Par Nephthali Messanh Ledy 

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Au Togo, la distance est encore abyssale entre ceux qui louent un budget 2017 visant à renforcer l’assainissement des finances publiques et ceux qui s’inquiètent de son architecture. Et les positions sont loin d’être conciliées.

1.227,4 milliards de francs CFA. C’est le montant total de la loi de finances votée mardi 27 décembre par le parlement. Soit une progression de 21,61% par rapport au budget initial de 2016 et de 5,9% par rapport au collectif budgétaire 2016.

Dans son discours de « charme », M. Sani Yaya, ministre des finances, a fait savoir que le budget « permet de poursuivre la consolidation de la mobilisation des recettes internes en assurant l’élargissement progressif de l’assiette fiscale afin de desserrer l’étau sur les entreprises et permettre ainsi au secteur privé de jouer pleinement le rôle qui est le sien » (…).

Et de poursuivre que son vote devra permettre au gouvernement de poursuivre sa politique d’assainissement des finances publiques par la maitrise et la recherche de l’efficacité des dépenses. « (…) Il importe de rappeler l’effort consenti pour limiter le solde budgétaire à -1,17% contre une norme communautaire de -3% ; ce qui permet de contenir l’évolution du taux d’endettement de notre pays projeté à 52,8% en 2021 », a-il indiqué.

Dissonance du coté de l’opposition, où l’on s’inquiète tant de la mobilisation des recettes, que de la répartition des dépenses. En effet, pour l’Alliance nationale pour le changement, principal parti de l’opposition, le budget 2017 n’est pas différent de ceux qui l’ont précédé depuis 2013. « Il révèle lui aussi l’opacité dans la gestion des ressources de l’Etat par les institutions, les sociétés d’Etat et les départements ministériels et n’échappe pas lui non plus aux mêmes incohérences à savoir l’insincérité des prévisions, la mauvaise allocation des ressources et l’insoutenabilité de la dette publique», a déclaré Me Isabelle Ameganvi, présidente du groupe parlementaire ANC.

Et de « rappeler que depuis 2014 tous les budgets ont pour fondement politique la stratégie de la Croissance Accélérée et de la Promotion de l’Emploi (SCAPE) qui n’a pas atteint ses objectifs alors et surtout que le taux de croissance qui est l’indicateur universel de l’évolution de l’économie est passé de 5,9% en 2014 à 5, 3 % en 2015 pour chuter à 5% en 2016 ».

Par ailleurs, constate l’ANC, le budget « cette année encore (…) ne respecte aucune stratégie claire de développement ».

A noter qu’à la veille du vote, c’est la CDPA (opposition) qui a ouvertement appelé les députés à rejeter le texte. Pour le parti « rose », l’effort d’avoir franchit le cap des 1000 milliards de F CFA serait apprécié si ce budget n’avait pas consacré 35,72% des dépenses au remboursement de la dette (75,4% du PIB en 2015, Ndlr) au détriment des salaires (15,68%). « Comment comprendre une telle orientation après les sacrifices incommensurables que ce peuple avait consenti pour bénéficier de la réduction de la dette (…) », s’interroge le parti qui a souhaité que la part des dépenses consacrées à la SCAPE dépassasse  nettement la barre des 55,61%.