A la faveur de la 6ème édition du CGECI Academy, la désormais plateforme annuelle de promotion de l’entreprenariat en Côte d’Ivoire, le patronat ivoirien, est revenu sur le thème des Champions nationaux, une question déjà abordée lors de l’avant-dernière édition de ce forum. Le fait est que pour Jean-Marie Ackah, le patron des patrons ivoirien, «un pays ne peut émerger sans champions nationaux».

Dans un contexte où la Côte d’Ivoire se projette être une économie émergente à l’horizon 2020, l’heure ne doit plus être uniquement à scruter les cours du cacao pour espérer en récolter une rente suffisante pour le budget et à démarcher les investisseurs internationaux, mais il est également temps de bâtir une nouvelle classe d’entrepreneurs locaux de haut vol, qui prospèrent dans divers secteurs d’activité et qui sont capables d’entretenir et d’impulser la dynamique économique. Ces entreprises « dont l’actionnariat est détenu par des nationaux », a défini Jean-Marie Ackah, doivent être le moteur de la croissance économique et de la création d’emplois.
« L’histoire montre que les économies développées se sont appuyées sur des entreprises nationales et leurs champions nationaux » a déclaré le président du patronat à l’ouverture du forum ce vendredi. Et un des cas d’école en la matière est bien celui de la Corée du Sud qui a fait de la petite entreprise de négoce, Samsung, fondée en 1938 par Lee Byung-Chul, un conglomérat mondial qui brasse des dizaines de milliards de dollars chaque année.
Certes, le pays compte quelques sociétés de renom comme les groupes NSIA et SIFCA, mais pour Jean-Marie Ackah, ces derniers ont encore une taille insuffisante et restent encore des exceptions dans le pays pour jouer un rôle prépondérant dans l’économie. L’objectif est en effet de multiplier le nombre entrepreneurs de la race d’un Dangote qui, de la cimenterie a étendu ses investissements au Nigeria, malgré un contexte économique difficile, dans l’agro-industrie (tomate, sucre riz, sucre, engrais), le pétrole (raffinerie) tout en allant à la conquête du continent africain.
Pour matérialiser cette vision, l’Etat central ivoirien a un rôle central à jouer. A cet effet, deux modèles de soutien des politiques à l’émergence de champions nationaux ont été présentés au premier ministre ivoirien Amadou Gon Coulibaly, présent à la cérémonie d’ouverture.
Dans un premier temps, il y a celui du Nigeria avec IVM, le premier constructeur automobile du pays. L’Etat est l’un des principaux clients de la marque via des commandes de véhicules pour la police. Et les autorités ont mis en œuvre une réglementation fiscale plus contraignante pour les importations de véhicules, rendant du coup la marque IVM plus compétitive sur le marché local.
Le second cas d’école est celui de l’Ethiopie qui a protégé des pans entiers de l’économie, exclusivement réservé aux investisseurs locaux. Ainsi des secteurs d’activité comme la banque, l’assurance, la grande distribution ou encore l’immobilier ont ainsi été fermées aux entreprises étrangères. Il en résulte que des entrepreneurs locaux dominent ces secteurs, ont pu y prospérer pour devenir de véritables capitaines d’industrie. L’Ethiopie, pôle de croissance en Afrique, est ainsi devenu le pays qui enregistre la plus forte croissance de millionnaires sur le continent africain.
Le patronat a également présenté un autre cas avec le Sénégal qui a accordé 60 milliards FCFA de subvention sur trois ans aux entrepreneurs intervenant dans le riz avec l’idée de parvenir à l’autosuffisance d’ici 2020. Un investisseur local a pu ainsi acquérir un équipement de dernière génération pour moderniser sa production à 700 millions FCFA dont 60% financé par l’Etat sénégalais.
Amadou Gon Coulibaly a exprimé son intérêt de recevoir les conclusions des réflexions qui vont meubler le forum. Certes des mesures ont été prises en faveur du secteur privé avec notamment réformes portant sur l’amélioration du climat des affaires, l’assainissement du secteur financier, la réservation de 20% des marchés publics aux PME ou encore le programme phoenix de soutien aux PME d’un coût de 86 milliards FCFA. Mais l’idée de trouver un espace de promotion de PME est partagée par le gouvernement, a assuré le Premier ministre ivoirien.
La CGECI Academy qui offre un cadre de réflexion et de partage d’expérience à la fois aux jeunes entrepreneurs et patrons d’entreprises s’est associé cette année les services de HEC Paris. Une quarantaine d’entreprises guinéennes, pays invité d’honneur, ont pris part au forum qui referme ses portes ce 30 septembre.