Alors que l’ACBF (Fondation pour le renforcement des capacités en Afrique) se prépare pour la session du Conseil des gouverneurs à Accra, la capitale du Ghana, (du 4 au 5 septembre) sous le thème « Améliorer l’accès et l’absorption des ressources de développement en Afrique », son Secrétaire exécutif , le professeur Emmanuel Nnadozie réfléchit, dans cet éditorial de point de vue, sur la nécessité pour l’Afrique et ses divers gouvernements ainsi que leurs partenaires au développement de faire plus qu’ils ne le font pour financer le renforcement des capacités sur le continent, sans lequel il sera difficile de mettre en œuvre avec succès l’Agenda 2063 et les ODD.

L’Afrique est essentiellement une région du monde bien nantie, un continent dont on dit qu’il a une « main d’or ». C’est un fait. Mais que notre continent n’arrive pas à profiter pleinement de son pesant d’or, pour se transformer et devenir la merveille de développement du monde, est une grande question de réflexion.

 

Cette question de savoir pourquoi l’Afrique ne tire pas pleinement parti de son potentiel pour réaliser pleinement son propre développement est un défi sérieux à surmonter, que nous avons décidé d’aborder à mesure que l’ACBF prépare la 26e session de son Conseil des gouverneurs (CG) à Accra (les 4 et 5 septembre 2017). Ayant pour thème « Améliorer l’accès et l’absorption des ressources de développement en Afrique », cet événement de deux jours s’ouvre avec une réunion de haut niveau le lundi 4 septembre.

 

La session du CG est organisée sous le patronage du Président ghanéen Nana Akufo-Addo et connaitra la participation suivie des ministres des finances, du développement économique et de la planification de toute l’Afrique, des partenaires au développement provemnant d’Amérique du Nord, d’Europe et d’Australie, ainsi que des hauts fonctionnaires de la Commission de l’Union africaine (CUA), de la Banque africaine de développement (BAD), de la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique (CEA), du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) et de la Banque mondiale, entre autres.

 

 

Ainsi, nous aurons à Accra un groupe d’esprits et de voix capables de changer la donne dans la façon dont l’Afrique a fait ses affaires au cours des dernières décennies.

 

Cette session particulière du CG se déroule à un moment crucial où les pays africains s’efforcent de mettre en œuvre l’Agenda 2063 de l’UA et les Objectifs de développement durable (ODD) des Nations Unies, mais sont confrontés à des capacités humaines et institutionnelles insuffisantes pour mettre en œuvre efficacement ces plans. Ainsi donc, les stratégies de renforcement des capacités de financement ne sont plus facultatives pour l’Afrique, mais nécessaires.

Je le répète : la vitesse à laquelle les dirigeants africains feront le bon choix sur cette question, en particulier en soutenant le travail complet mené par les organisations de renforcement des capacités et les think tanks, et en particulier celui de l’ACBF (qui, en janvier, a été officiellement désignée Agence spécialisée de l’UA pour le renforcement des capacités), déterminera fortement le rythme de mise en œuvre et le succès de l’Agenda 2063 et des autres plans de développement.

 

La réunion de haut niveau du 4 septembre 2017 offrira donc aux acteurs clés du développement la possibilité de réfléchir sur les moyens de financer efficacement les programmes de développement de l’Afrique et de créer des capacités connexes. Il est important que cela soit fait, et bien fait, parce que l’Afrique ne peut plus se permettre d’ignorer le besoin critique de financer le renforcement des capacités en son sein.

 

Cependant, comme l’ACBF l’a souvent dit, le problème va au-delà de la disponibilité des fonds ou même l’accès à de tels fonds. Le principal problème est l’insuffisance des capacités humaines et institutionnelles pour mettre en œuvre efficacement les plans mis en place par les pays africains. A l’ACBF, nous avons toujours dit (sur base des résultats de notre recherche empirique) que le financement, ou l’accès au financement, peut constituer un défi pour l’Afrique, certes. Mais de nombreux pays africains ont eu (et continuent d’avoir) des fonds pour des projets de développement mais manquent de capital humain, d’institutions efficaces et d’un bon état d’esprit pour absorber effectivement ces ressources de sorte à atteindre leurs objectifs de développement.

L’insuffisance des ressources humaines est en partie responsable de l’importation continue d’ « experts » en provenance de l’étranger en Afrique, moyennant d’énormes sommes d’argent leur payées pour faire le travail qui aurait pu être fait à moindre coût par des « experts » locaux si ceux-ci étaient disponibles. Je suis convaincu qu’il est temps que les pays africains opérent un radical changement d’état d’esprit qui mène à la hiérarchisation du financement pour le renforcement des capacités. Car, à moins que nous ne larguions les déficits de capacité, il sera difficile de mettre en œuvre l’Agenda 2063 et les ODD.

 

Maintenant que nous approchons de la 26e session du CG de l’ACBF, je voudrais donc proposer les quatre raisons suivantes pour lesquelles les Etats africains doivent augmenter leur rôle dans le financement des capacités de développement:

 

1re raison  : Les déficits de capacité institutionnelle sur le continent affectent tous les niveaux de la vie africaine. Ils affectent la Commission de l’UA et ses organes et les empêchent de coordonner efficacement le programme de développement continental. Ils affectent les communautés économiques régionales (CER) et les empêchent de jouer efficacement leur rôle de blocs de composantes de l’architecture du développement continental et d’accélérer l’intégration régionale. Les déficits affectent également les institutions nationales et suppriment leur capacité à aligner les plans nationaux de développement sur les programmes continentaux et mondiaux. En outre, ils affectent la capacité de l’Afrique à conserver, à harmoniser et à utiliser pleinement les capacités qu’elle a déjà obtenu chèrement.

