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« L’Algérie, comme tout autre pays membre de l’OPEP, est sérieusement affectée par la chute du prix du pétrole »

Expert en finance international, Zahir Serrai nous livre – sans détour – son analyse sur la situation d’endettement de l’Algérie dont l’économie est plombée par la chute des cours du pétrole. C’est à la faveur d’un entretien exclusif accordé à Financial Afrik.

Zahir Serrai a étudié à l’Université de Göttingen – Georg-August-Universität Göttingen avec un diplôme en économie (1993), avant obtention de son diplôme à l’Ecole de commerce européenne Reichartshausen (1998). Au cours des dernières années, au département des finances de Fitch Ratings Corporation à Londres, Zahir Serrai a occupé le poste d’analyste financier et a occupé les fonctions de directeur de la notation bancaire et d’administrateur indépendant. Il a ensuite été promu au poste de directeur général de Project Finances, où il a déménagé chez ses pairs. L’expert en finance international était un associé fructueux, facile à gérer, et a toujours donné cet effort supplémentaire pour respecter les délais. Zahir Serrai a démontré des capacités analytiques supérieures et est rapidement devenu consultant indépendant pour la Banque mondiale dans le domaine du financement multi-entreprises.

En tant que membre du comité Stratégies et Finances mondiales de la société, à Londres, il a joué un rôle clé dans la direction d’un groupe de cinquante associés à travers un processus qui normaliserait les pratiques dans l’entreprise. Il est l’auteur de nombreuses études internationales pour l’organisation financière. En 2003, il choisit de devenir totalement indépendant et créé sa propre société Serrai Invest Capital Ltd qui est l’une des sociétés leader dans la branche d’investissement et le développement en Europe.

Entretien réalisé à Paris par Youcef MAALEMI


Qu’est-ce qu’un endettement extérieur? Et comment la dette s’alourdit-elle ?

La dette extérieure est un rapport de force au monde, une dépendance dont il est plus difficile de s’extraire. La dette publique produite par les nécessités intérieures d’investissement ne demande pas forcément un emprunt sur le marché international comme nous l’avons vue, la dette extérieure oui. Car elle résulte le plus souvent d’un déséquilibre de la balance des paiements avec d’autres nations. C’est cette dette qui est véritablement dangereuse car elle remet en cause la souveraineté d’un Etat. Une nation comme notre pays doit donc toujours chercher à équilibrer ses comptes extérieurs par quelque moyen que ce soit.


Quel est le niveau de l’endettement extérieur actuel de l’Algérie?

Je souhaiterais que cette question soit posée à M. Ali Hadda puisque Mr Benkhalfa a été viré et n’a aucune autre personne en Algérie.


L’Algérie secouée par la chute des prix du pétrole, selon vous, serait-elle obligée de recourir à l’endettement extérieur ? 

Je pense que le gouvernement algérien demandera des prêts au FMI sous forme de projets. Les budgets adoptés par la loi de finances 2015 et la LFC 2015 ne suffisent pas pour achever les grands projets lancés par l’État. A cela s’ajoutent les conséquences négatives de la dévaluation de la monnaie nationale sur le marché interne et la production en général, dont la contribution au PIB ne dépasse pas les 2,09% et non pas 5% tel qu’avancés par le premier ministre, M. Sellal. Ces conséquences se sont avérées réelles et se sont répercutées sur le revenu du citoyen, raison pour laquelle le gouvernement a annulé tous les rappels des fonctionnaires à la retraite, en plus de ceux qui sont en fonction.

Nous avions raison de critiquer cette dévaluation à l’époque. L’Algérie, comme tout autre pays membre de l’OPEP, est sérieusement affectée par la chute du prix du pétrole, suite à la mauvaise répartition des budgets des institutions nationales. Nous avons comme une spécificité qui nous accompagne depuis très longtemps : les gouvernements précédents ont été obligés d’avoir recours au FMI ou à la Banque Mondiale lors d’une crise, ou même sans qu’il n’y ait crise. Ce n’est plus un secret pour personne actuellement que de dire que le manque de stratégie à long terme pour un gouvernement dont la majorité des cadres ne sont pas habilités à négocier de tels contrats, ni même productifs dans leurs secteurs respectifs.


Est-ce que l’Algérie a mis en place une politique restrictive par rapport à son endettement extérieur ?


Non. Les traités conditionnels et protocoles internationaux ne permettent pas à l’Algérie car la coordination des politiques économiques, dont celles de la sphère réelle, monétaire, commerciale, fiscale et douanière n’a jamais été perçue comme un objectif vital. Pour cela, une nouvelle gouvernance est nécessaire pour une lutte efficace contre la corruption. La redynamisation de la coopération économique et financière entre l’Etat algérien et l’Union Européenne doit changer de cap et se soumettre à un strict contrôle par la Cour des comptes. Il est impératif de trouver également une solution à la récurrente problématique du marché informel car celui-ci pourrait être la base de l’économie du pays.

Autrement dit, j’adhère à l’idée selon laquelle il ne faut pas exclure ces fortunes qui prospèrent dans l’informel, étant donné qu’elles pourraient être un support plus efficace de création de richesses et d’inclusion économique et financière. Il est aussi temps de mettre en exécution un nouveau concept opérationnel de valorisation et de redressement des revenus et des exportations. Ce travail doit être à la charge d’une seule institution qui doit veiller à une meilleure coordination entre les différents ministères et ses administrations.


