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Les émissaires du Bureau International du Travail (BIT) et de la la Fédération des Organisations Patronales de l’Afrique de l’Ouest (FOPAO) ont assisté à un spectacle surréaliste à l’occasion de la tenue à Conakry, les 22 et 23 février 2017, de l’atelier du BIT sur la problématique de l’emploi. Le thème était axé sur la « Formation professionnelle, emploi et employabilité en Afrique de l’Ouest : cas de la Guinée ».

L’objectif était de plancher sur les défis du secteur privé africain face à la problématique de la qualification de la main d’œuvre. Cette rencontre était donc ouverte à tous les acteurs du secteur privé guinéen organisé en fédérations patronales. Mais la crise de leadership qui mine le patronat guinéen depuis maintenant quatre ans ne va pas tarder à s’inviter dans l’atelier.

Les deux camps qui revendiquent chacun le leadership à la tête de la plus grande institution patronale du pays, le CNP-Guinée (conseil national du patronat) vont s’opposer dès l’ouverture de l’atelier. Ansoumane Kaba Guiter, soutenu par Sékou Cissé, deux adversaires qui étaient jusque-là opposés et qui ont fini par former un bloc, vont empêcher les partisans d’Elhadj Habib Hann, élu le 10 décembre 2016, lors d’un congrès convoqué par les fédérations à la base, d’accéder à la salle de conférence.

L’arrivée de certains leaders de structures patronales favorables au camp d’El hadj Habib Hann ne sera pas du goût du camp de Kaba Guiter. Financial Afrik a recueilli les témoignages de M. Hann: « Lorsque j’ai senti les risques de confrontation, je n’ai pas voulu venir tôt. J’attendais de voir la tendance pour éviter le scandale. Nous sommes dans une dynamique de sortie de crise, je ne voulais pas que les gens aient le sentiment que mes hommes viennent semer la pagaille. Alors que des membres de plusieurs fédérations patronales sont déjà dans la salle, en l’occurrence Elhadj Daye de la fédération du tourisme, Docteur Manizé de la fédération des pharmaciens entre autres, Sékou Cissé vient ordonner de les sortir de la salle au motif qu’ils risquent de semer la pagaille. Alors, Sékou Cissé, téléphone scotché à l’oreille, déclare que c’est le premier ministre qui a donné l’ordre d’évacuer les dits perturbateurs de la salle. C’est alors qu’ils m’ont appelé pour m’informer de la situation. Des policiers ont été envoyés pour dire à Madame Baldé, chargée aux relations extérieures, de sortir”.

La scène est indescriptible. Face à la cacophonie, les représentants du BIT ont regagné leurs chambres d’hôtels. Moi j’ai cherché à éviter le scandale. Dans la salle, il n’y avait que 6 fédérations sur 42, Comment pouvez-vous imaginer un atelier qui se tient sans les structures patronales, par exemple l’ordre des médecins, l’ordre des avocats, des artisans, etc… n’aient pas accès à la salle ? ».

La majorité des partisans de Habib Hann ont été sortis de la salle avec l’aide des forces de l’ordre.

Le président de la FOPAO, Jean Kacou Diagou, par ailleurs fondateur du groupe d’assurance et de banque NSIA, sentant la situation se dégrader, va tenir un discours rassembleur en invitant les deux camps à la retenue et à la sérénité. Les uns et les autres vont finalement lâcher du lest pour permettre la tenue de l’atelier.

Fait notoire, l’absence des officiels guinéens(institutions, gouverneur, etc.), notamment des membres du gouvernement invités. Le premier ministre, le ministre de l’emploi, tous conviés, ont brillé par leur absence. Excepté le ministre en charge du partenariat public-privé, Kassory Fofana, présent lors de la clôture, comme pour sauver les meubles.


Genèse de la  crise

Il convient de préciser que la crise de leadership qui oppose les deux camps est née en 2013. Lorsque l’ancien président du CNP-Guinée, El hadj Mamadou Sylla, a été élu député à l’assemblée nationale. Les statuts du patronat interdisant le cumul de fonction de président avec un autre poste, ce dernier va nommer Sékou Cissé comme intérimaire à la tête de l’institution. Il y restera quatre ans. Lorsque son mentor député, Mamadou Sylla, va décider de le remplacer par Kaba Guiter, Sékou Cissé va rejeter en bloc l’autorité du député. C’est le début d’une longue crise ponctuée de batailles judiciaires opposant d’un côté Mamadou Sylla et kaba Guiter et de l’autre à Sékou cissé.

La bataille perdurera en 2015 et 2016. Mamadou Sylla et kaba Guiter, opposés devant la justice à Sékou Cissé, décideront de convoquer un congrès le 23 avril 2016 à l’issu duquel Kaba Guiter sera élu. Mais, entre temps, la justice guinéenne avait donné l’injonction de sursoir à tout congrès. Sylla et Guiter passent outre et tiennent leur congrès à la date indiquée. La justice réagit aussitôt en invalidant l’élection de Kaba Guiter à la tête du CNP. Il en sera ainsi jusqu’au 10 décembre 2016.

Kaba Guiter qui semble avoir alors l’avantage des organisations internationales, à savoir le BIT, OIE et FOPAO (lesquelles, il faut le préciser, n’ont pas vocation à trancher dans ce cas de figure), ne bénéficie pas pour autant de l’onction juridique face à Sékou Cissé. Voyant l’enlisement de la situation, les fédérations à la base convoquent un congrès électif. Sékou Cissé, Habib Hann entre autres se portent candidats. Le 10 décembre 2016, Elhadj Habib Hann est élu nouveau président du CNP- Guinée en présence de l’écrasante majorité des fédérations à la base.

La situation avait donc évolué. Tout le monde pensait voir le bout du tunnel. Mais c’était sans compter sur Sékou Cissé et Kaba Guiter. Le tandem réconcilié, n’étant visiblement pas disposés à se soumettre au nouveau président élu, décide de signer un protocole d’accord d’entente pour enterrer la hache de guerre. Un protocole qui sera homologué par la justice et va amener Sékou Cissé à reconnaitre l’élection de Kaba Guiter comme président, en dépit de l’invalidation de son élection par la justice. C’est le début d’une nouvelle crise. Elhadj Habib Hann, récemment élu et bénéficiant du soutien de la majorité des fédérations patronales, vient d’attaquer ce protocole d’accord devant les tribunaux pour « illégitimité et vice de procédure ». Elhadj Hann a déclaré à l’issu de ce imbroglio qu’il n’entend pas céder au duo Guiter- Cissé.

Mamadou Aliou Diallo pour Financial Afrik