Francisca Tatchouop Belobe, nouvelle commissaire de l’Union africaine en charge du développement économique, du tourisme, du commerce, de l’industrie et des mines, succède à Albert M. Muchanga au moment où l’Union cherche à convertir les réformes institutionnelles impulsées sous la présidence de Paul Kagamé en réalisations concrètes.
Figure politique majeure de Guinée équatoriale, ancienne ministre de l’Économie, ex–deuxième vice-présidente de l’Assemblée nationale pour le Parti démocratique de Guinée équatoriale (PDGE) et première femme à occuper la vice-présidence de la Communauté Économique des États de l’Afrique Centrale (CEEAC), elle apporte une expérience politique et diplomatique stratégique à un portefeuille dont l’enjeu dépasse le seul périmètre technique. Au cœur de son plan d’action, Francisca Tatchouop Belobe défend la mise en place effective des institutions financières et économiques prévues par l’Acte constitutif de l’Union africaine – le Fonds monétaire africain, la Banque centrale africaine, la Bourse africaine des matières premières, entre autres – afin d’opérer la transition entre l’ambition politique et l’application opérationnelle.
L’ancienne ministre rappelle que la réussite de ce chantier continental repose sur la capacité à finaliser, harmoniser et faire ratifier par les États membres les Protocoles et Statuts encadrant ces institutions, notamment ceux du Fonds monétaire africain et le mandat de la future Banque centrale africaine. Le cœur de son mandat réside dans la définition des besoins de capitalisation – apports obligatoires, contributions volontaires, partenariats multilatéraux – permettant de rendre ces institutions réellement fonctionnelles. Leur gouvernance devra reposer sur des conseils d’administration et des comités techniques autonomes, dotés de règles de transparence, de contrôle et de supervision macro-prudentielle capables d’assurer la crédibilité des mécanismes d’allocation des financements, de gestion des réserves et de stabilisation des marchés. En rappelant que le commerce des pays africains avec le reste du monde demeure largement supérieur à leurs échanges intra-africains, elle insiste sur l’urgence de normaliser les standards économiques et bancaires, de réduire les coûts de transaction, d’atténuer les risques liés à la volatilité monétaire et d’accélérer l’effectivité de la ZLECAf grâce à des instruments financiers intégrés.
Selon la commissaire, la création des institutions financières africaines n’est pas un acte symbolique mais une réponse concrète aux défis de développement, d’indépendance économique et de positionnement stratégique du continent dans l’économie mondiale. L’Afrique reste contrainte de recourir au FMI, à la Banque mondiale et à d’autres bailleurs extérieurs, souvent au prix de conditionnalités strictes générant dépendance et contraintes politiques. Des instruments financiers africains permettraient, au contraire, de définir localement les priorités, d’ajuster les politiques macroéconomiques aux réalités africaines et de réduire l’exposition aux chocs externes. La commissaire souligne que l’Afrique regorge de ressources stratégiques – cobalt, or, gaz, pétrole, lithium, terres rares – trop souvent exportées à l’état brut, avec des prix déterminés hors du continent et des chaînes de valeur captées par des acteurs extérieurs. Les institutions financières régionales pourraient financer la transformation locale, stabiliser les prix via des mécanismes dédiés, créer des fonds souverains sectoriels et renforcer la capacité du continent à négocier en position de force sur les marchés internationaux. L’intégration économique africaine, encore inférieure à 20 %, pourrait être renforcée par des instruments financiers communs soutenant les infrastructures transfrontalières, l’interconnexion énergétique, les corridors logistiques et la convergence des politiques monétaires.
Pour Francisca Tatchouop Belobe, disposer d’institutions financières africaines solides constitue également une condition préalable pour peser dans la gouvernance économique mondiale. Avec ses ressources, sa démographie et sa position géostratégique, l’Afrique peut devenir un acteur majeur ; mais pour défendre ses intérêts, elle doit disposer d’une voix financière unifiée, capable de financer ses propres priorités, de créer ses normes et de négocier sur un pied d’égalité avec les grandes puissances. Les défis émergents – transition énergétique, économie numérique, intelligence artificielle, infrastructures durables – nécessitent des investissements massifs et stratégiques. Une finance continentale robuste attirerait davantage de capitaux étrangers, sécuriserait les projets structurants sous gouvernance africaine et permettrait une préparation plus efficace aux mutations économiques globales. En définitive, insiste la commissaire, la question n’est pas seulement de prestige institutionnel : disposer d’instruments financiers africains est une exigence stratégique pour gérer les ressources du continent, financer sa croissance, consolider son autonomie économique et affirmer son statut d’acteur incontournable de l’économie mondiale.

