Les difficultés économiques en Afrique depuis trois ans font basculer le continent de nouveau dans une sorte de politique d’ajustement structurel qui ne dit pas son nom.

Les prescriptions portent sur la réduction du déficit budgétaire,  la restructuration des  dépenses publiques, le gel des nouveaux investissements, les limitations sur les transferts  à l’étranger et, dans certains cas, le rapatriement des avoirs extérieurs imposé aux opérateurs privés, la restriction sur le change et ses conséquences dont la disparité des taux entre le marché officiel et le marché paralléle.  L’Angola, le Nigeria et l’Afrique Centrale mais aussi le Ghana, la Zambie et le Zimbabwe,  dépendants du pétrole et des matières premières en général,  sont durement impactés par la crise. A la fin 2016, l’inflation était de  42 % en Angola et de 18,5 % au Nigéria.

 

En réaction, le FMI a indexé des “ajustements insuffisants des politiques publiques” et rappelé les gouvernements à l’ordre. 

 

Première à se voir administrée la pilule amère, la Communauté économique des Etats de l’Afrique Centrale (CEMAC) a, le 16 décembre 2016 à Yaoundé, ouvert des négociations avec le FMI pour un programme d’ajustement destiné à favoriser la relance et le retour aux équilibres macroéconomiques. L’Union de façade affichée alors dans la capitale camerounaise  a très vite volé en éclat, chaque pays ayant choisi de  négocier  individuellement son programme  de financement conditionné  à une discipline budgétaire stricte. La Guinée Equatoriale qui n’avait plus sollicité le fonds depuis 1996 est de nouveau sous programme.  Idem pour le Cameroun, première économie de la région, qui a sollicité et obtenu 917 millions de dollars.

En dehors de la CEMAC, la restructuration sous les couleurs du FMI bat son plein. Entre découvertes de  « dettes cachées» et admonestations, la plupart des gouvernements africains entrent dans les rangs.  Au Mozambique, en Angola et au Ghana, les mesures prises aux allures de sanctions en raison de dettes cachées font craindre les risques de soulèvement. Pour l’heure, les mesures drastiques ne concernent que les pays pétroliers et exportateurs de matières premières.  Le FMI se montre attentif envers la situation des  pays peu tributaires des exportations de ressources naturelles, tels que la Côte d’Ivoire, le Kenya et le Sénégal, les déficits budgétaires sont restés élevés depuis maintenant plusieurs années. “Même si la croissance demeure vigoureuse, des signes de vulnérabilité commencent à se faire jour — la dette publique s’affiche en hausse, le coût des emprunts s’est accru et, dans certains cas, des arriérés de paiement s’accumulent et le montant des créances improductives s’accroît dans le secteur bancaire, même dans un contexte de forte croissance”, observait le fonds.

Ainsi, la parenthèse des 10 glorieuses (2004-2014)  semble s’être brusquement refermée sur un parfum des années 80 marquée par les programmes d’ajustements structurels, les licenciements et les dévaluations.

Au delà des prescriptions, la démarche du FMI, inspirée de l’orthodoxie financière, est justifiée par une conjoncture difficile: “la dynamique de croissance en Afrique subsaharienne demeure fragile, ce qui représente une rupture par rapport à la rapide expansion qui avait été enregistrée depuis le début du millénaire. L’année 2016 a été difficile pour de nombreux pays et la croissance régionale est descendue à 1,4 % (contre 3,1% pour la croissance mondiale) , le niveau le plus faible depuis plus de deux décennies.”, écrivait le FMI dans son rapport de mai 2017 sur la situation du continent. Si la croissance devrait se situer à  environ 2,6 % en 2017,  ce niveau d’à peine supérieur à la croissance démographique  est, aux yeux du FMI,  trop faible pour remettre l’Afrique subsaharienne sur la voie de l’amélioration des niveaux de vie.