Ici en compagnie de Josué Blaise Mbanga Kack, professionnel chevronné des médias, cumulant 28 années d’expérience dans le journalisme de haut niveau. Ancien rédacteur en chef délégué dans plusieurs rédactions de référence au Cameroun et à l’échelle panafricaine, il est également membre fondateur du magazine Le Quorum, lancé aux côtés de Cherif Elvalide Seye et Moriba Magasssouba. Son parcours, marqué par des collaborations avec de nombreuses rédactions de l’espace francophone, s’étend aussi à la communication et au marketing, notamment auprès d’agences de renom aux côtés de André Monteauban. Formé à l’ESSTIC de Yaoundé et soutenu par la Fondation Friedrich Ebert, il incarne un profil à la croisée du journalisme, de la stratégie éditoriale et de la communication.

Par temps de pluie, Yaoundé se pare d’une mélancolie singulière. La ville hésite alors entre un faux air d’automne emprunté aux latitudes tempérées et cette odeur familière de terre mouillée qui, du Sahel aux forêts équatoriales, raconte la même histoire : celle d’un continent respirant après l’averse. C’est dans cette atmosphère suspendue que, porté par une inspiration à fleur de peau et convié par l’un des monstres sacrés de la presse camerounaise, le chaland franchit les portes du Les Feuilles Vertes.

Une adresse respectable, presque institutionnelle, où l’établissement cultive avec constance ses habitudes de week-end. L’accueil y est sobre, professionnel, sans emphase inutile. Le personnel, diligent, maintient cette juste distance qui fait la marque des maisons sûres : ni intrusion, ni froideur, mais une discrétion parfaitement dosée. Ce soir-là, le choix s’impose presque de lui-même : un ndolé aux crevettes accompagné d’un bar confit. Mon convive, oscillant entre dictaphone et carnet de notes, opte pour un riz en garniture. Votre serviteur, fidèle à ses racines ouest-africaines, préfère l’igname bouilli — choix instinctif, presque affectif. Servis en une quinzaine de minutes — privilège discret des heures creuses où le restaurant semble n’appartenir qu’à vous — les plats révèlent immédiatement leur promesse.

Au palais, le ndolé déploie cette profondeur végétale et légèrement amère, sublimée par la richesse des crevettes et la finesse du poisson. Une partition maîtrisée, dont la réputation dépasse largement les frontières camerounaises. Sans céder au moindre nombrilisme, le rapprochement s’impose : ce plat des Douala n’est pas sans évoquer, par sa texture et son ancrage culturel, certains classiques ouest-africains, à l’image du haako. Une parenté culinaire qui rappelle, s’il en était besoin, que les frontières gastronomiques du continent sont plus poreuses qu’on ne le croit. Au fil des échanges — entre confidences de rédaction et souvenirs de terrain — les mets se mêlent aux mots. Et c’est peut-être là l’essentiel : dans cette capacité qu’ont certains lieux à nourrir à la fois le corps et l’esprit. On quitte alors Les Feuilles Vertes rassasié, certes, mais surtout apaisé. Avec, en tête, ce refrain simple et sincère : s’il fallait le refaire, on le referait toujours avec plaisir.

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