Au Mozambique, le président Daniel Chapo a limogé, mercredi 14 octobre, Samaria Tovela, jusque-là ministre de l’Éducation et de la Culture, après une vive controverse suscitée par ses propos sur la situation financière des enseignants. En marge du deuxième Conseil de coordination du secteur, réuni à Ponta do Ouro, elle avait attribué le surendettement et les difficultés économiques des enseignants à une mauvaise gestion de leurs revenus plutôt qu’à la faiblesse des rémunérations de l’État, déclarant qu’« il faut savoir s’organiser avec son budget et ne pas contracter de dettes qu’on ne peut pas rembourser ». Elle avait aussi rappelé que certains enseignants ne disposent plus que de 200 meticais (environ 3 €) une fois leurs dettes réglées. Ces déclarations ont déclenché une vague d’indignation au sein de la profession, exacerbant des tensions déjà vives sur fond de revendications salariales.
Ce limogeage intervient quelques heures à peine après ces propos, dans un climat d’insatisfaction sociale marqué par des arriérés d’indemnités et des heures supplémentaires impayées, accumulées depuis 2022. L’Association nationale des professeurs (ANAPRO) dénonce depuis plusieurs années la précarité des conditions de travail et la détérioration du pouvoir d’achat des enseignants. En rejetant ainsi la responsabilité de leurs difficultés sur une supposée mauvaise gestion, la ministre a été perçue comme minimisant la réalité socio-économique du corps professoral, précipitant une crise de confiance profonde entre la tutelle et les syndicats.
Au-delà du conflit social, cette affaire met en lumière les fragilités stratégiques de la gestion du capital humain dans le secteur éducatif mozambicain. Dans un contexte continental où la valorisation et la rétention des compétences éducatives constituent un levier fondamental de développement socio-économique, la dégradation des conditions de vie des enseignants menace directement la qualité de l’enseignement public. La motivation et la stabilité du corps professoral demeurent en effet le socle de toute politique éducative cohérente et de toute économie du savoir résiliente.
Pour désamorcer la crise et rétablir le dialogue social, le chef de l’État a nommé Edson Macuácua, jusqu’alors secrétaire d’État à la Science et à l’Enseignement supérieur et président de la Commission technique de matérialisation du Dialogue national inclusif. La prise de fonction du nouveau ministre s’annonce décisive : sa mission prioritaire sera de solder les arriérés financiers, d’apaiser les tensions avec l’ANAPRO et de restructurer la politique d’investissement dans les ressources humaines du secteur.

