« Nous sommes plus que jamais confiants en l’Afrique »
Après près de deux décennies d’expansion sur le continent, Attijariwafa bank consolide sa présence dans 15 pays africains à travers 12 banques. Entre croissance organique, recomposition du paysage bancaire, développement des synergies et accélération digitale avec le lancement de la néobanque Simple, le groupe entend poursuivre sa dynamique africaine. Ismail Douiri, Directeur Général d’Attijariwafa bank, revient sur les relais de croissance et les principaux chantiers de transformation du Groupe.
Propos recueillis par Ismael Sy, Casablanca
Après près de deux décennies d’expansion en Afrique, quel bilan tirez-vous aujourd’hui de cette stratégie et quels sont désormais vos principaux relais de croissance sur le continent ?
La stratégie de développement international d’Attijariwafa bank sur notre Continent partait d’une base simple : l’Afrique vit des transformations assez semblables dans tous les pays : développement d’une classe moyenne urbaine, intégration de l’économie informelle dans le secteur formel, développement du commerce et de l’investissement internationaux. Une mise en œuvre disciplinée et rigoureuse, sous la supervision et avec l’appui de son Conseil d’Administration, a permis à Attijariwafa bank d’entrer sur le marché bancaire de 14 autres pays africains à travers 12 banques dont elle contrôle la majorité du capital. Ces banques contribuent de manière significative à son total bilan consolidé et à son Résultat Net Consolidé.
Le retrait de plusieurs banques françaises d’Afrique recompose le paysage bancaire. Cette situation constitue-t-elle une opportunité pour Attijariwafa bank, notamment face à la montée en puissance des banques locales et régionales ?
Attijariwafa bank est plus que jamais confiante dans l’Afrique. Nous sommes une banque africaine avec une présence régionale sur notre Continent et on peut considérer que nous participons à ce que vous appelez la montée en puissance des banques régionales africaines. Nous avons commencé cette expansion il y a longtemps et avons atteint une taille et une couverture régionale qui fait que nos opportunités de développement existent non seulement à travers des acquisitions que grâce au potentiel de croissance organique. Le départ des banques françaises nous a parfois permis d’acquérir de nouveaux clients qui étaient à la recherche de banques solides disposant d’un réseau de correspondants étendus et d’une offre de produits complète.
Dans cette nouvelle compétition bancaire africaine, quel est aujourd’hui votre principal avantage compétitif : la taille du groupe, son réseau, sa connaissance des marchés ou sa capacité à accompagner les entreprises dans plusieurs pays?
Il n’y a pas de principal avantage compétitif. C’est l’ensemble de ces éléments, ainsi que le rating, le réseau de correspondants, l’accès aux devises internationales, l’organisation permettant d’apporter le meilleur du groupe Attijariwafa bank à tous nos clients qui en ont besoin. Ceci-dit, dans tous nos marchés, nos concurrents font aussi de l’excellent travail et nous sommes tenus de continuer à nous améliorer en permanence, sous peine de perdre le bénéfice de ces avantages.
Quel rôle souhaitez-vous désormais donner à vos différentes filiales et métiers spécialisés dans la stratégie globale du groupe ? Où voyez-vous encore des synergies à développer ?
Nos filiales financières spécialisées sont des centres d’expertise produit : leasing, factoring, crédit hypothécaire, crédit à la consommation, location longue durée, transferts et paiements, banque participative (appellation de la finance islamique au Maroc). A l’exception de Wafacash, elles ne sont présentes juridiquement et sur le plan réglementaire qu’au Maroc. Mais toutes développent avec nos banques à l’international des partenariats, ponctuels ou sur la durée, leur permettant de transmettre leurs compétences et expertises et d’en faire bénéficier nos clients dans nos différents pays de présence. Les synergies sont nombreuses et font l’objet d’approches méthodiques priorisées en fonction des besoins de nos clients. Pour les métiers spécialisés, il s’agit souvent de métiers d’expertise en Corporate et Investment Banking. Les équipes en question sont localisées à Casablanca, Abidjan, Le Caire, Paris, et Dubaï et servent tous nos grands clients Corporate partout où ils se trouvent.
Vous préparez une nouvelle banque digitale axée sur la simplicité. Quelle clientèle visez-vous et jusqu’où cette nouvelle offre peut-elle transformer le modèle bancaire traditionnel d’Attijariwafa bank ?
Notre néobanque appelée Simple a été lancée en mai dernier au Maroc et démarre sur d’excellentes bases. Elle co-existe avec notre modèle traditionnel mais adopte un autre parcours et une autre expérience pour servir ses clients. Le modèle que vous appelez traditionnel évolue lui aussi en permanence sous l’effet des différents projets de transformation et les changements dans les comportements des clients. La banque est en mouvement, dans le réseau physique comme dans le digital.
Quels sont les trois chantiers qui mobiliseront le plus le groupe au cours des deux à trois prochaines années : expansion africaine, digitalisation, IA, financement des entreprises, maîtrise des risques ou autres ?
Il est indéniable qu’en cas d’acquisition nouvelle ou entrée dans un nouveau pays, des équipes importantes sont mobilisées, surtout pendant les 12 à 18 premiers mois, mais indépendamment des acquisitions, la digitalisation est un terme tellement vaste, qu’il me semble capturer une grande partie des efforts de transformation en cours dans le groupe.

