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Le retour du Maroc dans le giron de l’Union Africain (UA) est plus que jamais le dossier chaud qui réunit les 54 pays du continent à Addis Abeba (Ethiopie). Ce sommet crucial qui s’ouvre lundi 30 janvier, réunit durant deux jours environ plus de 4 000 participants de haut niveau, dont 37 chefs d’Etat et de gouvernement et pas moins de 49 ministres des Affaires étrangères.

Le Maroc qui avait quitté la défunte Organisation de l’Unité Africaine (rebaptisée Union Africaine au début des années 2000) en 1984, en signe de protestation de l’admission de la  République arabe sahraouie démocratique (RASD), a réalisé en 32 ans d’absence l’inefficacité de la politique de la chaise vide.

En son absence, l’Algérie parrain du Polisario a fait OPA sur l’Union africaine en nouant des alliances solides avec l’Afrique du Sud post apartheid et les pays de la SADC (Communauté  de développement d’Afrique australe) en général. Aussi, cette volonté du royaume chérifien de réintégrer l’UA provoque les antagonismes entre pro Maroc et pro Algérie. Illustration de cette bataille séculaire, une étrange lettre d’un «obscur bureau juridique  de l’Union africaine» qui a commencé à  circuler entre les délégations. Il s’agirait d’un avis consultatif porté par 10 pays de l’UA souhaitant soumettre le dossier de la réadmission à  un concours d’entrée. En clair, cette fameuse lettre se demande si le Maroc respectait les droits de l’homme et si sa présence au Sahara était légale.

Les 10 pays signataires sont l’Algérie, le Mozambique, le Malawi, le Lesotho, l’Afrique du sud, le Zimbabwe, la Namibie, le Kenya, le Nigeria. Sauf que, les membres de la délégation du Sud Soudan, surpris de voir le nom de leur pays dans une manœuvre dont ils ne connaissaient pas les tenants et les aboutissants, demanderont son retrait avec effet immédiat. Ces 9 pays baptisés le front du refus par un diplomate se confiant à  Financial Afrik, sont à opposer aux 45 pays favorables au retour du Maroc.

« Les forces sont inégales », souffle notre diplomate qui était présent en 1984 quand le togolais Edem Kodjo a commis sa célèbre manœuvre unique dans les relations internationales, puisqu’à ce jour, ni l’Onu, ni la Ligue arabe n’ont reconnu l’entité sahraouie. Du coup, le grand enjeu de ce sommet est de savoir si le Maroc pourra réunir les 2 tiers des voix pour pousser à une modification des statuts de l’UA ouvrant la voie à l’expulsion de la Rasd. Certes, le Maroc a ratifié l’acte constitutif de l’UA le 20 janvier dernier, ce qui l’obligerait, susurre un constitutionnaliste, à  reconnaitre « le principe inaliénable de l’intangibilité des frontières héritées de la colonisation ».

En attendant la décision finale, chacun compte ses soutiens. Les surprises de dernière  minute et les retournements de veste sont à prévoir, avertissent les observateurs qui savent que sous la coupole dorée de l’Africa Hall, tout est possible. Nous apprenons que le Nigeria a rallié la position marocaine et que le kényan observerait une neutralité positive par rapport à ce dossier. Bien évidement, le chef de l’État du Sénégal, Macky Sall, a réitéré le soutien de son pays au retour du Maroc dans l’UA, une mesure qui, a-t-il estimé, ne devrait pas faire l’objet de débats.

Dans la même veine, le porte-parole de la présidence de l’UA, Jacob Enoh Eben, affirme à qui veut l’entendre que « le retour du Maroc est sans doute meilleure chance pour trouver une issue définitive à la question sahraouie ». D’autres dossiers marqueront également ce rendez-vous continental. Il s’agit  de l’élection du successeur de la présidente sortante de la Commission de l’UA,  Dlamini-Zuma  qui a livré  son dernier discours  ce lundi matin à l’ouverture du sommet en rendant un vibrant hommage à Fidel Castro.

Pour rappel, cinq candidats sont en lice, le sénégalais Abdoulaye Bathily, le Tchadien Moussa Kaki Mahamat, la Kényane Amina Mohamed Jibril, l’Equato-Guinéen Agapito Mba Mokuy et la Botswanaise Pelonomi Venson-Moitoi.

Nous y reviendrons.