Par Ibrahima Dia Junior 

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Derrière ses allures de diplomate chevronné, son costume de James Bond et sa cravate d’un trader de wall street, Moussa Faki Mahamat incarne cette élite africaine décomplexée qui a pris ses distances avec la saharienne, la cola, le chéchia et l’Abacos.

Candidat à la présidence de la Commission de l’Union Africaine (CUA), l’actuel ministre Tchadien des affaires étrangères et de l’intégration africaine est un homme du sérail qui maîtrise les joutes du pouvoir et les rouages des relations  internationales. D’aucuns le jugent trop tendres. C’est mal le connaître, riposte une vieille connaissance qui salue l’allure féline et la détermination d’un homme qui a jusque-là remporté tous ses combats politiques.

C’est à ce juriste de formation, au long CV que l’on doit l’entrée du Tchad au conseil de sécurité des Nations Unies en tant que membre non permanent mais également sa désignation à la présidence du conseil des ministres du G5 Sahel. Moussa Faki Mahamat est pour beaucoup dans la désignation de son pays  à la Présidence tournante de l’Union Africaine pour l’année 2016.

Dans cette course à la  présidence de la  CUA, le diplomate tchadien n’est pas -loin de là- le moins disant, à cheval qu’il est entre plusieurs mondes, l’arabe et le francophone.

Si sa candidature est forte, elle n’est pas sans souffrir d’une opinion largement partagée qu’elle ferait doublon avec celle  du Sénégal portée par le professeur Abdoulaye Bathily.

L’avantage d’appartenir à la communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC), sous-représentée dans les instances de l’UA, aurait pu être décisive s’il n’avait pas à partager cette région avec une candidature équato-guinéenne qu’il ne faut pas négliger.

En définitive, le haut cadre Tchadien de 57 ans devra tout d’abord, pour toucher le graal, arracher un compromis au sein de la communauté des états de l’Afrique de l’ouest (CEDEAO) et dans la famille de la CEMAC.

Tout en sachant que le Tchad, gendarme du sahel, avec ses soldats au Mali et en Centrafrique, a toute légitimité de défendre une candidature axée sur la préservation de la paix et de la sécurité, il ne doit pas réduire sa campagne à une simple réclamation du droit du sang. La Commission de l’Union Africaine n’est pas un butin de guerre mais un centre stratégique de commandement sensé accélérer l’intégration et la prospérité africaines.

Les déboires essuyées par N’Djamena dans un passé récent pour le commandement des forces onusiennes au Mali ou encore la défaite amère subie dans la course pour la présidence de la BAD sont encore de fraîche date pour nous rappeler que tout se jouera dans la force des idées et la capacité du candidat à défendre ses convictions à travers une stratégie cohérente.

Mais, pour y arriver, le candidat Tchadien doit se départir de son image de cadre de son pays pour embrasser une dimension plus continentale. Sortir de la boite francophone ne l’y aiderait que davantage, sachant que le gong risque de sonner trop vite pour qui n’a pas l’assentiment du triangle Le Caire, Johannesburg  et Lagos.

La bataille finale se jouera en tout cas à la fin janvier à Addis-Abeba. Le tchadien fera face à 4 autres candidats qui ont, chacun, des arguments à faire prévaloir. La bataille sera menée par des pays et la victoire remportée par un homme ou une femme, claironne un habitué des coulisses de la politique africaine.

Pour l’essentiel, le candidat Tchadien, assez consensuel dans son élan, insiste dans sa profession de foi pour la prise en compte des besoins de la jeunesse africaine en matière de liberté  et d’emplois. Il est question aussi de libérer le potentiel des femmes, de rénover la gouvernance démocratique et économique et, entre autres, de trouver une réponse aux questions de l’environnement et de préserver la  paix.

Assumant depuis 2008 la charge de ministre des affaires étrangères, Moussa Faki Hamat a eu l’opportunité de suivre tous les dossiers stratégiques du continent, de l’inclassable Jean Ping à l’iconoclaste Dlimani Zuma. À charge pour lui de montrer maintenant qu’il a bien assumé les leçons africaines.

 

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