Kabinet Komara, Haut-Commissaire sortant de l’OMVS

 

Propos recueillis par Mamadou Diallo, Conakry


 

En marge de la 17ème Session ordinaire de la Conférence des chefs d’État et de gouvernement de l’Organisation de la Mise en valeur du fleuve Sénégal (OMVS), qui s’est tenue le mercredi 17 mai 2017 à Conakry,  Financial Afrik  s’est entretenu avec le guinéen Kabinet Komara, Haut-Commissaire sortant de l’OMVS, sur le barrage de koukoutamba,  l’un des projets phares de l’organisation sous-régionale . Exclusif.


On parle beaucoup du barrage de KOUKOUTAMBA sur le Bafing. Le  financement est-il obtenu ? On nous parle d’à peu près 800 millions d’euros. Qui finance ?

C’est une formule inédite qui est mise en oeuvre  pour ce barrage et l’entreprise retenue apporte le financement. Techniquement, les choix sont faits, nous devons ouvrir les enveloppes financières la semaine prochaine (cette semaine) pour retenir  l’entreprise apportant  les meilleures conditions d’obtention.


Comment l’entreprise sélectionnée obtiendra-t-elle un retour sur investissement ?

Les prêts seront rétrocédés à la société qui sera créée pour la gestion de ce barrage. La  société en question vendra de  l’électricité aux quatre États membres et remboursera l’argent au fur et à mesure.


Quelle est la clé de répartition  entre les quatre  États ?

Oui, il y a une formule de répartition de l’électricité entre ces quatre États. Supposons que la Guinée ait 40% de l’énergie, cette énergie sera vendue à la société d’électricité de Guinée qui va payer. Le Sénégal fera de même et ainsi de suite. C’est une formule commerciale qui existe déjà avec une société que nous avons, à savoir la SOGEM. Cette entité produit 260 mégawatts vendus aux  États.


Justement vous avez dit que le barrage produira environ 300 mégawatts. Comment cette électricité sera répartie  entre les quatre États ?

Les  États  vont se retrouver autour de la question  justement. C’est en  en cours de discussion.


Avec la construction du barrage, comment se fera la gestion de l’eau autour du fleuve Sénégal sans impacter les pays qu’il traverse ?

L’intérêt du fleuve Sénégal est que le bassin a été étudié de bout en bout et les barrages qui ont été identifiés sont conçus de telle façon que l’écoulement continue de sorte qu’il y ait de l’eau tout au long du fleuve. D’ailleurs les deux barrages du site sont gérés parfaitement. Il y a des paramètres de gestion qui prennent en compte  l’eau qui s’écoule à la fois pour la navigation, l’irrigation et l’eau potable. Ce sera le même schéma  en intégrant le barrage de Koukoutamba et les autres barrages.


Par rapport à la conservation de la faune, l’office Guinéen des parcs a tenu récemment une réunion sur la construction de Koukoutamba. Quelles sont les dispositions prises au niveau de l’OMVS pour ne pas affecter les espèces animales vivant autour du bassin du fleuve Sénégal ?

Il faut savoir qu’aucun ouvrage n’est mis en place au niveau de l’OMVS sans avoir tenu compte de l’étude d’impact environnemental et social très minutieuse  qui détermine ce qui peut être créé comme nuisance et des mesures d’atténuations soumises aux États. Ce n’est qu’à l’issu de tout celà  que les travaux commencent. Dans ces études, il y a également la protection de l’écosystème et même celle des espèces aquatiques.


Qu’est-ce qui retarde la réalisation des autres barrages, notamment Gourbassi, Boureya et Gouina entre autres ?

Ce sont  les financements. Les projets prioritaires de l’OMVS coûtent à peu près quatre milliards huit cent  millions de dollars. Alors pour mobiliser tout ce montant par  quatre États en ajoutant leurs besoins nationaux, vous comprenez l’effort qui reste à faire. C’est en cela que l’OMVS met en place les modes de financement en PPP pour que les États soient déchargés un peu de cette recherche de financements.


Il y a aussi le SITRAM qui est le système de transport au sein de l’OMVS.  Par  endroits, les ouvrages ne sont pas faciles à utiliser, notamment pour les guinéens qui veulent se rendre au Sénégal par exemple, c’est la croix et la bannière…


SITRAM est le Système Intégré de Transport multi-moderne qui comprend la navigation et un réseau de routes associées. En ce qui concerne la Guinée, le réseau de routes associées au SITRAM est celui  qui va de Labé à Siguiri.  Fort  heureusement, on a inclu dans la construction du barrage de Koukoutamba  le coût de la construction de la route allant de Labé à Tougué,  y compris le pont sur le fleuve dont déjà une partie est faite. Il restera de relier le pont sur le Bafing à Dinguiraye et Siguiri qui est  moins coûteux  encore.  Il faut retenir que dans le SITRAM, il y a trois volets routiers : un du côté guinéen, un côté mauritanien et un du côté malien, le tout permettant de passer facilement du fleuve à ce réseau routier pour continuer dans les autres États.


Dans son discours lu lors de cette session de l’OMVS, le  Président Maky Sall a indiqué que le partage de l’eau est source de conflits par endroits.  L’on se rappelle qu’il y a même eu conflit entre le Sénégal et la Mauritanie à l’époque. Quelles sont les dispositions prises aujourd’hui pour éviter genre de situations ?

Ceci est réglé au niveau des pays membres de l’OMVS où le principe fondamental est le suivant :  pour tout ouvrage hydroélectrique à construire sur la propriété commune, les États  déterminent la condition d’exploitation et d’utilisation de l’eau.


Entretien réalisé par
Mamadou Aliou Diallo pour Financial Afrik

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