imagesLes monnaies des pays émergents affichent des plus bas en ce début de l’année. Le Peso mexicain a plongé de 21%  par rapport au dollar suite au gel d’un projet d’usine de General Motors en Amérique Latine. Il s’agit d’un investissement de 1,6 milliard de dollars abandonné suite à des critiques ironiques de Donald Trump. Quand ce n’est pas le protectionnisme décomplexé du  nouveau locataire de la Maison Blanche qui fait peur, c’est la conjoncture interne propre aux pays qui plombe les devises des émergents.

La  Lire turque s’est ainsi  dépréciée de 1,4%, poussée par une accélération de l’inflation plus sévère que prévue en décembre. La chute des cours de pétrole, des matières premières en général, et l’appréciation du dollar, soutenu par le secteur financier américain, ne seront pas sans effet sur les positions extérieures des pays jusque-là alternatifs de la croissance mondiale. Au fur et à mesure que le programme Trump se précisera, les  fonds d’asset management américains  auront tendance à réduire leurs positions sur les devises émergentes, ce qui pourrait, selon les observateurs, accélérer la chute des monnaies.

 

Pour la Turquie, les désinvestissements sur la monnaie constituent une tendance de fond accentuée par le coup d’Etat manqué d’il y a quelques mois, les arrestations massives au sein de l’armée et la vague d’attentats qui a coûté la vie à 300 civils en 2016.

Reste le cas particulier de la monnaie chinoise, le Yuan, que le président américain élu accuse d’être sous-évalué. Tout au contraire selon Pékin qui, loin de sous-évaluer sa monnaie, fait tout pour la maintenir au flot et l’orienter dans ses ambitions de devise de référence.  Dans ce cadre, le géant asiatique a ajouté une dizaine de monnaies dans le panier de devises qui lui sert à établir un cours de référence du Yuan, diluant ainsi  la part du dollar. L’on est passé d’un panier à 13 à un nouveau panier à 24 devises comprenant le won sud-coréen, le rand sud-africain, le forint hongrois, la lire turque et le zloty polonais.

La réforme entrée en vigueur le 1er janvier 2017 voit la part du dollar tomber de 26 à 22%, ce qui lui donne toujours la première place devant l’euro (16%). Suffisant pour stopper les fuites de capitaux, pour  ne pas reproduire  le scénario de 2016 qui a vu 700 milliards de dollars sortir  du pays   et pour réprimer l’envie des particuliers à placer leurs économies  dans une autre devise que le Yuan ?

Pour rappel, les chinois voulant acheter des devises sont soumis à un nouveau formulaire coercitif maintenant cependant la limite de l’équivalent de  50 000 dollars à changer par personne et par an. Face à ce dispositif de riposte ‘anti-Trump’  mis en branle par Pékin pour maintenir la crédibilité de sa monnaie,  le prochain relèvement attendu du taux  directeur de la FED n’est pas pour rassurer.

Il est fort probable qu’en réaction à la Reserve Fédérale américaine, la Banque Centrale Chinoise, la PBOC, révise  ses taux  à la hausse pour séduire les investisseurs dans un contexte accentué de fuite des capitaux. La surenchère sur les taux restant, à nulle part égale, dangereuse sur la stabilité des comptes publics chinois. Confrontée à un endettement atteignant  250% du PIB, Pékin joue serré, obligé de séduire les investisseurs étrangers. Dans la tête des autorités chinoises, il faut à tout prix éviter une crise obligataire.  L’injection récente (les 16 et 17 décembre derniers) de  quelque 600 milliards de Yuan ( 82  milliards de dollars)  sur le marché obligataire participe de cette volonté de  maintenir la confiance des investisseurs. Il va sans dire que sur l’ensemble de l’année 2016, le Yuan a perdu  7% par rapport au dollar.

Loin de rester passif  face aux coups de boutoir  de Washington,  l’Empire du Milieu préparerait sa riposte sur un autre front.  Pékin est en effet suspecté d’être derrière la spectaculaire envolée du bitcoin en 2016. La crypto-monnaie est passée de 400 dollars au pair à 1000 dollars entre janvier et décembre 2016. Entre l’élection de Donald Trump en novembre et la fin décembre, la monnaie virtuelle a progressé de 60%, poussant les analystes à y voir les manœuvres du tandem Pékin-Moscou pour évincer le dollar de son piédestal de devise reine des transactions internationales.  La Saxo Bank voit le bitcoin à 2000 dollars en 2017.  Plus de la moitié des transactions notées depuis le 1er janvier viendraient de la Chine. Sur la journée du 2 janvier, ces transactions étaient frappées du sceau de l’Empire du Milieu à plus de 98%.


Adama Wade

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