux et régionaux contrôlent désormais 23 des 54 établissements de crédit en activité dans la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC), soit un taux de contrôle estimé à 42,6%. Ce mouvement confirme le désengagement progressif des grands groupes bancaires occidentaux du marché sous-régional. Il illustre également le vent d’africanisation qui souffle sur le secteur bancaire de la zone CEMAC.
Pendant plusieurs décennies, les filiales de multinationales européennes dominaient le paysage financier d’Afrique centrale. Cependant, ces groupes modifient leurs priorités stratégiques mondiales en se recentrant sur leurs marchés historiques ou plus rentables. Les exigences réglementaires internationales accrues et la gestion complexe des risques en zone CEMAC accélèrent ces départs, confirmant ainsi le repli stratégique des capitaux occidentaux.
Ce mouvement de retrait laisse un vide que les capitaux nationaux et régionaux s’empressent de combler. Les banques à capitaux locaux renforcent leur ancrage institutionnel et étendent leurs réseaux commerciaux. De plus, des champions sous-régionaux et panafricains multiplient les rachats d’actifs pour consolider leurs parts de marché.
De nouvelles exigences réglementaires pour consolider le secteur
Cette mutation actionnariale intervient dans un contexte de durcissement réglementaire par les autorités monétaires. La COBAC impose depuis le 1er janvier 2026 un relèvement du capital social minimum des banques à 25 milliards de FCFA (près de 43 millions USD). Cette hausse de 150% vise à consolider la résilience financière des acteurs locaux face aux chocs macroéconomiques.
Les actionnaires nationaux doivent ainsi injecter des fonds frais importants ou fusionner pour respecter les normes prudentielles. Par ailleurs, la Banque des États de l’Afrique Centrale (BEAC) surveille de près la liquidité bancaire globale et l’exposition des établissements aux titres publics régionaux.Cette reprise en main par des capitaux locaux offre une opportunité historique de financer plus efficacement les petites et moyennes entreprises (PME) locales. Les banques nationales affichent une meilleure connaissance du tissu économique sous-régional. Néanmoins, ces établissements doivent maintenir une gouvernance rigoureuse et une gestion stricte des risques pour garantir la stabilité du système financier régional.

