fa_ecoAdama Wade.

Les deux pays qui s’affrontent samedi en quart de finale de la Coupe d’Afrique des Nations présentent des situations politiques, économiques et sociale différentes. Le Cameroun disposait d’ un PIB de 29,5 milliards de dollars en 2013, ce qui en faisait la première économie de la Communauté économique de l’Afrique Centrale (CEMAC). A l’opposé, le Sénégal atteignait  14,9 milliards de dollars, soit la deuxième économie de l’Union économique et monétaire ouest africaine (UEMOA). L’écart entre les deux Nations se réduit au niveau du PIB par habitant, de 1046,59 dollars pour le Sénégal contre 1328 dollars pour le Cameroun. Le Sénégal se rattrape sur les indicateurs sociaux en général.

A commencer par l’espérance de vie de 63 ans dans le pays ouest africain contre 54 ans au Cameroun. Plus que la passion du football et la référence au lion comme emblème sportif, Yaoundé et Dakar partagent une monnaie qui porte le même sigle (CFA) et, paradoxalement, des courbes économiques qui se rapprochent et des politiques économiques encadrées par le FMI et la Banque Mondiale avec plus ou moins des degrés de liberté variables selon les époques. De 1965 à 1985, le Cameroun porté par les matières premières  a connu une croissance de 15% avant de tomber dans une récession sévère qui a conduit  au Programme d’ajustement structurel et à la dévaluation. Le choc fut  brutal: le PIB du géant de la CEMAC s’est contracté de 30% entre 1985 et 1993 et la consommation par habitant y a chuté de 40%.

Pendant ce temps, le Sénégal, qui ne disposait pas de la manne des ressources pétrolières et minières du Cameroun, mais d’une des industries les plus florissantes à l’indépendance, a suivi une petite courbe économique en dents de scie. La croissance a été contenue (2,2%) sur la période 1960-69, puis 3% entre 1970 et 1979 avant de tomber à 1,8% entre 1980 et 1984 puis 2,2% entre 1985 et 1993, portée par l’agriculture (arachide) et l’industrie. Dans les années 90, la contribution de l’industrie, en chute continue, devient négative. L’ électrochoc de la dévaluation de 1994, coûteuse socialement et politiquement, fait porter la croissance à une moyenne de 5% du PIB avec une taux de croissance par tête d’habitant au dessus de 2%.  Les 40 ans du pouvoir socialiste ont plongé le pays de Senghor dans une récession réelle (compte tenu de l’évolution démographique) des infrastructures et des secteurs productifs  dont il paye encore aujourd’hui le prix.

Les deux pays qui se retrouvent samedi en quart de finale de la CAN sont engagés, chacun, dans un programme de développement à long terme.Le PSE sénégalais à l’horizon 2035 et le programme Cameroun 2035 devront les  porter vers l’émergence  finale. Ce qui passe par des ruptures profondes de part et d’autre, à commencer par le maintien de la masse salariale et budgétaire dans des proportions raisonnables, l’augmentation des dépenses d’investissements publics (ce que les deux pays font bien sans toutefois, chez l’un comme chez l’autre, jouer sur le levier de la commande publique pour développer les PME locales), la mise à niveau du tissu économique national, l’encouragement à la création des entreprises et des champions nationaux. Bref, le match économique Cameroun –Sénégal paraît équilibré, les deux pays disposant d’atouts et de potentialités qu’il faut concrétiser. D’où le rôle du coach qui ne doit pas se contenter seulement à la vision mais surtout de  la mise en œuvre.