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Le marché ivoirien du ciment est à nouveau en crise. Le secteur enregistre une hausse de 20% à 30% des prix depuis près de deux mois. Une situation qui a amené le gouvernement à décider de « l’importation en urgence de  150 000 tonnes de ciment sur les trois prochains mois » pour tenter de mettre un terme à la folie des prix.

Au cours d’une conférence de presse ce lundi, Jean-Claude Brou, le ministre en charge de l’Industrie et des Mines et son homologue du Commerce, Souleymane Diarrassouba,  ont fait un état des lieux du secteur.

Dans un contexte où le secteur ivoirien est normalement en surcapacité de production avec une offre de 4,15 millions de tonnes par an pour une demande estimée à 3,7 millions de tonnes, une agrégation de plusieurs facteurs a plongé le secteur dans une crise, après celle du premier trimestre 2015.

D’abord, l’insuffisance des moyens d’approvisionnement du marché. La période d’octobre à mars qui représente la période pic de la demande de ciment, en raison de l’absence de pluies, favorable aux activités du BTP, correspond à l’ouverture des campagnes de commercialisation du cacao, du café et de l’anacarde. Des campagnes qui mobilisent une partie de la flotte de poids lourds du marché ivoirien, entraînant inéluctablement une surenchère sur la location des camions, tirée vers la hausse.

Ensuite, cette hausse de la demande de ciment se traduit par des délais d’attente plus longs pour obtenir du ciment auprès des usines. Là où il fallait d’ordinaire moins d’une journée pour approvisionner un camion, il faut désormais des délais d’attente de 1 à 7 jours au moins. Des délais supplémentaires qui alimentent la spéculation sur les prix et des circuits parallèles de vente. « Ainsi, pour charger dans un délai relativement court, il faut débourser auprès d’intermédiaires véreux la somme de 200.000 FCFA pour un chargement de 40 tonnes », en plus du prix à payer l’usine, a dénoncé Souleymane Diarrassouba .

Ces coûts additionnels sont répercutés sur le prix de la tonne de ciment au niveau des revendeurs d’où la hausse des prix au détail, « alors que les prix à la sortie des usines sont restés stables » expliquent les émissaires du gouvernement.

A cela, il faut ajouter les chantiers de réfection des voiries au niveau du port d’Abidjan. Une contrainte qui rend en outre difficile la circulation dans le périmètre portuaire pour les industriels qui peinent à assurer normalement le déchargement du clinker (principal matière première du ciment) des bateaux à quai, ce qui naturellement ralenti la cadence de production.

Trois mois d’importation

Cette importation sera effectuée par les cimentiers en activité, sur la période allant de mai à juillet 2017 avec 61 000 tonnes fin mai, 64 000 tonnes fin juin et 25 000 tonnes fin juillet.

Il faut par ailleurs noter que d’importants projets de construction de cimenteries sont en cours de réalisation et devraient permettre d’accroître, de manière significative, la capacité de production de ciment en Côte d’Ivoire.

D’ici juin prochain, les travaux d’extension des capacités de production de deux unités industrielles, ceux de LafargeHolcim et Cimaf, vont permettre de disposer d’une capacité additionnelle de 2 000 000 tonnes par an, portant la capacité installée à 6 150 000 tonnes contre 4 150 000 tonnes actuellement.

A moyen terme, deux autres cimenteries en cours de réalisation permettront de disposer d’une capacité supplémentaire de 1 500 000 tonnes par an. Ces projets prévus s’achever à fin 2017 devraient permettre de porter la capacité de production totale à 7 650 000 tonnes par an.

Le marché ivoirien disposera donc d’ici la fin de l’année d’un excédent d’offre d’au moins trois millions de tonnes à même de répondre aux pics de la demande d’une économie ivoirienne en pleine croissance qui attend de voir se réaliser de nombreux projets d’infrastructure.