A quelques semaines de ses assemblées annuelles prévues à Kigali (Rwanda), Afreximbank fait le point par la voix de son président, Dr Benedict Okey Oramah. Entretien exclusif.

FA: Quelles sont les principales initiatives d’Afreximbank pour améliorer le commerce inter-africain ?

 Notre stratégie pour l’accompagnement des échanges entre pays africains repose sur trois piliers: CRÉER, CONNECTER et LIVRER. Sur le premier point, nous avons certain nombre d’instruments dans l’accompagnement de la production des biens et services. Par exemple, notre programme pour le développement des industries légères qui cible toute une catégorie de produits à potentiel d’échanges intra-africains élevés mais souvent cantonnés dans l’informel. L’idée c’est de favoriser des produits de la manufacture légère et de l’agro-industrie souvent importés d’Asie. Sur cette catégorie, les importations africaines en provenance de la Chine sont estimées de 68  à 70 milliards de dollars par an, soit une part importante des exportations chinoises vers le continent. La montée des coûts de production combinée à la stratégie de Pékin de délocaliser un certain nombre de lignes de production constituent une opportunité extraordinaire pour l’Afrique. Le continent peut, en accompagnant le développement des industries légères et en mettant en place les cadres adéquats, tirer profit de cette nouvelle donne.

Dr Benedict Okey Oramah

FA: En plus de ce volet production, quels sont les autres instruments mis en œuvre pour booster les échanges entre pays africains ?

Comme expliqué le volet production est l’un de nos trois piliers d’intervention. Nous avons des facilités financières qui vont directement aux entreprises engagées dans la production. D’autres instruments concernent la garantie des investissements. En outre, nous avons le Programme des champions inter-africains du commerce. Dans ce cadre, nous avons sélectionné des entités leaders disposant d’une grande capacité de production pour les accompagner dans la recherche des opportunités. Nous invitons souvent ces entreprises dans nos misions à travers l’Afrique.

En plus de ces interventions spécifiques, nous avons des programmes de soutien à certains secteurs clés, tels que les infrastructures de logistique et de transports, le tourisme et en particulier l’hôtellerie. 

Selon nos analyses, le gros problème des producteurs africains c’est de trouver des débouchés dans le cadre intra-africain confrontés qu’ils sont au commerce informel (60 milliards de dollars par an) et à un manque d’informations.

Ce que nous voulons faire c’est une plateforme globale, une sorte de market place commerciale en ligne dédiée au intra-africain, traitant de tous les aspects de l’échange, depuis la présentation du produit, à sa livraison en passant par le système de règlement, de garantie et de logistique et des infrastructures comme les aires de stockage (warehouse).

 


FA: Beaucoup de pays africains sont confrontés à la chute de leurs monnaies. Disposez-vous des instruments de couverture adéquats pour l’import -export?

 Le mouvement des monnaies traduit des réalités macroéconomiques comme le déséquilibre des balances de paiement. Ce que nous faisons concrètement depuis deux ans, c’est la mise en place d’une facilité contracyclique pour aider les pays à faire face de façon ordonnée et efficace à la chute des matières premières. 


 FA: Nous nous dirigeons vers vos Assemblées générales à Kigali. Que peut-on dire de votre bilan ? Quelles sont vos attentes particulières vis-à-vis de vos actionnaires ?

 Nos résultats sont très satisfaisants en général. Nos actifs s’élèvent à près de 12 milliards de dollars. Nos revenus s’établissent àprès de 170 millions de dollars. Nos ratios sont aussi très bons. Ces bons résultats sont le fruit d’un travail de groupe, du staff à tous les employés. Nous attendons de nos actionnaires leur soutien et leur accompagnement dans le déploiement de nos différentes stratégies au service des échanges intra-africains. Lors de notre dernière augmentation de capital, nous sollicitions 500 millions de dollars. Au final, nous avons obtenu plus de 600 millions et ce chiffre continue d’accroitre. Cela témoigne bien du soutien fort de nos actionnaires.


Propos recueillis par Adama Wade

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