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En recevant des soldats mutins au Palais de la République , le président Alassane Ouattara et l’ensemble des institutions impliquées de Côte d’Ivoire avaient, dès le mois de janvier, ouvert la boîte de Pandore. Ce n’était pas tant le butin de guerre réclamé par les mutins, à savoir 12 millions de FCFA (18 000 euros) , qui avait choqué que la manière dont l’Etat, couché en joue, a signé la mesure. Un parfum de capitulation.  

Si le feu qui s’était déclaré dans la caserne de Bouaké a été maîtrisé par cette prime exceptionnelle, obtenue par la force, il convient de le dire, la réponse consistant en l’achat de la paix sonnante et trébuchante, a brisé le principe de l’unicité de l’Armée, bousculé  la hiérarchie militaire et  rompu le monopole de la violence légitime dont seul l’Etat est dépositaire.   Cette solution pécuniaire d’un problème militaire (aux soubassements politiques possibles mais  encore non prouvés) met à nu la difficile transition d’une armée faite de bric et de broc vers une institution véritablement  républicaine.

Les  bandes de Com zone, de dozos et quelques factions des anciennes forces armées de Côte d’ivoire ont du mal à fusionner  aujourd’hui sous la même allégeance. Sachant que toutes les armées du monde fonctionnent sur la base d’une grille  de traitements et d’avancements sur la base du grade, de l’ancienneté et du mérite, l’on s’est heurté dans le cas de la Côte d’Ivoire, aux urgences des lendemains de la crise socio-politique de 2011 et aux statuts de ceux qui ont contraint l’ancien président Laurent Gbagbo de quitter un pouvoir qu’il avait perdu lors d’un scrutin présidentiel supervisé par les  Nations Unies.

A bientôt sept ans des faits, les promesses tenues aux anciennes « Forces Nouvelles » semblent n’avoir  pas été respectées. Et il a fallu faire parler le canon pour que l’Etat daigne ouvrir la bourse à 8 500 soldats. Depuis ce précédent, d’autres groupes de soldats font entendre de la kalachnikov. La fièvre s’empare des  casernes, les unes après les autres. Les démobilisés réclament leurs dû. L’effet boule de neige gagne aussi certains corps civiles, à l’instar des enseignants.

Face à ces actes corporatistes, passibles pour la plupart de la cour martiale, la Côte d’Ivoire semble n’avoir d’autre choix que le rétablissement du monopole de la violence légitime entre les mains de l’Etat. Le général Sékou Touré promet des «sanctions sévères ». A notre avis, le chef d’Etat-Major des Armées gagnerait à restructurer la grande muette en profondeur et à transformer les combattants en soldats. Les premiers se battent pour le butin. Les autres défendent le drapeau. Et c’est de la responsabilité des hauts gradés d’inculquer cet état d’esprit aux troupes.


Repères

Les mutins avaient réclamé 12 millions de francs CFA (18 000 euros) pour chacun d’eux et obtenu le versement dès janvier de 5 millions (7 500 euros). L’Etat leur avait promis les 7 millions restants par tranches à partir de ce mois mai. Jeudi, les soldats du groupe des 8500 ont annoncé avoir renoncé aux revendications,  lors d’une cérémonie en présence du président ivoirien, Alassane Ouattara, et d’autres soldats.