Dans ce texte signé par le Togolais Blaise Ayao Amoussou-Kpeto, l’’expert banque et finance revient sur les interventions du Fonds monétaire international (FMI) au Togo  et ses recommandations au pays. Des conditionnalités « d’un autre âge », écrit-il.

La rhétorique des ajustements structurels du FMI est de retour. Après la Grèce et plus récemment les pays de la zone BEAC, la zone cousine de l’UEMOA dans la zone Franc tant décriée en ce moment, c’est au tour de mon pays, le Togo, de subir les diktats du FMI. Oui, j’avais salué en son temps la signature de l’accord avec le FMI que le Conseil d’administration de cette institution vient d’approuver.

Mais contre seulement 241,5  millions de dollars US de facilité élargie de crédit (FEC) sur 3 ans, le FMI impose au Togo ses conditionnalités archaïques et rébarbatives. Au lieu d’imposer des conditions claires de bonne gouvernance, de meilleure gestion des finances publiques et de lutte contre la corruption, le FMI demande l’audit des 2 banques publiques UTB et BTCI, et une étude sur l’évasion fiscale. Or ces deux banques sont sur un programme de privatisation depuis 2008.

De ce fait, elles ont été auditées par des grandes firmes d’audit pour le compte des candidats investisseurs mais aussi par la commission bancaire de l’UEMOA, le Gendarme des banques de la zone BCEAO. Tous les rapports sont disponibles; que cherche encore le FMI avec cette conditionnalité de rétropédalage ? C’est ce qui se passe actuellement dans les banques togolaises qui doit intéresser le FMI. Sont-elles suffisamment capitalisées?

Ont-elles la capacité de résister à la prochaine crise financière mondiale qui se profile à l’horizon avec le surendettement excessif des banques (du fait des politiques monétaires accommodantes des banques centrales) et des pays les plus riches de la planète? Voilà des questions que doit poser le FMI et chercher à créer les conditions de résilience des banques africaines, à résister à une crise financière mondiale plutôt que de regarder dans le rétroviseur.

En ce qui concerne l’évasion fiscale, plus besoin d’audit coûteux, les pistes sont là, claires pour remonter directement aux fraudeurs et renflouer immédiatement les caisses de l’État. Tous les marchés publics sont connus, mêmes ceux qui n’ont pas fait l’objet d’appels d’offres. Tous les attributaires sont donc connus, les paiements qu’ils ont reçus au titre de ces marchés peuvent facilement être retracés sur les comptes du Trésor Public ou dans les banques domiciliataires de ces marchés. On peut donc ainsi connaître ces attributaires de marchés aussi bien publics que privés qui n’ont pas payés les taxes et impôts sur les marchés ainsi que tous les fonds qui ont fait l’objet de transferts frauduleux à l’étranger.

 

Pour les agents économiques qui ont acheté/vendu par exemple des actifs immobiliers sans acquitter les impôts et taxes sur les plus-values de cession, les traces sont dans les livres des banques. On peut ainsi dénicher toutes ces sociétés qui transitent des milliards d’argent de chiffres d’affaires sans payer de TVA et qui, à la fin de l’année déclarent des pertes pour se soustraire à l’impôt sur les bénéfices (IS). Je viens ainsi de faire une bonne partie des audits que demande le FMI. Que recherche réellement le FMI par ces conditionnalités d’un autre âge?

Je crois que le FMI doit se réformer et se moderniser lui-même en recherchant les conditions proactives et innovantes et en allant droit au but en définissant clairement les conditions d’une bonne gouvernance et d’une meilleure gestion des finances publiques aux États pour qu’ils aillent au bout de leurs potentialités de croissance et de plein emploi. C’est à ce prix que le monde que nous allons laisser aux générations futures sera meilleur.

 

Blaise Ayao Amoussou-Kpeto, Expert Banque, Finance