Par Youcef Maallemi, envoyé spécial

 

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“Olam a généré en quatre ans la création de 10 922 emplois directs”


Le groupe Olam est présent dans 70 pays. Quatre ans après son arrivée au Gabon, la multinationale du sud-est asiatique a créé 10 922 emplois directs et près de 20 000 emplois indirects dispatchés sur ses déférentes filiales. Son ambition est de participer à la création de richesses et d’emplois, poursuivre la croissance et faire passer le Gabon du stade d’importation à celui d’exportation pour l’ensemble de ses produits. Dans cet entretien accordé à Youcef Maallemi de Financial Afrik,  Gagan Gupta, Président directeur général du groupe, décline sa stratégie.


 Pouvez-vous nous faire une présentation du Groupe OLAM, à travers ses faits marquants depuis sa création à ce jour ? Quelles ses  ambitions et ses projets? Quel est le secret de votre réussite?


Olam est une multinationale singapourienne de négoce et de courtage de denrées alimentaires présente dans 70 pays. Olam opère dans divers secteurs. Installé  au Gabon depuis 1998, Olam a développé de multiples activités en partenariat public-privé avec le Gouvernement Gabonais. Le premier a été la création d’une zone économique spéciale, Gabon Special Economic Zone (GSEZ) qui s’étend sur 1126 hectares et compte 48 entreprises déjà installées venant de 16 pays différents. Deux ports (minéralier et cargo) ont été créés en continuité de la Zone Economique Spéciale afin notamment de permettre à nos clients implantés dans la ZES de réduire sensiblement leurs frais de transit. Le port minéralier est opérationnel depuis quelques mois et le port cargo le sera en mai 2017. Nous avons également des activités dans l’agriculture, à l’instar du programme GRAINE destiné aux petits producteurs, d’Olam Palm (Palmier à Huile) et Olam Rubber (hévéa). Il n’y a pas réellement de secret concernant la réussite d’Olam . Toutes nos réalisations sont celles des hommes et des femmes qui font Olam. L’ensemble des collaborateurs, grâce à leur travail et à leur investissement quotidien, sont la clé de voute de notre succès. Cette volonté est appuyée par un gouvernement soucieux de l’avenir de sa population, qui s’investit dans des secteurs faibles à ce jour, mais qui répondront aux attentes de demain. Nous remercions à cet égard les différents membres de l’administration Gabonaise pour son investissement et sa collaboration fructueuse et porteuse de résultats.

 

 


Comment vous est venue l’idée d’investir dans le secteur agricole gabonais et pourquoi le choix de ce pays ?


Nous avons choisi le Gabon en raison d’une part de ses conditions climatiques propices au développement de projets agricoles et d’autre part pour la politique du Gouvernement. En effet, le Gabon a stratégiquement entrepris de diversifier son économie, afin de réduire sa dépendance au secteur pétrolier et minier. L’agriculture s’est imposée naturellement en raison du formidable potentiel du pays, de la perspective d’atteindre l’autosuffisance  à moyen terme et également en raison des avantages évidents en matière de création d’emploi. Olam conduit ses activités agricoles à but lucratif en s’engageant activement pour le développement durable local (environnemental et social) et en accompagnant le Gabon dans sa transition économique.


Quelle analyse faite-vous du secteur agricole au Gabon ? Et comment évaluez-vous ce secteur comparativement aux pays voisins, comme le Cameroun, la Guinée équatoriale et  le Congo ?


Le secteur agricole au Gabon n’est pas développé, alors que son potentiel est considérable. Nous sommes dans un schéma d’agriculture de subsistance à faibles rendements, souvent dû à une faible connaissance des bonnes pratiques. Avec l’arrivée d’un groupe comme Olam, spécialisé dans l’agriculture via les petits producteurs, le Gabon mise sur un développement agro-industriel afin de devenir moins dépendant des importations. Le Gabon rattrapera bientôt ses voisins en matière de productivité, avec les  engagements d’Olam pour des standards environnementaux et sociaux élevés, de garantir un développement qui respecte les milieux naturels et les espaces patrimoniaux. Le Gabon est d’ores et déjà leader dans ce secteur par rapport aux pays voisins.


Que  pèse aujourd’hui le groupe OLAM en termes de création d’emplois au Gabon?


Olam a généré en quatre ans la création de 10 922 emplois directs et près de 20 000 emplois indirects. Pour 60% de ces personnes recrutées, il s’agit d’un premier emploi stable. Il est important de préciser que la grande majorité des personnes qui travaillent pour Olam se trouvent dans des zones rurales, ce qui a permis de désenclaver certaines régions, de faire émerger des centres d’influence provinciaux et de décentraliser les traditionnels pôles économiques de Libreville et Port-Gentil.

