Fabrice Sawegnon
Fabrice Sawegnon

« Nous avons apporté un mode de réflexion proche de nos cultures et de nos populations … »

Il compte dans le milieu de la communication en Afrique. A la tête de Voodoo group, actif à Abidjan, Dakar, Douala, Cotonou et Niamey, Fabrice Sawegnon revendique un chiffre d’affaires d’environ 10 milliards de francs CFA, soit 15,2 millions d’euros. Le self-made man jette ici un regard sur le secteur de plus en plus concurrentiel de la communication sur le continent, avant d’aborder un autre virage de sa vie : la conquête de la mairie du Plateau, le quartier d’affaires d’Abidjan considéré comme la Manhattan d’Afrique.

 


Depuis 1999, votre entreprise a fait du chemin au point d’être une référence sur le continent. Pouvez-vous nous présenter Voodoo group ?


Voodoo group c’est de nombreuses entreprises et activités liées à la publicité, aux médias, à l’évènementiel, à l’activation de marque et au développement de projets spécifiques tels que le produit télécom MaLife, en partenariat avec Orange. Voodoo group, c’est 300 personnes en Afrique de l’ouest et centrale avec un chiffre d’a aires d’environ 10 milliards de francs CFA.


Comment percevez-vous le marché de la publicité en Afrique ?

C’est un secteur dynamique, il y a de plus en plus d’agences internationales qui viennent en Afrique et beaucoup d’entreprises sont créées au niveau local. Cela favorise le développement de l’activité publicitaire qui vit au rythme de la concurrence, de la compétition et de la différenciation voulue par les marques. Par contre, c’est un secteur qui perd en qualité. Il n’y a pas d’école pour former des professionnels du métier. Les entreprises ne recherchent plus forcément la qualité mais plutôt la facilité. Autant le secteur de la publicité se développe très bien, autant il souffre de son appauvrissement intellectuel.

Le digital est de plus en plus d’actualité dans le secteur …

Le digital est effectivement en forte croissance ; c’est aujourd’hui quasiment le premier support pour atteindre les jeunes, les citadins. Mais lorsqu’on prend le marché dans son entièreté,
le digital n’est pas encore l’élément central de la «com» en Afrique. Les médias traditionnels tels que la radio, la télévision et la presse, restent encore très présents dans nos pays.


D’aucuns disent que vous avez révolutionné la pub en Afrique, qu’avez- vous apporté de nouveau à ce secteur?

Déjà, on ne va pas être prétentieux et dire que nous avons révolutionné la pub en Afrique mais nous avons apporté
des changements majeurs. D’abord la pub doit être fait par les Africains eux- mêmes. Nous avons apporté un mode de réflexion proche de nos cultures et de nos populations, un regard analytique
et une façon de concevoir et de créer en phase avec notre univers culturel et traditionnel. La deuxième chose, c’est que nous avons développé des méthodes propres à nous, des méthodes d’analyse et de création publicitaire. Un mode opéraoire qui
s’est imposé comme étant plus simple et plus efficace que ceux des agences internationales.Troisièmement, nous croyons en la jeunesse, on mise sur
la capacité des jeunes à être créatif, dynamique et à vouloir faire la différence.


On voit de plus en plus les agences internationales s’installer en Afrique, les craignez-vous ?

On ne craint personne parce que nous sommes les plus forts chez nous, tout comme les Américains, les Français ou encore les Marocains sont les plus
fort chez eux. En réalité, dans la pub, au-delà de la partie technique, la formation et consorts, il y a une partie culturelle très importante. Et donc nous sommes les mieux placés pour apprécier nos traditions, notre humour que
les Marocains par exemples. On sera toujours plus fort que tout le monde ici et comme je dis souvent pour rigoler « nous sommes le numéro mondial
en Côte d’Ivoire ». Ceci étant, le développement du marché de la pub entraine des concentrations, les marques sont de plus en plus transnationales, transrégionales et donc les agences ont besoin de se regrouper, de nouer des partenariats entre elles pour trouver un mode opératoire suffisamment efficace en termes de gestion pour amoindrir les coûts et améliorer les marges.


Quelle est la clef de votre succès ?

Le travail, la recherche de l’excellence, la qualité, le « believe ».


Vous avez a affirmé votre intention de briguer la mairie de la commune du Plateau, le quartier des affaires d’Abidjan. Quelles sont vos motivations ?

C’est ce que l’on appelle le «give back». C’est lorsque, à un moment donné de sa vie, on considère qu’on a suffisamment travaillé pour soi-même, qu’on a suffisamment avancé et qu’on a envie de redonner à la vie ce qu’elle nous a donné. Je suis arrivé à une étape de ma vie où je ne suis pas intéressé par la politique mais je suis intéressé par le développement. Je suis un enfant du Plateau, j’ai grandi au Plateau et j’ai envie de participer à  l’amélioration des conditions de vie urbaine de mes concitoyens.

Ensuite le Plateau c’est notre Man- hattan ici en côte d’ivoire. Le Plateau d’aujourd’hui n’est pas le même que celui que l’on a connu sous Félix Houphouët- Boigny. Nous avons une mairie qui n’est plus à niveau en termes de gestion de l’urbanisme, du social, du business et

de la créativité. Donc il faut des idées neuves, une envie de changer les choses afin d’offrir une ville nouvelle qui puisse compétir avec celles des pays développés.


Quelles sont les grands axes de votre programme ?

Le social, le business, l’écologie et la modernisation de l’administration sont les quatre piliers essentiels de mon programme.

 


Propos recueillis par Daniel Djagoué, Édité par Jean-Mermoz Konandi

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