Cela fait maintenant une dizaine de jours que le Corridor minier nord-ouest de la Guinée est en ébullition. Pour cause, les populations de cette région abritant les moitiés des réserves mondiales de bauxites estimées à environ 25 milliards de tonnes sont dans les rues pour réclamer le courant électrique.
C’est la préfecture centrale de la région de Boké qui a donné le ton. Comme en avril dernier, les violences qui ont suivi les manifestations pour réclamer le courant ont été aussi violentes que généralisées, car en l’espace d’une semaine, les revendications se sont vite propagées vers les localités de kamsar et Kolaboui qui abritent respectivement la CBG (compagnie des bauxites de Guinée) et la chinoise SMB (société minière de Boké).
Les rues de la région offrent un spectacle de désolations et de no mans land : bâtiments administratifs saccagés, villas résidentielles et véhicules officiels ou de police incendiés, rues barricadées, etc.. Malgré toutes les tentatives des autorités locales et du pouvoir à Conakry pour ramener le calme, rien ne semble entamer la détermination des manifestants.
C’est dans ce contexte que l’opposition guinéenne a comme promis fait descendre plusieurs centaines de milliers de militants ce mercredi dans les rues de Conakry, pour dénoncer le maintien du statut quo sur l’organisation des élections communales qui, il faut le souligner n’ont pas été tenues depuis 12 ans. Les menaces de l’opposition guinéennes conjuguées aux tensions au nord-ouest du pays donnent un cocktail hautement explosif.
Située en basse côte, à 300 kilomètres de Conakry, Boké est une ville abritant le gotha mondial des sociétés minières. Plus d’une dizaine de sociétés y évoluent soit en phase d’exploitation ou de recherches, mais à première vue, cette région renvoie au visiteur l’image d’une ville poussiéreuse, déserte, précaire, abandonnée et presque en manques de tout….
La plupart des observateurs de la situation s’accordent sur le constat selon lequel que l’État Guinéen s’est accommodé de la présence des sociétés minières dans cette région pour se désengager au gré des années et des régimes de sa responsabilité basique d’offrir des conditions de vie meilleures aux populations de ces localités impactées par les activités minières ; pire encore, depuis des années les gouvernements qui se sont succédés ont eu comme stratégie à chaque soulèvement: renvoyer dos à dos, populations et sociétés minières, à tel point que l’État ne fait plus de cette région une priorité en matière d’investissement.
L’annonce de la signature avec la chine d’une entente de financement de 20 milliards de dollars avec comme gage la bauxite de Boké, sans qu’aucune intention d’investissement à Boké ne soit annoncée aura sans doute contribué à exacerber le sentiment de laisser pour compte qui colle à une région qui pourtant représente le principal levier de recette de l’État guinéen.
Cette situation est d’autant plus paradoxale qu’au-delà du fait que l’impact du contenu local est quasi inexistant, la dizaine de sociétés minières implantées dans cette zone et qui pompe sans réserve la bauxite guinéenne pour les raffineries chinoises, canadiennes ou américaines, versent près de 10 millions de dollars de redevances liées aux taxes superficielles et sur le chiffre d’affaires.
Malgré cette importante manne financière, les seules choses que les bokékas vivent au quotidien et dont l’impact se fait ressentir sur leurs vies de tous les jours, c’est la précarité, le chômage, l’absence d’infrastructure, de services sociaux de base et la dégradation poussée de l’environnement.
Dix jours après le départ du mouvement de protestation qui s’est généralisée au fil des jours, aucune solution de sortie de crise ne semble pointer à l’horizon, car à lire à travers les lignes des différentes interventions des autorités de Conakry au plus haut niveau, c’est un constat d’impasse générale qui se dégage…
Pendant ce temps, le poumon économique du pays avec toutes les sociétés y opérant est à l’arrêt.