Said Ahmed Said Abdillah est un médecin de formation, Chef d’entreprise, Homme politique et essayiste. Président du Parti Comores Alternatives (P.C.A), son dernier ouvrage intitulé 

« Comores pour l’indépendance monétaire et financière de l’archipel» (Editions l’Harmattan) a fait des vagues.

Said Ahmed Said Abdillah,
Économiste et président du Parti Comores Alternatives

 

Vous n’ aviez pas soutenu la candidature du président Azali Assoumani. Que pensez-vous de ses réalisations?

Je voudrai, d’abord vous remercier, vous et l’équipe de votre Magazine. Nous n’avons pas soutenu la candidature du colonel Azali Assoumani, moi et mon parti politique, le Parti Comores Alternatives (P.C.A) aux dernières élections présidentielles 2016. Notre parti avait d’abord présenté ma candidature qui a été refusé par la Cour Constitutionnelle malgré notre requête. Vous me demandez notre avis ou jugement de l’action du président Azali Assoumani, au cours de la première année de son mandature. Je pense qu’il est trop tôt de juger, même si le début nous a beaucoup inquiété du fait des licenciements massifs des jeunes cadres et de l’augmentation des salaires de ses ministres. Toutefois, il y a eu une amélioration de la distribution de l’énergie qui est fondamentale pour le développement économique et social de notre pays. Il y a aussi ce vœu louable et soutenable de vouloir mettre notre pays au niveau des pays émergents. C’est un vœu ou projet qu’il n’avait pas formulé au cours de sa campagne électorale. C’est un projet qui mérite d’être soutenu par tous les Comoriens quel que soit leur tendance politique. Je suis de l’opposition Nationale mais, notre formation politique, Parti Comores Alternatives(P.C.A), associé à d’autres et des personnalités, ont écrit au chef de l’Etat, lui assurant notre soutien ferme dans son projet de mettre les Comores au niveau des pays émergents.


L’émergence des Comores à l’horizon 2030: réalité ou utopie ?

 Les dirigeants Comoriens ont le droit, le chef de l’Etat comme ceux des autres pays, d’avoir des projets louables et de grandes ambitions pour leur peuple et leur nation. Nous avons des atouts qui permettront à notre pays d’en faire partie. Il faudra que nous nous y engageons tous du moment où nous savons que l’ambition est grande, louable et faisable. Pour ceux-là, le chef de l’Etat est à la fois l’entraineur, l’arbitre et le capitaine d’équipe. Il a une lourde responsabilité dans cette bataille et surtout qu’il n’a pas beaucoup de temps, il lui reste quatre ans.


Justement, permettez-moi de vous couper la parole. Ne pensez-vous pas qu’il doit rester jusqu’à en 2030 pour que sa vision ne soit pas une chimère ?

Je n’ai pas dit cela mais pourquoi pas. Il peut mettre le pays dans la bonne voie de cette émergence et le peuple Comorien appréciera le moment venu.

Je dois, toutefois, vous rappeler que la question de durée ne joue pas beaucoup par rapport à l’émergence. Il y a des pays qui y sont arrivé dans une durée très courte, moins de dix ans, et d’autre moins de vingt ans, comme la Chine de Deng Xiaoping ou le Singapour de Lee Kuan Yew.


 Est-ce que les institutions de l’Union des Comores sont en adéquation avec cette vision de l’émergence ?

L’émergence exige un Etat fort, juste et solidaire nécessitant à la fois la mobilisation de l’Etat et du peuple Comorien. Ce qui n’est pas le cas actuellement de notre constitution de 2001 révisé en 2009. Il y a donc lieu de revoir cette constitution pour l’adapter sans mettre en cause l’intégrité et la stabilité de notre pays.


En tant qu’économiste, pensez vous que l’émergence est possible avec l’appartenance à la zone franc CFA ?

Je pense que nos chefs d’Etat, plus particulièrement Azali Assoumani et Idris Deby et d’autres ont compris le problème de notre appartenance à la zone franc CFA. C’est pourquoi, je profite de cette occasion pour saluer le discours historique de notre chef de l’Etat Azali Assoumani à Bamako au Mali, en présence de ses paires africains et du président français, François Hollande et qui a osé demander entre autre « la refonte de la politique monétaire » c’est-à-dire de la zone franc CFA. Pour répondre à votre question, je doute fort que dans l’état actuel de ses statuts, la Banque centrale des Comores lié à la zone franc CFA puisse favoriser l’émergence. Il faudra modifier ces statuts en changeant l’objectif de la Banque centrale et les articles 22 et 65 entre autres.

Il ne peut pas y avoir de l’émergence sans la maîtrise de la politique monétaire. L’objectif de la Banque Centrale des Comores aujourd’hui est uniquement la maîtrise des prix comme celui de la Banque Centrale Européenne. Or, on n’a pas les mêmes besoins et les mêmes problèmes économiques et sociaux.

L’objectif de notre banque centrale doit aussi inclure la lutte contre le chômage en favorisant le plein emploi. Tous les pays développés, la France (1945- 1970) et ceux des pays émergents ont utilisés pleinement la politique monétaire en tolérant certains niveaux d’inflations qui favorisent l’emploi et l’investissement de l’Etat. Ils étaient tous Keynésianistes   avant de sombrer chez les néoclassiques à la tête duquel Milton Friedman.

Un pays par rapport à la politique monétaire est comme un enfant par rapport à ses parents. Dans l’enfance, il a besoin du soutien totale de ses parents, c’est-à-dire du Keynésianisme jusqu’à l’âge de la majorité où il peut alterner entre indépendance et intervention des parents (Keynésianisme ou néoclassique), c’est aussi valable pour un pays.

Je pense que le moment est venu, avec un président jeune en France, de mettre fin à la Françafrique et de donner l’occasion à l’Afrique et à la France de se regarder comme deux adultes consentants. Nous devons tous nouss y mettre et aider nos dirigeants à prendre les meilleures décisions pour notre pays. Le temps des critiques, des doutes, du pessimisme est révolu, nous devons y croire et nous y croyons.


Propos recueillis
par Daniel Djagoué