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Alors que des milliers de gambiens fuient le pays, les troupes de la CEDEAO conduites par le Sénégal, appuyées par le Nigeria et, symboliquement, par le Ghana, temporisent donnant au président guinéen, Alpha Condé, quelques heures pour réussir un miracle. Une dernière chance est donnée à Yaya Jammeh, invité à céder le pouvoir à son successeur d’ici midi en ce vendredi 20 janvier 2017. 

Au delà, les armes parleront. La violence légitime, autorisée hier soir par une résolution du Conseil de Sécurité de l’ONU, viendra au secours de la démocratie. La volonté du peuple gambien, exprimée clairement lors des présidentielles de décembre, sera respectée par le canon. Dommage pour le peuple gambien et les milliers de réfugiés qui affluent au Sénégal. 

Quant à Yaya Jammeh, il connaît une fin de règne chaotique qui n’est pas sans rappeler la pièce de théâtre d’Aimé Césaire, “La tragédie du roi Christophe”. Cet entêtement suicidaire à rester au pouvoir, en dépit de la démission de plus d’une douzaine d’ambassadeurs,  de la fuite des ministres des Affaires Étrangères et de celui des Finances, du refus du plus grand camp militaire à combattre, montre à tout le moins le caractère irrationnel d’un homme qui a régné de main de maître sur la Gambie pendant vingt deux ans. 

Là où tout portrait psychologique aurait parlé de paranoïa, l’imaginaire populaire gambien voit des pouvoirs surnaturels. L’homme qui se targue de ses pouvoirs de guérisseurs, sème l’épouvante par son despotisme non éclairé et le sort cruel réservé à nombre de ses opposants. Faudrait-il l’absoudre de ses violations des droits de l’homme ou le conduire manu militari à la Haye ? À moins que cela ne soit devant les chambres extraordinaires africaines constituées par juger le tchadien Hussein Habré ? Dans tous les cas, Yaya Jammeh semble avoir lui même inscrit son funeste avenir en lettres de sang.

En prenant sur elle ce combat Démocratique, la CEDEAO vient  à travers ce “devoir d’ingérence” (qui, espérons-le, fera jurisprudence) de définitivement prendre le lead du combat pour la démocratie en Afrique. Fort de pays qui ont connu plusieurs alternances ( le Sénégal par deux fois en 2000 et 2012, le Ghana  par quatre  fois depuis les années 90, le Nigeria par quatre fois, la Côte d’Ivoire par une difficile transition Démocratique en 2010 en phase de consolidation sous l’ère Ouattara), les puissances de l’Afrique de l’Ouest ont choisi le camp de la démocratie ferme à celui du consensus mou et sans portée que confère l’arbre à palabres.

Les discussions d’Alger sur le Nord Mali l’ont montré, la paix sans droit est illusoire. La seule garantie de stabilité durable est celle que confère la justice et le respect de la constitution Démocratique. 

Toutes les paix obtenues par un rapport de force qui permet à des dictateurs et des chefs rebelles de coucher la démocratie en joue ont été fragiles. D’où l’importance de ne pas céder au chantage d’un potentat qui veut protéger son régime en violant le suffrage de son peuple.

 

Ceux qui s’émeuvent des bruits de bottes oublient sans doute que la volonté populaire ne peut s’exercer sans le secours de la violence légitime. La vertu sans force est fragile. La force sans vertu est ignoble.