 

2e raison : Le continent connait une pénurie aiguë des compétences techniques essentielles nécessaires pour accélérer son industrialisation et sa transformation socio-économique. Une étude de l’ACBF sur les capacités nécessaires pour réaliser le premier plan décennal de l’Agenda 2063 a démontré que le continent manque de plus de 4,3 millions d’ingénieurs et d’environ 9 000 spécialistes / ingénieurs en mines. Il est donc impératif que l’Afrique investisse davantage dans l’enseignement des sciences, de la technologie, de l’ingénierie et des mathématiques (STEM).

Mais nous ne pouvons pas le faire sans augmenter notre rôle dans le financement du renforcement des capacités. Nous devons également prêter attention non seulement au renforcement des capacités, mais aussi à leur rétention, leur harmonisation et leur utilisation. En réalité, si les États africains pouvaient créer, conserver et utiliser pleinement les compétences essentielles spécifiques à l’Afrique, ils contribueraient grandement à résoudre efficacement la question de la dangereuse migration massive de millions de leurs jeunes qui constituent un atout important pour la transformation du continent.

 

3e raison : Réaliser « une Afrique intégrée, prospère et pacifique » comme indiqué dans les aspirations de l’Agenda 2063, doit être dirigé par les citoyens d’Afrique, qui représentent une force dynamique sur l’arène internationale. Le continent ne peut faire cela si les gouvernements ne fraient pas le chemin en dotant leurs citoyens des capacités appropriées et si les établissements d’enseignement n’apprennent pas aux jeunes africains à résoudre les problèmes de l’Afrique.

 

4e raison : Jusqu’à présent, les plans de développement du continent et des pays ont été et demeurent solides, mais les pays n’ont pas les capacités de les mettre en œuvre. Même l’art d’évaluer le financement crucial pour le développement exige des compétences spécialisées, et si ces compétences sont absentes, il est doublement difficile d’évaluer, d’approprier et d’utiliser pleinement les fonds nécessaires.

 

Compte tenu de ce qui précède, les gouvernements africains, les institutions et les partenaires au développement doivent continuer à soutenir les organisations, telles que l’ACBF, qui coordonnent le renforcement des capacités sur le continent. L’ACBF a le plus grand avantage comparatif dans la coordination des programmes de renforcement des capacités complexes et composites à travers l’Afrique et a apporté un appui tangible à plus de 45 pays à travers le continent, en gérant plus de 700 millions de dollars de subventions avec des normes élevées de responsabilité et de transparence. Elle a l’expérience requise, maitrise la gestion complexe des fonds et a un réseau énorme pour aider les pays à aller de l’avant. Par conséquent, tant les partenaires donateurs non-africains et qu’africains ainsi que les institutions de Bretton Woods devraient profiter de l’expérience unique de l’ACBF et financer ses interventions maintenant plus que jamais, étant donné que le continent est en manque criant des compétences cruciales, managériales, scientifiques et technologiques pour mener sa transformation. En tant que véritables partenaires au développement, tous devraient travailler pour donner un sens de dignité aux mains d’or de l’Afrique. Oui, ensemble, nous pouvons construire une Afrique capable de réaliser son propre développement!

 


 

 

À propos de la Fondation pour le renforcement des capacités en Afrique (ACBF)

 

Après avoir lancé et coordonné efficacement des programmes de renforcement des capacités d’une valeur de plus de 700 millions de dollars américains dans 45 pays et 8 communautés économiques régionales (CER) en Afrique depuis 1991, l’ACBF a rassemblé l’expérience requise qui en fait l’institution incontournable en matière des connaissances spécialisées et de ressources humaines pour conseiller et appuyer les pays africains, les CER et les institutions sur des mesures décisives à prendre pour développer de toute urgence les compétences pratiques nécessaires pour la transformation économique du continent.

 

Les preuves provenant de notre travail de pointe (constitué des centaines de publications en matière de connaissances) et du travail de plusieurs partenaires montrent que les efforts de développement de l’Afrique sont entravés par de graves déficits de capacités se présentant souvent sous la forme de pénuries de compétences critiques, de déficits de leadership, d’entraves dues aux mentalités et aux institutions faibles. La pénurie de compétences pratiques sur le continent est importante dans des domaines clés tels que la science, la technologie, l’ingénierie et les mathématiques (STEM) et l’agriculture.

 

À l’ACBF, nous continuerons à utiliser notre expérience inégalée dans la gestion des mécanismes financiers pour le développement, notre vaste expérience en collecte des connaissances grâce à la combinaison de compétences exceptionnelles de notre personnel de base ainsi qu’à nos solides partenariats et réseaux stratégiques pour aider les pays et les institutions à identifier leurs besoins en capacités, les conseiller sur la façon de pallier à ces faiblesses de capacités et trouver les connaissances et ressources nécessaires pour développer les ressources de capacité requises, les utiliser efficacement et les conserver en vue d’atteindre leurs objectifs de développement à court et à long terme.

Notre vision est celle d’une Afrique capable de réaliser son propre développement.