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Un peu moins de 59 milliards FCFA, près de 90 millions d’euros, voilà le nerf de la crise actuelle en Côte d’Ivoire. C’est le total des 7 millions FCFA que réclament chacun des 8 400 à 8 500 soldats qui ont pris l’initiative de sortir des casernes pour manifester bruyamment jusqu’à quasiment paralyser le pays. 

Le montant, hors budget, est certes important pour un pays pris à la gorge par la chute des cours du cacao au point de réduire son budget (de près de 9%), avec une baisse des investissements publics de 177,8 milliards FCFA. Mais le revers que pourrait causer ce mouvement de colère mérite d’y trouver une solution.

Car, autant on construit des routes, des écoles, etc., des investissements de nature à apporter des dividendes à l’économie, autant trouver tout de suite un compromis définitif avec ces hommes en armes devrait apporter une bonne fois pour toute la quiétude au pays avec des répercussions non moins importantes.

Après avoir retrouvé une place dans l’agenda des investisseurs, Abidjan court un risque bien trop grand de voir le capital confiance accumulé toutes ces années s’effriter en quelques jours. En juin 2016, l’assureur crédit Coface avait relevé l’évaluation du risque crédit de la Côte d’Ivoire, passé de la catégorie « C » (risque élevé) à la catégorie « B » (risque assez élevé). La Côte d’Ivoire avait été le seul pays africain à bénéficier d’un reclassement positif en raison, outre ses performances économiques, de «la stabilité politique et l’amélioration de la sécurité ».

Et les enjeux sont importants. Dans le cadre de son Plan national de développement PND 2016-2020, Abidjan a fait le pari de voir le privé prendre le relais du secteur public pour soutenir la transformation structurelle de son économie. 18 600 milliards FCFA d’investissements privés ( sur un total de 30 000 milliards) sont attendus pour poursuivre sur la lancée de ces dernières années afin d’approcher suffisamment, à défaut de le réaliser, le rêve d’Alassane Ouattara de voir son pays atteindre l’émergence.

Le gouvernement a manifestement fait le choix de la fermeté en cherchant à faire plier ses soldats « récalcitrants », mais à quel prix ? Chaque jour de crise ne fera que conforter l’appréhension et la méfiance des investisseurs, et un dénouement avec bain de sang tâchera à coup sûr pour encore longtemps l’image de la Côte d’Ivoire.

Comment trouver le juste milieu entre fermeté et règlement pacifique sans pour autant que l’État perde la face ? L’équation est complexe mais il faut savoir raison garder ; comme disait le Vieux, « le dialogue est l’arme des forts et non des faibles ». Quitte, pour le reste, à travailler à bâtir une armée résolument républicaine attachée à la discipline et à l’ordre

 

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