Depuis son arrivée au pouvoir, le Colonel Doumbouya a fait de l’assainissement du secteur minier son cheval de bataille. Face aux nombreuses annonces d’investissements dont les avancées sur le terrain se font attendre, il appelle à une prise de responsabilité des entreprises privées. En effet, de nombreuses exactions étaient jusque-là commises par des entreprises et hommes d’affaires qui bénéficiaient d’un climat d’impunité sous l’ancien régime. L’annonce en début d’année par Marine Contracting & Infrastructure (MCI) d’un investissement de plus de USD 2 milliards, pourrait-être le premier dossier chaud des nouvelles autorités.

Avec un sol riche en ressources naturelles, la Guinée attire depuis quelques années de multiples investisseurs. Malgré cet attrait considérable, les retombées économiques issues de l’exploitation minière notamment restent imperceptibles pour une grande partie de la population, en raison de la corruption et des mauvaises pratiques de certains acteurs du secteur. Occupant la 150e place sur 180 pays dans le classement 2021 sur la Perception de la Corruption dans le secteur public de Transparency International, le pays a connu plusieurs scandales marquant sous l’ère Condé.

Depuis son accession au pouvoir le 5 septembre 2021, le Colonel Mamadi Doumbouya a décidé de faire du secteur privé un moteur de la croissance économique du pays. C’est ainsi qu’il entreprend, depuis quelques semaines, une série de rencontres avec les principaux représentants du secteur privé guinéen afin de les rassurer et de rappeler son engagement à leurs côtés. Le Président de la Transition ne manque aucune occasion pour réaffirmer son engagement à mettre de l’ordre dans l’économie du pays, et cela, à travers l’assainissement des finances publiques et la lutte contre la corruption dans le secteur minier et énergétique.

Satram-Guinée, un cas parmi tant d’autres

Cette position de fermeté tranche avec les nombreux passe-droits et immunités dont bénéficiaient de nombreuses entreprises sous l’ancien régime. Projets inachevés, détournement de fonds, les torts sont légion. Une bonne illustration de cela se retrouve dans l’histoire qui a conduit à la faillite de l’entreprise logistique, portuaire et de BTP, Satram-Guinée dont Ghassen Knani était le directeur général. En juillet 2016, dans le cadre d’un partenariat public-privé, une convention pour la réalisation et l’aménagement de 64 hectares sur la Corniche Sud de la Commune de Kaloum a été signée entre l’État guinéen et la société Satram-Guinée. Le coût des travaux était alors estimé à cent vingt millions de dollars américains (120.000.000 USD). De nombreuses malversations autour de ce projet ont eu lieu, conduisant ce projet à rester inachevé. Un an après sa signature, l’État guinéen, exaspéré par l’absence d’avancées de la part de l’entreprise dirigée par Ghassen Knani, menaçait de résilier le contrat et d’entamer des poursuites judiciaires pour non-exécution de l’accord contractuel.

L’intervention d’acteurs au sommet de l’État ont néanmoins permis à Satram-Guinée, la filiale locale de EGCA-SATRAM de continuer à prospérer sous le regard impuissant de certains de ses partenaires qui réclamaient justice. “Satram-Guinée a bénéficié d’un sursis grâce à certaines personnes haut placées que Ghassen Knani connaissait…”, nous explique une analyste du secteur privé. Aujourd’hui à la tête de Marine Contracting & Infrastructure (MCI), une entreprise émiratie, Ghassen Knani ne cesse d’enchaîner conflits et actions en justice au risque de conduire à la fermeture de MCI comme ce fut le cas de Satram-Guinée en 2019 et de léser une nouvelle fois les Guinéens.

De Satram-Guinée à MCI, un modus operandi similaire

Ghassen Knani dirige depuis 2009 Marine Contracting & Infrastructure (MCI), une filiale de Ghantoot Transport & General Contracting, un groupe émirati dont peu d’informations sur leurs activités en Afrique sont disponibles, un point qui pousse à se questionner sur l’identité du groupe. MCI a récemment annoncé vouloir investir plus de deux milliards de dollars dans la construction de différentes infrastructures en Guinée. Cette démarche qui rappelle le partenariat public-privé signé entre l’État et la société Satram-Guinée, a surpris au sein des milieux d’affaires de Conakry. En effet, MCI est actuellement empêtré dans de nombreuses affaires judiciaires.

Le groupe est actuellement en litige avec différents sous-traitants locaux en raison de son incapacité à exécuter ses travaux tels que présentés dans les différents accords contractuels. Investie depuis 2019 pour la réalisation d’une route de 200 km et d’un port à Konta (sud-ouest) vers où la production en bauxites serait acheminée, Marine Contracting & Infrastructure (MCI) a exigé le paiement d’une facture hors convention à l’un de ses partenaires. Ce modus operandi qui n’est pas sans rappeler celui de Satram-Guinée, pourrait à terme ternir l’image du secteur privé guinéen auprès des investisseurs privés.

La volonté ferme du Colonel Mamadi Doumbouya de nettoyer le secteur privé nourrit l’espoir de voir de tels agissements proscrits. La redevabilité et la vertu des  entreprises privées sont des leviers sur lesquels la nouvelle impulsion voulue par les autorités de la transition doivent se baser afin de redynamiser l’activité économique en Guinée. Il est donc à prévoir que les autorités guinéennes porteront une attention particulière à ce projet d’investissement de 2 milliards de dollars dont la signature se fait toujours attendre, près de 3 mois après son annonce dans les médias.

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