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Pendant les 38 ans du règne de Hassan II, le nord du Maroc, et plus particulièrement Tanger, port historique situé face à Gibraltar, ont été délaissés, oubliés.

A peine monté sur le trône en 1999, Mohammed VI prend le contrepied de l’attitude de son père. Pour corriger la situation, le nouveau Roi a immédiatement des gestes symboliques comme les déplacements sur place. Il ne s’en contente pas et prend de nombreuses initiatives pour désenclaver le nord marocain et accélérer son développement. Les exemples démontrent la cohérence et la détermination de la stratégie royale :

  • Les aménagements et investissements pour faire de Tanger le grand port de la méditerranée
  • La construction de la ligne à grande vitesse entre Tanger et Kenitra va permettre de relier la ville historique au reste du pays
  • L’installation de Renault. Au-delà de la création de 6 000 emplois, l’expérience réussie de Renault à Tanger dans le secteur automobile a créé une disponibilité d’une main-d’œuvre qualifiée alliée à une technologie.

Mais Tanger va bénéficier du souci royal d’attirer les investissements chinois pour contrebalancer la forte présence chinoise en Algérie.

Alors que seuls une trentaine de groupes chinois opèrent pour l’instant au Maroc, près de huit cents entreprises chinoises sont présentes en Algérie, dans le bâtiment, les travaux publics et l’import-export. De nombreux projets ont été confiés à des entreprises chinoises, dont la grande mosquée et l’opéra d’Alger.

La Chine est le quatrième partenaire commercial du Maroc, quand elle est le premier en Algérie depuis trois ans maintenant, devant la France . En 2015, les échanges commerciaux entre les deux pays a atteint à peine 3 Md€, soit trois fois moins qu’entre l’Algérie et la Chine !

Lors de sa visite en Chine le Roi Mohammed VI a signé avec le président chinois un accord de partenariat stratégique. Au-delà de la signature de quinze accords économiques et partenariats public-privé représentant plus de 110 M€ de contrats, il est question d’un accord de libre-échange avec Pékin pour permettre au Maroc de devenir le carrefour des investissements chinois en Afrique du Nord.

Cette visite a été aussi le moyen de renforcer les relations bancaires entre les deux pays. Cela explique que le premier accord signé porte sur l’échange de devises entre les deux pays pour fournir aux banques des liquidités en yuan pour les comptes de leur clientèle et faciliter les investissements chinois au Maroc.

Le monde bancaire chinois s’est mobilisé :

  • Bank of China, l’une des quatre grandes banques chinoises, a ouvert à Casablanca son premier bureau de représentation au Maroc
  • L’Exim Bank, bras financier de Pékin pour financer les exportations, a ouvert son deuxième bureau au Maroc après celui de Johannesburg
  • ICBC a établi un partenariat avec le groupe Anouar Invest.

Du côté marocain :

  • La BMCE est la première implantée en Chine avec un bureau de représentation de Pékin
  • Attijariwafa Bank s’est fixée la mission d’être le partenaire des entreprises et investisseurs chinois pour les aider à pénétrer l’Afrique francophone. Un fonds spécifique a été créé entre le China Africa Development Fund et Attijariwafa Bank pour financer ces projets spécifiques sino-marocains.

Une des concrétisations les plus emblématiques de cette relation sino-marocaine est le projet de création de la nouvelle ville “Cité Mohammed VI Tanger-Tech”. Portant sur 2 000 ha, ce projet est gigantesque, et se déroulera en trois phases :

  • Une première tranche de 500 ha avec l’aménagement d’un espace résidentiel et d’une zone de services intégrée pour dix secteurs d’activités, une zone industrielle dédiée aux équipements pour les énergies renouvelables, à la production des équipements hydro-électriques, thermiques, éoliens, solaires, organiques, et au matériel pour les réseaux électriques, et une zone d’industrielle pour les équipements de transport
  • La deuxième phase portera sur l’aménagement sur 500 ha d’une zone franche logistique ouverte sur bien évidemment l’Afrique et l’Europe, mais également sur l’Asie
  • La 3e phase porte sur 1.000 ha avec le développement d’une zone d’affaires pour attirer des grandes entreprises multinationales.

Pour cette ville du futur, les chiffres sont disproportionnés :

  • L’accueil de 300.000 personnes
  • Un chiffre d’affaire annuel pouvant atteindre 15 Md$
  • Des recettes fiscales de 300 M$
  • L’emploi de 100.000 personnes
  • La formation de 6.000 personnes hautement qualifiées, ce qui renforcera les activités technologiques à Tanger.

Après l’implantation de Renault, l’arrivée des Chinois et du groupe aéronautique Haite, la ville portuaire historique du Maroc, et plus particulièrement la région de Tanger-Tétouan-Al Hoceima, voit conforter son avantage de carrefour stratégique du commerce mondial.

Avec Haite Group dans le domaine de l’industrie aéronautique, Tanger se transformera en un centre de production et de formation pour les métiers de l’aéronautique.

Avec l’ensemble de ces avantages, les ressources naturelles, l’emplacement géographique, le TGV avec le sud du Maroc et les ressources humaines, Tanger va attirer des opérateurs privés internationaux, et sera une locomotive de développement vers l’Europe et l’Afrique. Une véritable renaissance, résurrection… !

Par Dov ZERAH

 

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