prefectureNous sommes au début des années 2000 et nous arrivons dans une Préfecture de la région Parisienne à 7h du matin pour le renouvellement de notre titre de séjour étudiant. Le renouvellement de nos papiers se fait généralement à l’automne, voir en hiver.

 

A 8h00, voilà que survient la pluie. Il nous reste encore une 1/2h d’attente mais ils devraient ouvrir la grille afin que nous nous mettions à l’abri. Il n’en sera rien. Entre le froid et la pluie, les secondes devinrent des minutes. Plus le temps passait, plus le temps se perdait, tant les conditions météorologiques se dégradaient davantage.

 

A 8h30, nos températures corporelles remontèrent de plusieurs degrés. La cause n’était pas le temps qui ne s’améliorait, mais l’imminence de la fin de notre calvaire.

 

8h31, 8h32, le portail ne semblait toujours pas s’ouvrir. Que se passait t-il ?

 

A 8h45, nous finîmes par comprendre. Chez nous en Afrique, le temps est élastique. Ainsi, la préfecture s’adaptait tout simplement à nos humbles habitudes. On ne va pas se plaindre, pour une fois que l’intégration est dans le sens inverse…

 

Agglutinés, les uns près des autres dans une file « Indienne, Africaine, Afghane… ». Nous résistions au froid en craquelant des dents. A cet instant, sans papiers ou avec papiers, nous avions tous le même statut face à la Nature, partageant le même but, nous réfugier au plus vite à l’intérieur pour se mettre à l’abri. Oui, à nous regarder, il n’y avait aucune différence entre nous. C’est ce que nous appellerons nos « instants d’égalités ». Ces instants-là, n’est-ce pas ce qui nous lie en réalité ? Bien que nous soyons aveuglés par l’illusoire de nos vanités ?

 

A 9h, nous courûmes lorsque le portail s’ouvrit enfin. Et les Hommes nous différencièrent en deux files. Celle de ceux qui ont des papiers et celle de ceux qui n’en ont pas. C’est la loi des Hommes qui déforme la Nature. A défaut de ne pouvoir la transformer.

                                                                              

Et nous n’oublierons pas ce jour là, pendant cette petite course, le regard d’un policier, qui face à la cohue nous lançât : « Si vous voulez, on peut vous traiter comme des animaux ».

 

A ce moment, nous nous dimes : Oui nous sommes tous des animaux, infimes espèces de notre Nature. Vu du ciel, nous sommes microbes. Seul l’imaginaire de l’Homme nous transforme, tandis que ses lois nous différencient, nous départissent.

 

L’essentiel, n’est ce pas la Liberté ? Qui a inventé la Nationalité ? Pourquoi un nouveau-né a t-il plus droit aux États-Unis qu’en Namibie?

 

Nous ne reconnaissons qu’une seule Nationalité : L’UNIVERSALITÉ

 

Éthiopiens, Algériens, Américains,… tous nous naissons Libres, tous nous mourrons Libres.

 

Alors, pourquoi ne vivrions nous pas Libres…

 

Fabrice Kom Tchuenté, Auteur du recueil Engagements Poétiques publié aux éditions Persée

 

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