 


Quelle est la part de l’option de l’exportation dans votre stratégie ?


Traditionnellement importateur de toutes sortes de biens, le Gabon a pu cette année devenir un exportateur à grosse échelle grâce à la production des palmeraies Olam Palm Gabon. Cette première tranche d’exportations est une grande première pour le pays et une première étape qui sera suivie de nombreuses autres. En 2017, nous allons augmenter sensiblement nos volumes d’exportations, et, à moyen terme, une partie des récoltes des coopératives du programme Graine sont vouées à être exportées. Nous accompagnerons les producteurs dans ce sens.


Quelles sont  vos perspectives auGabon pour le  moyen et long terme ?


Nos activités au Gabon sont relativement variées. Nous avons plusieurs projets en marche. Notre priorité aujourd’hui est de continuer à faire de ces projets des succès et de veiller à constamment améliorer ce que nous avons entrepris. Les ONG ont raison de s’inquiéter sur les expansions agro-industrielles, car certaines ont été par la passé totalement dévastatrices, sans retenues, sans scrupules ni pour les Hommes, ni pour son Environnement. Mais aujourd’hui, cette impunité ne peux plus exister, bien heureusement pour nous tous. Le CEO d’Olam, dans son discours aux tribunes des Nations Unies lors de la présentation des nouveaux objectifs de développement durable, a confirmé sa volonté d’être parmi les meilleurs en matière de durabilité. Nous ne respectons pas seulement la législation nationale et les conventions internationales, nous adhérons également aux principes de développement durable en s’engageant sur la voie de la certification RSPO. Nous sommes en seulement quatre ans devenus les leaders en matière de plantation certifiée en Afrique.

 


 

Récemment, le Groupe OLAM a été accusé par un rapport de la compagnie américaine Mighty Earth et de l’Ong Brainforest d’être  impliqué dans la déforestation ? De quoi s’agit-il exactement?


Il est très nécessaire de mettre en lumière certains aspects à améliorer et nous remercions tous ceux qui contribueront à nous rendre meilleur. Ceci dit,  il est souvent dommage de voir que les ONG investies dans ces «attaques» (nous aurions préféré des recommandations !) occultent volontairement les impacts socio-économiques positifs que le développement agricole peut amener, notamment en matière d’emplois, de développement rural, de sortie de la pauvreté de milliers de ménages, et ne mettent pas en perspective tous les efforts consentis en matière de diligence raisonné surtout en tenant compte des spécificités d’un pays fortement boisé comme le Gabon. Nous avons notamment sauvegardé plus de 50% de nos concessions en zones de haute valeur de conservation et nos plantations sont positives pour le climat et la biodiversité protégée dans ces zones en défens. Suite à la publication de ce rapport, nous avons formulé une réponse officielle. Vous pouvez vous référer à ce document pour avoir des explications exhaustives. (NDLR: lire la réponse de Olam)

 


Quel peut être l’impact de ces accusations sur le groupe OLAM ? Qu’attendez-vous du gouvernement gabonais ?


Nous savions qu’en devenant un acteur majeur dans le secteur de l’huile de palme, nous allions être contrôlés et « scrutés » par un certain nombre d’ONG environnementalistes. Nous devons effectivement respecter le principe de précaution en protégeant les vastes zones de Haute Valeur de Conservation et de teneur en carbone, ce que nous avons effectué à travers un processus robuste de diligence raisonnée et de consultations. Tous ces travaux ont été faits en phase avec la volonté d’un gouvernement de réduire sa dépendance à  la rente pétrolière, en concertation avec les agences de protection de l’environnement, les ONG gabonaises, etc. Nous n’avons aucun mal à défendre notre action, que nous jugeons juste, équitable et génératrice de bien-être. Les revendications de personnes qui ne sont jamais venues dans ce pays, et qui n’ont pas compris les enjeux qui y existent, sont à replacer dans leur contexte. Afin de lever certaines ambiguïtés, nous espérons que le Gabon puisse finaliser le plan national d’affectation des terres afin que les zones destinées à l’agriculture soient clairement définies. Le Gabon doit également publier sa politique en matière de développement agro-industrielle, et notamment sa position par rapport aux forêts et aux GES. Ceci permettra de mieux comprendre l’implication d’Olam au côté du Gabon. Nous sommes en partenariat public-privé avec le Gouvernement Gabonais. A la suite de la publication de ce rapport, le Gouvernement a formulé une réponse officielle pour clarifier les choses. Yves Fernand Manfoumbi, ministre gabonais de l’Agriculture, a déclaré notamment que  « Olam a exécuté la politique en veillant sur la préservation de l’éco-système et la biodiversité ».