Pensez-vous que la chute du prix de l’or noir puisse provoquer un endettement urgent pour l’Algérie auprès du FMI ?

C’est déjà fait. Le FMI a accordé un emprunt de 1.3 milliards de dollars à l’Algérie, via la Banque africaine de développement et je l’avais dit auparavant que notre pays va aller à un endettement conditionnel. Et cela s’est passé.


Dans l’un de vos entretiens accordés à la presse nationale, vous aviez dit qu’« il est également temps de libérer la bourse d’Alger et l’aider par l’injection de fonds via les entreprises nationales ». Que vouliez-vous dire par là ?

Permettre aux entreprises du secteur privé et même nationales d’être libres en dépôt de quantité et changer les lois de 1989 qui fixent justement et limitent les membres de la Bourse. C’est de l’injustice que subissent les entrepreneurs Algériens à cause des affairistes du blanchissement d’argent à  l’étranger. La Bourse doit être une institution indépendante qui ne dépend d’aucun ministère. Malheureusement, nos extra-experts ne sont pas arrivés au niveau de faire la différence entre la bourse, son fonctionnement, son fondement, et les prérogatives du ministère des finances qui freinent toute initiative de nos investisseurs locaux de se promouvoir. Si vous permettez un exemple, en Allemagne, c’est la Bourse et la Chambre de commerce (IHK) à Frankfort qui sont le pilier du Ministère des finances.


Quelle est votre analyse de la situation actuelle sur le recours possible de l’Algérie à l’endettement extérieur ? Avez-vous des solutions à proposer ? 

Après cet endettement du FMI camouflé par la BAD, tous les scenarios ont été découverts. Les solutions sont au sein des entrepreneurs Algériens et aux PME/PMI qui doivent agir en tant qu’entités unies pour éviter l’effondrement collatéral de l’économie nationale. Le retour à l’agriculture est une solution, mais elle reste bloquée par des décisions politiques.


Selon vous, le recours à l’endettement extérieur est- il vraiment aujourd’hui une bonne décision à prendre pour régler la situation financière du pays ? 

Bonne décision pour qui? L’inflation est au niveau de 19%, le taux des taxes n’a jamais été sérieusement fixé par les services respectifs! La dévaluation de la monnaie nationale au profit de qui? C’est qu’on appelle en anglais « Over soft hand ». Le reste, vous le connaissez.


Quels risques court le pays si la dette extérieure est trop élevée ? 

Beaucoup de risques. Entre autres, la soumission aux institutions financières internationales guidées par les lobbies politiques. Je ne peux faire une différence entre les montants d’une dette extérieure. Pour moi, 1 million est pareil à 100 milliards de dollars. Les traités signés sont conditionnés par celui qui octroie cette dette. Et il y a un jeu géopolitique négocié sous ces accords! Les experts Algériens sont très mauvais en négociation. Autrement, comment expliquez-vous 14 ans de négociation sans que l’Algérie n’ait pu être membre de l’Organisation mondiale de commerce ? Alors que le Lesotho en est membre à part entière ? (…)


Que peut-il se passer si l’Algérie perd en crédibilité quant à sa capacité à honorer ses remboursements de dettes extérieures ? 

Cela me fait rire. Entre 2004 et 2009, l’Algérie a effacé les dettes de 9 pays africains. Seul l’Ouganda a bénéficié de 1.4 milliards de dollars. Qui est le responsable de ces décisions catastrophiques? Toutes ces aides sont non remboursables. Qu’à t-il fait, le peuple algérien, pour être interdit de sa part du pétrole ? Le gouvernement algérien ne possède pas de stratégie claire et adéquate, aux normes internationales actuelles pour surmonter le choc, tant qu’elle est basée sur les revenus de la rente pétrolière dont le baril est au-dessous de 38 dollars et va chuter encore sur le marché mondial.


Comment, selon vous, mettre en place des limites à l’accumulation de la dette extérieure?

Comme je l’ai souligné plus haut, libérer le marché national avec les pays voisins (Taxe- free zone). Un échange mutuel entre le Maroc, la Tunisie et l’Algérie pourrait avoir un impact positif sur l’économie du pays si la décision politique est souveraine (ce qui n’est pas le cas).


Quel est le lien entre l’endettement extérieur et la croissance économique ?

Il existe un certain nombre d’arguments théoriques qui conduisent à la conclusion qu’une hausse du ratio de la dette extérieure pourrait conduire à une réduction de la croissance du fait d’un effet d’éviction des investissements productifs (ou du fait de l’équivalence rocardienne) et de la relative inefficacité de l’État dans l’utilisation des ressources. D’autres arguments peuvent être évoqués, liés aux effets plus immédiats de l’augmentation de la dette. Ils reposent sur un calcul de soutenabilité budgétaire – à partir des relations entre taux de croissance et charge d’intérêt de la dette – qui pourrait conduire le gouvernement algérien à se mettre en défaut de paiement ou à imposer une « taxe inflationniste » ruineuse qui conduirait à un ralentissement de la croissance. Cependant, aucun argument n’est vraiment convaincant car, comme d’habitude en économie, la théorie apporte rarement une réponse définitive (sauf quand elle jaillit de l’esprit d’économistes borgnes).

 

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