sahamLa propulsion du tandem Moulay Mhamed Elalamy-Nadia Fettah Alaoui à la tête du groupe Saham soulève des interrogations légitimes. Nommés,  respectivement, président de la branche assurance du groupe et directeur général, les deux profils sont différents. 

Nadia Fettah Alaoui a fourbi ses armes dans l’opérationnel. Moulay Mhamed Elalamy, qui officiait en tant que secrétaire général de Saham,  est le fils du fondateur Moulay Hafid Elalamy.   Un junior  formé à la bonne école mais ne présentant pas de faits d’armes particuliers. Ces  nouvelles promotions sonnent le glas de la ligne historique du groupe Saham ex-Colina incarnée  par  Raymond Ferhat.

  Ce cadre quitte sa fonction de Directeur de Saham Finances mais reste au sein du groupe où il  interviendra en amont, en tant que conseiller  du président dans le périmètre du développement. En aval, l’on note une vague de nominations dont un  directeur du développement en charge du management réseau et un directeur général pour la gestion des sinistres avec un périmètre large pour l’un et pour l’autre. Il s’agit d’anciens d’AIG cooptés par un ancien d’AIG dans la pure tradition du réseautage.

L’on se demande d’ailleurs quel sera le rayon d’action de Nadia Fettah Alaoui, cernée qu’elle est, en amont par Raymont Farhat, l’homme au carnet d’adresses ouvert depuis 1981 et, en aval,  par le trio AIG. Cet échafaudage tiendra-t-il face aux enjeux quotidiens de l’opérationnel ?

Le courtage, une option du futur ?

Cette double promotion concomitante à un redressement fiscal de 130 millions de dirhams (13 millions d’euros) appliqué au groupe par l’administration fiscale marocaine est-elle cause (ou conséquence) de certains départs?   Annoncé prochainement  à la tête d’un cabinet panafricain de courtage «multibranches» par le journal marocain Challenge.ma, Mehdi Tazi est en train de confirmer une tendance: quand un haut cadre quitte l’état-major de Saham, il se transforme en courtier.

Car, faut-il le rappeler,  Olivier Dubois et Olivier Canuel, nommés respectivement directeur et directeur adjoint de Saham à Paris, en avril 2016, sont partis sans explications après  quelques mois.  Aucune note du groupe  n’a  fait état de licenciement ou de départ à l’amiable à l’encontre des deux cadres. Pendant qu’il était à Saham, Olivier Dubois aurait-il  cherché à racheter  le courtage de cabinets indépendants via la société « 2031 » dont il était président?  Comble de coincidence, cette société «2031» était logée à  55 Avenue Marceau, soit à quelques mètres de Saham, établi à  50 Avenue Marceau.   Les deux ex de Gras-Savoye viennent de  créér  le cabinet de courtage Olea   en partenariat avec le groupe Siaci Saint Honoré sur les fondations du cabinet Théorème et Afrikassur à Abidjan et Cotonou.  L’objectif affiché c’est de créer le troisième grand courtier africain, derrière Gras Savoye et Ascoma. Une question se pose alors : Saham Finances aurait-il «incubé» Olea via «2031» pour aller ensuite développer une stratégie de positionnement continental dans le courtage en se faisant rejoindre plus tard  par  Mehdi Tazi ?   L’autre hypothèse, tout aussi pertinente, à savoir si les deux courtiers ont profité de leurs positions au sein du groupe pour développer leurs réseaux, est jugée peu probable  au sein du landerneau assurantiel africain.  A l’intérieur du groupe Saham, des managers interrogés se refusent à tout commentaire.

La plus-value exceptionnelle

Ce remue-ménage intervient alors que  la holding de participation Saham Finances (non cotée en Bourse contrairement à Saham Assurances) a vu Sanlam y augmenter ses parts en novembre 2016. La participation du  groupe sud-africain est passé de 30 à 46% à la faveur d’une cession d’actions.  Les 16% ainsi cédés ont rapporté 329 millions de dollars.  Il s’agit d’une plus-value exceptionnelle  qui valorise le groupe à 1,9 milliard de dollars, ce qui   nous oblige à un rapide retour en arrière pour apprécier l’étendue du gain.

Les fonds SFI et Abraj avaient acheté 37,5% des parts de  Saham  en 2012 pour un montant de 250 millions de dollars.  En novembre 2015,  les deux fonds soldaient leurs participations en cédant 30% à Sanlam à 375 millions de dollars et 7,5% à Moulay Hafid Elalamy. Abraj et SFI réalisaient ainsi une plus- value de 125 millions de dollars en moins  de trois ans. Mais le plus grand gagnant est encore Moulay Hafid Elalamy, qui avait acquis 7,5% auprès des fonds, à un prix sans doute bien négocié, pour le revendre à Sanlam dans le paquet cédé dernièrement à un prix beaucoup plus élevé. Car, au  final, les 17% cédés à Sanlam ont été valorisés à 329 millions de dollars, presque autant que le prix des  30% acquis une année plutôt par l’assureur sud-africain  auprès des  deux fonds.

Cette transaction exceptionnelle soulève des  questions : pourquoi Sanlam n’avait pas acquis directement la totalité de la part des fonds (  37%) s une année plutôt,  ce qui lui serait revenu beaucoup moins cher?  Qu’est ce qui explique l’augmentation exceptionnelle de la valorisation du groupe Saham, passée de 700 millions de dollars à la fin 2012 à 1,9 milliard de dollars à la fin 2016, à la lumière des deux opérations? Est-ce une appréciation du bilan, une anticipation sur les rentrées futures ou le simple embellissement de la mariée ?

Au final, les observateurs se demandent si ce trésor de guerre (au profit des actionnaires de Saham dont Moulay Hafid Elalamy et, entre autres, Rita Lahlou)  servira à apurer les dettes de Saham Finances  ou à poursuivre l’expansion audacieuse d’un groupe qui tire sa force du génie créateur de son fondateur, l’un des meilleurs financiers de la région.

Adama Wade