Réélu pour un troisième mandat avec 98,6% des suffrages aux présidentielles du 5 août, Paul Kagamé, 59 ans dont une bonne partie en exil et dans le maquis,  ajoutera 7 ans de plus  à un règne commencé de fait  il y a 23 ans à la tête du Rwanda. L’élection du 4 août 2017  a tourné à un couronnement. 

 

Les voix de ceux qui critiquent les carences de Kigali en matière de droits de l’homme viennent souvent des ONG internationales.  L’opinion publique africain salue, elle, l’efficacité quasi-militaire d’un des pays les plus propres de la planète. Un pays sans ressources naturelles qui offre un contraste parfait avec le désordre de bien des capitales africaines.  La réussite exceptionnelle du Rwanda sur le Plan économique fait de Paul Kagamé la nouvelle figure du dirigisme efficace dans un contexte où le copier- coller démocratique tourne à une  parodie saluée régulièrement par les marchands de légitimité. 

Parce qu’il est différent et “non aligné” au sens premier du terme, le système Kagamé interpelle par ses succès sur la bonne gouvernance et sur le développement enregistrés alors que les bons élèves de la démocratie, soutenus par le FMI et la Banque Mondiale, multiplient les échecs. Entre 2005 et 2015, la mortalité infantile en dessous de 5 ans a reculé de 152 à 52 naissances pour 1000. C’est l’une des plus rapides réductions dans le baromètre des institutions internationales. 

Le régime Kagamé  tient un peu de la  «démocratie dirigée » de Sukarno en cela qu’il est recentré,  non pas sur la conformité des procédures par rapport aux manuels de la Banque Mondiale et du FMI,  mais sur une échelle d’objectifs à atteindre.  À la dilution de la fonction du chef et aux allongements des procédures que l’on voit dans les démocraties africaines formelles, correspond, à Kigali, un mode opératoire de prise de décision extrêmement court.  Les priorités nationales sont fixées  suivant un programme défini en toute transparence et non selon la vision des bailleurs. La religion qui a cours à Kigali est le pragmatisme.

Les procédures de passation des marchés sont publiées en ligne et la lutte contre la corruption fait partie du quotidien du gouvernement rwandais. Pendant ce temps, les budgets coûteux des campagnes électorales des présidents élus dans les démocraties tropicales  en vue créent des collisions manifestes avec des intérêts privés.  C’est sans doute là, dans sa relative indépendance par rapport au secteur privé et aux bailleurs et  dans sa souveraineté assumée que le système Kagamé l’emporte sur les États africains dits démocratiques.

S’il est dirigiste, le modèle Kagamé est différent du dirigisme asiatique en cela que le capitalisme d’Etat n’est pas de mise sur les collines de Kigali. De même, l’on ne sent pas de grands conglomérats privés, ni une bulle du marché  du crédit et cette sorte de règles non écrites (mafia organisée)  qui prospèrent dans certains pays nouvellement industrialisés. 

L’Etat rwandais se veut plutôt organisateur du marché et non  acteur, gendarme et non actionnaire, ce qui le rapproche de la doctrine libérale. L’absence de contre-pouvoirs démocratiques et la relative liberté de la presse ( le pays est classé 159è sur 180 selon le classement RSF de 2017)  sont des paramètres qui compliquent le modèle ou, plutôt, le contre-modèle. L’interventionnisme de l’Etat est une réalité dans l’Education, la Santé et, entre autres, l’assainissement.  Il est clair que le modèle rwandais, hérité de sa lourde tragédie et de la volonté de ses hommes,  est encore en construction. En 2024, si les progrès économiques en cours aboutissent aux progrès sociaux et à la satisfaction des besoins de base de la pyramide de Maslow, d’autres exigences pointeront à l’horizon.  

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