Le forum Afrique-Biélorussie s’est ouvert ce 6 juin à Minsk, capitale de cette ex-république soviétique enclavée entre la Russie à l’Est, l’Ukraine au Sud, la Pologne au Sud-Ouest,  la Lituanie à l’Ouest et la  Lettonie au Nord.  

 

L’intérêt du partenariat entre ce pays de 10 millions d’habitants, indépendant depuis 1991,  et l’Afrique tient du fait qu’il fut pendant longtemps le centre d’excellence de la technologie agricole de l’URSS.  Minsk dispose d’une longue expérience dans la fabrication des  machineries et outils agricoles et la transformation industrielle des produits agricoles. D’où l’intérêt pour Afreximbank, banque des échanges entre l’Afrique et le reste du monde, de répondre à l’invitation officielle adressée par les plus hautes autorités du pays.

Prenant la parole face à un auditoire d’homme d’affaires des deux parties et à de hauts dignitaires dont le vice-premier ministre biélorusse, Anatoly Kalinim, le Général Viktor Sheiman, administrateur des affaires à la présidence de la République, Sergie Roumas, président de la Banque de Développement biélorusse et divers membres du gouvernement, le président d’Afreximbank, Dr Benedict Oramah, a mis en exergue le potentiel d’un partenariat gagnant-gagnant. « Si un pays de 10 millions d’habitants peut, sans ressources naturelles, parvenir à ce niveau d’industrialisation, alors l’Afrique a une chance », a-t-il notamment déclaré, en plaidant pour la possibilité d’un partenariat pour la transformation des produits agricoles et miniers.

Le pays présidé par Aleksandr Lukashenko s’est mobilisé comme un seul homme pour accueillir la forte délégation d’affaires venue du continent africain. Jusque-là, les relations entre cette république russophone et l’Afrique se limitaient au volet diplomatique plus marqué avec l’Afrique du Sud, le Sud- Soudan et la Libye. Mais depuis une année, à la faveur d’une première visite à Minsk d’une délégation d’Afreximbank, les choses ont bougé.

Des négociations commerciales sont en cours entre des parties biélorusses et de potentiels partenaires au Sénégal, au Togo, en Côte d’Ivoire, au Nigeria, en Gambie, au Soudan-Sud, au Tchad, en Zambie, en Sierra Leone et au Congo pour un volume d’échanges estimé à 420 millions de dollars, soit à peine 0,05% des importations du continent. Sur l’autre sens, l’Afrique exporte 152 millions de dollars vers Minsk. Les produits concernés sont l’engrais, le fer et l’acier. Les échanges entre l’Afrique et la Biélorussie devraient passer de 600 millions de dollars à 3 milliards d’ici 2020. Le continent se disant, par la voix d’Afreximbank, prêt à être fournisseur de produits agricoles à la république orientale.

 

Il est question d’assemblage des tracteurs biélorusse dans certains marchés africains. Une ligne de 800 millions de dollars a été mise par la Banque de Développement de Biélorussie pour accompagner les échanges commerciaux et couvrir d’éventuels risques entre les deux parties. A cela s’ajoute le dispositif de couverture de risques mis en place par Afreximbank. « Nous serons votre parapluie en Afrique » a déclaré Dr Oramah en direction des industriels ukrainiens.

Fort d’un PIB de 2 500 milliards de dollars, d’une population de 1,2 milliard d’habitants et d’un taux de croissance moyen de 4,2% sur les dix dernières années, l’Afrique a de quoi séduire un marché biélorusse confronté à une géopolitique européenne pas toujours propice. Les flux du continent avec le reste du monde ont atteint 1000 milliards de dollars en 2016, une première.

En même temps, le continent accuse un gap en termes d’investissement dans les infrastructures et a besoin de 93 milliards de dollars par an sur la prochaine décennie pour rattraper son retard. Que la petite Biélorussie, à peine un quartier de Lagos, soit dix fois plus industrialisée que la vaste Afrique, laquelle fait trois fois l’Europe, montre tout le gap à combler entre la terre de Lucie et le reste du monde.

 

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