Deux ans après son lancement, l’African Risk Capacity (ARC) est bien parti pour mutualiser les moyens des pays africains face aux catastrophes d’ordre climatique. Dans cet entretien, Mohamed Beavogui, le directeur général de l’institution basée à Johannesburg, revient sur les réalisations et les défis.

Quels sont les champs de compétence de l’ARC?


L’African Risk Capacity (ARC) ou la mutuelle Panafricaine de gestion des risques est une institution spécialisée de l’Union Africaine dont l’objectif est d’aider les Etats africains à prévoir, gérer et financer l’impact des catastrophes naturelles. L’ARC a créé la société d’assurance mutuelle ARC Ltd, qui assure les pays membres contre la sécheresse, les inondations et les cyclones tropicaux. Elle appartient à ses États membres. Le mécanisme de l’ARC repose non seulement sur la solidarité panafricaine (à travers la mutualisation des risques), mais aussi sur la nécessité de disposer de mécanismes de réponses efficaces en cas de chocs climatiques.

 


Est-ce à dire que l’ARC est un instrument qui sera plus e cace que l’aide humanitaire Internationale?


Le paradigme est différent. Comme vous le savez, environ deux tiers des crises qui affectent le continent (et qui ont des conséquences économiques et politiques) sont d’origine climatiques. L’ARC donne aux États les moyens d’anticiper et de faire face à d’éventuelles crises dans des courts délais. Jusque-là, le premier réflexe des États sinistrés est de faire appel à l’aide internationale laquelle fonctionne à son propre rythme et selon ses propres processus. Entre le moment où l’appel à l’aide internationale est lancé et celui où l’aide parvient aux populations concernées, il peut s’écouler jusqu’à 9 mois. Entre temps, les familles sinistrées auront vendu leur bétail et les semences. Ces longs délais compromettent donc la résilience des populations rurales, et poussent de nombreuses familles sur les routes de l’exode rural. À travers l’ARC et sa filiale d’assurance, nous cherchons à donner à ces populations rurales un coussin de sécurité et un moyen de se stabiliser et de pouvoir se relancer pour la prochaine saison. L’analyse des coûts-béné ces de l’ARC a montré qu’un pays comme le Malawi, qui subit une grande sécheresse tous les 10 ans, peut perdre en une année jusqu’à 4 points de son PIB. L’impact des catastrophes naturelles sur la croissance économique est donc énorme pour des pays africains à base rurale.

 


Concrètement, comment la Compagnie d’assurance de l’ARC va-t-elle paramétrer les risques ?


ARC Ltd utilise une assurance de type paramétrique, sur la base du logiciel Africa RiskView, qui permet de modéliser l’impact de la sécheresse en terme de nombres de personnes touchées et de coût de la réponse. La modélisation permet premièrement de dresser le profil risque du
pays. Deuxièmement, elle offre au gouvernement un système d’alerte précoce. Les pays membres de l’ARC peuvent choisir le niveau de risque à transférer.

 


Quels sont les principaux actionnaires de l’ARC?


Le capital initial de l’ARC Ltd a été fourni par un prêt du Royaume Uni et de l’Allemagne de 200 millions de dollars US sans intérêt remboursable dans 20 ans. Ces deux pays sont actionnaires de la Mutuelle au même titre que les pays africains membres de la Mutuelle d’assurance.

 


Où en est-on aujourd’hui avec le niveau de souscription des États Africains ?


En trois ans d’exercice, nous comptons 8 pays membre de la mutuelle. Nous avons couvert environ 400 millions de dollars US de risque à travers le continent. Quatre pays ont déjà bénéficié de décaissements.

 


Quelles sont les projections de l’ARC à moyen et long terme ?


Nous intervenons pour améliorer la capacité de réponse rapide des États  face aux catastrophes naturelles. Notre objectif est d’assurer 150 millions de personnes dans 30 pays d’ici à 2020. À moyen terme, nous souhaiterions avoir une assurance souveraine, qui va aller progressivement à la rencontre de la micro-assurance.


Et suivant quels mécanismes ?


La contrainte principale à laquelle les Etats font face est le paiement annuel de la prime. Certains pays comme le Sénégal, le Mali et le Burkina Faso ont quand même commencé à intégrer le coût de leur assurance dans leurs budgets. Il est donc nécessaire d’agir sur les politiques publiques afin de pérenniser la démarche.


Doit-on en plus de l’ARC faire souscrire à l’Etat d’autres mécanismes complémentaires au niveau africain et à l’international ?


La démarche de l’ARC est originale. A la longue, la mutuelle revient à ses souscripteurs. Donc, le système leur permet de générer des ressources internes. Ce qui ne veut pas dire pour autant qu’il faille oublier le marché international. Pour l’heure, la capacité de réassurance des africains est encore relativement faible en dépit des avancées. Nous travaillons avec 24 compagnies d’assurances internationales. En Afrique, nous travaillons avec Africa- Re, notée A++, qui fédère 40 pays et qui s’est établit comme un interlocuteur de confiance à l’international.


Au niveau de l’adhésion à venir des États, où en est-on?


Nous avons 32 pays signataires du traité, et 5 pays ont déjà ratifié le Traité de l’ ARC. La difficulté est d’améliorer la capacité des pays à payer leurs primes de façon régulière. Nous avons à cet effet signé un accord de coopération avec la BAD afin qu’elle soutienne les États membres en ce sens. Car une fois que les politiques publiques seront en place, le mécanisme deviendra réellement soutenable.

 


Est-il envisageable de voir l’ARC couvrir d’autres risques en dehors du climat ?


Nous avons commencé par la sècheresse mais nous travaillons maintenant sur les inondations, les cyclones. Outre le risque climatique, nous travaillons aussi, sur demande des Ministres Africains des Finances, sur un modèle couvrant les flambées épidémiques.


Y a t-il des partenariats avec le Fonds Vert et d’autres mécanismes de finance climat ?


Nous avons discuté avec le Fond Vert et espérons pouvoir travailler avec eux sur le moyen terme. Notre souhait est de mettre en place des mécanismes qui vont aider les pays.

 


Pour finir, vous voulez donc devenir la BAD de la couverture des catastrophes climatiques ?


Absolument. Notre objectif est d’être l’institution financière africaine, qui protègera les populations africaines contre les évènements climatiques extrêmes. Notre rôle est de prévoir les crises et d’agir de manière à ce qu’il n’y ait pas d’impacts négatifs sur la croissance des pays africains.


Propos recueillis par Adama Wade