Par Mamadou Aliou Diallo 

Un indice mondial d’évaluation du contrôle des ressources naturelles par les pays a classé le secteur minier de la Guinée en 63e position parmi les 89 évaluations réalisées dans le monde, et en 20e position parmi les 31 évaluations effectuées en Afrique subsaharienne.

Cette étude réalisée par Natural resource Gouvernance Institute (NRGI), indique que l’indice de gouvernance des ressources naturelles est la somme totale de 89 évaluations spécifiques au secteur dans 81 pays (dans huit pays, NRGI évalue à la fois le secteur minier et le secteur du gaz et du pétrole), formulé en utilisant un cadre de 149 questions vitales auxquelles 150 chercheurs ont répondu en s’appuyant sur près de 10 000 documents justificatifs.

 

L’indice de gouvernance des ressources naturelles (ressource Governance Index, ou RGI) de 2017, qui est compilé par Natural resource Gouvernance Institute (NRGI), montre comment la gestion défaillante des revenus a contribué à la performance globale médiocre du pays. Dans la composante de gestion des revenus de l’indice, la Guinée est classée 78eme parmi les 89 évaluations réalisées. La transparence budgétaire et l’application des dispositions promettant le partage d’une partie des recettes minières avec les autorités locales émergent comme les faiblesses principales.

L’agitation au cours des derniers mois dans les villes de Boké et kamsar a accentué le caractère urgent de l’amélioration des pratiques de gouvernance dans le secteur minier. Les manifestations des communautés contre la pollution associée à l’extraction et les coupures de courant soulignent le besoin d’un partage éfficace des revenus au niveau infranational, des mesures pour atténuer les impacts sociaux et environnementaux, ainsi qu’une transparence accrue des autorités locales vis-à-vis des communautés locales concernant les contributions reçues des entreprises minières.

La Guinée obtient sa plus haute note de 62 points sur 100 pour une sous-composante de l’indice en matière d’octroi de licences, bien que les chercheurs aient trouvé que ce domaine pourrait bénéficier d’une plus grande transparence. En ce qui concerne la transparence fiscale , la performance de la Guinée est satisfaisante , mais elle pourrait parvenir à ses objectifs en matière de réforme fiscale en utilisant l’initiative pour la transparence dans les industries extractives ITIE comme plateforme pour divulguer les informations concernant les identités des propriétaires réels, la production des minéraux au niveau des projets, les exportations et les paiements. Le gouvernement devrait aussi appliquer de manière plus active l’exigence de publication de tous les contrats.

Évelyne Tsagué, directrice adjointe pour l’Afrique de NRGI, a déclaré que : « la mise en œuvre du code minier progressiste de la Guinée a été lente et l’application est loin de correspondre aux obligations, particulièrement dans les domaines du partage infranational des revenus et de l’impact sur l’environnement qui devraient promouvoir des avantages et limiter les frais pour les populations locales »

Le gouvernement guinéen participe à plusieurs opérations minières dans le pays de façon limitée. La seule entreprise appartenant entièrement à l’État, SOGUIPAMI, est un des éléments les plus faibles du secteur extractif de la Guinée, selon le rapport, en dépit de certaines divulgations spontanées. Elle obtient une note de 38 points sur 100 et est classée 14 eme parmi les 27 entreprises appartenant à l’État évaluées en Afrique subsaharienne. Au fur et à mesure de l’expansion du rôle de la SOGUIPAMI dans le futur, le gouvernement devra, selon NRGI, formaliser ses obligations de divulgations et renforcer sa surveillance de l’entreprise.

Mme Tsagué ajoute également que « l’exploitation minière représente plus 60 pour cent du total des exportations de la Guinée et 24 pour cent des recettes totales de l’État en 2015. Rien que pour cette raison, le public doit avoir accès aux résultats de la procédure de revue des contrats miniers. Étant donné l’accélération récente de la production de bauxite dans le pays, il est vital que le gouvernement intègre de meilleurs pratiques en matière de gouvernance dans le secteur aussi rapidement et éfficacement que possible »

Une table ronde nationale sur le développement minier responsable s’est tenue en février 2017. Son but était de fournir au pays une stratégie opérationnelle dans le secteur minier et cultiver le dialogue entre les entreprises minières, les organismes gouvernementaux, les citoyens et communautés de la Guinée autour des approches possibles à adopter en matière d’accélération durable du développement basé sur les minéraux. Ceci est un pas dans la bonne direction, car il est indispensable de répondre aux préoccupations locales dans le cadre de la politique guinéenne globale de développement basé sur les minéraux.