“Le Tchad a déboursé sur ses propres ressources plus de 300 milliards de francs CFA (plus de 457 millions d’euros) pour la lutte contre le terrorisme sans un soutien quelconque de l’extérieur”.  Ces révélations du président Idriss Déby dans un entretien daté du  25 juin 2017  accordé à RFI, TV5 et Le Monde, en disent long sur les difficultés financières actuelles du pays.  

Particulièrement amer et déçu du retour sur investissement attendu de l’Occident, le président Déby menace de retirer ses troupes: “Nous sommes arrivés au bout de nos limites. Nous ne pouvons pas continuer  à être au Niger, au Nigeria, au Cameroun, au Mali et surveiller  et  1 200 kilomètres de frontière avec la Libye. Tout cela coûte est excessivement cher et si rien n’est fait, le Tchad sera malheureusement dans l’obligation de se retirer”.  Dans son analyse de l’équation, l’homme fort de Ndjamena déclare clairement que l’armée tchadienne ne pourra plus opérer sur des  théâtres de conflits différents: “Le Tchad ne peut pas avoir 1 400 hommes au Mali – dans la Mission des Nations Unies – et en même temps 2 000 soldats dans le G5”, déclare-t-il. Et d’asséner au passage quelques critiques en direction de ses alliés de l’Occident responsables du chaos libyen en relation directe avec Boko Haram.

Une mauvaise nouvelle n’arrivant jamais seule, le Tchad a vu son armée épinglée par un rapport de l’ONU sur la Centrafrique. “Ce rapport, qualifié de rapport des Nations Unies, a été fait par des hommes politiques et des organisations de la société civile de la République centrafricaine (RCA). Je ne peux pas croire  que l’armée tchadienne soit bonne au Mali et mauvaise en RCA.”

S’agissant des relations avec la France, celui qui passe pour le premier allié de l’Hexagone au Sahel se veut sans équivoque: “Nous ne pouvons plus avoir des relations de maître à élève ou de maître à sujet”, dit-il, se donnant une transition vers le sujet du Franc CFA, son cheval de bataille favori depuis quelques mois. “Le seul intérêt du franc CFA, c’est d’avoir 14 pays avec une monnaie commune. Il faut que les 14 pays restent regroupés et qu’ils renégocient pour que le trésor français ne nous gère plus. C’est à nous  de gérer notre monnaie avec notre banque centrale. Au niveau du conseil d’administration de notre banque centrale, nous avons trois Français qui siègent avec le droit de veto. Où est alors la souveraineté monétaire ? Comment voulez-vous que l’Afrique se construise ? D’ailleurs nos collègues d’Afrique anglophone, lusophone, arabophone nous disent que si nous connaissons aujourd’hui des malheurs, c’est à cause de vous, francophones”.

L’interview est revenu par ailleurs sur ce qui constitue la grosse bourde du Tchad, à savoir le prêt de 2 milliards de dollars consenti auprès de Glencore pour racheter les parts de Chevron, soit 25% détenus dans le consortium exploitant le pétrole du pays. Entre temps, les cours se sont effondrés. Les recettes tirées de l’or noir  servent essentiellement à rembourser cet emprunt. “Je dois reconnaître  que le prêt obtenu de Glencore était une démarche irresponsable”, admet le président Deby.  “C’était un marché de dupe et aujourd’hui je me rends compte qu’il y a eu un délit d’initiés car deux semaines après que nous avons acheté les 25 % de Chevron, le pétrole a chuté de 100 dollars – le baril à 40 dollars. Si le cour était resté à 100 dollars, nous aurions remboursé notre dette à Glencore en quelques mois. Aujourd’hui, avec le soutien de la Banque mondiale et du Fond monétaire international  nous sommes en négociation avec Glencore pour restructurer  la dette. Nous avons également saisi nos avocats pour voir   s’il n’y a pas eu un délit d’initiés.”.

A propos de ses 27 ans au pouvoir et de son intention de quitter son poste, le chef d’Etat tchadien reste mystérieux voir spirituel: “La longévité dans ces fonctions n’est pas une bonne chose mais il ne faut pas non plus laisser  le pays dans un désordre. Entre deux maux, il faut choisir  le moindre. (…) Le jour où le peuple tchadien me dira de partir,   je partirai”.

 

 

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