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De gauche à droite: Mahamadou Baldé, initiateur de l’OVSEO et Seyni Nafo, président du groupe de négociateurs africains.

 

“Nous devons trouver des solutions dans des modèles économiques responsables pour contenir le réchauffement climatique”, lance d’emblée Mouhamadou Baldé, président de l’Observatoire des Valeurs Sociétales et Ethiques des Organisations (OVSEO) (1) et directeur du site spécialisé Vivafric, à l’ouverture, le 2 décembre 2016, de la première conférence de restitution de la COP 22 de Marrakech sur les rives Sud du Sahara.

Cette rencontre qui a vu une affluence nombreuse d’opérateurs privés et d’experts a été l’occasion de faire le point sur les enjeux africains du changement climatique et sa prise en compte dans les politiques de développement. «Tous les secteurs d’activité, à commencer par l’énergie, l’agriculture, l’habitat sont impactés», souligne M. Diagne, responsable du Bureau de l’Opérationalisation et de la mise en œuvre du Plan Sénégal Emergent. Pour cet expert, la mobilisation des financements verts doit être un objectif stratégique.  Et d’insister sur la différenciation à faire entre les flux de l’Aide Publique au Développement (APD) et les financements verts.

Prenant la parole à son tour, Seyni Nafo, président du groupe des négociateurs africains, invité spécial de la conférence, a relevé les défis de l’Afrique, allant de «la pauvreté, de la démographie et du climat lequel, souligne-t-il, est plus pernicieux que les deux autres ».  Car, poursuit l’expert en finance et en climat, conseiller spécial en la matière  du président Ibrahima Boubacar Keita, «l’Afrique qui pèse moins de 4% des émissions globales est la partie la moins responsable des causes du changement climatique. C’est néanmoins, le continent le plus vulnérable en termes d’impact ».  Loin de verser dans la victimisation, M. Nafo estime que le continent noir, qui dispose du plus grand potentiel en termes d’énergie renouvelables, a les moyens de relever les défis.  A condition toutefois que les 54 pays qui ont fait voix commune lors des négociations passent à la seconde étape en s’appropriant l’accord de Paris et en le déclinant dans leurs politiques de développement et leurs approches sectorielles.


L’accès aux financements verts, un enjeu colossal

Du Protocole de Kyoto qui portait seulement sur les émissions de C02  à l’accord de Paris, qui est global, il y a un nouveau paradigme qui s’est imposé avec la nécessité de maintenir l’augmentation de la température du globe en deça des 2 degrès d’ici 2100. A Marrakech, l’Afrique s’était assignée un objectif : obtenir des parties une feuille de route précise sur la mise en œuvre de l’accord. L’extrême vulnérabilité du continent, qui compte 35 PMA (Pays les moins avancés) sur 54, appelle en effet à une concrétisation rapide des engagements pris par les 196 parties négociantes. Preuve de l’intérêt des politiques, 53 pays africains ont présenté leurs contributions nationales Climat.  «Il faudrait maintenant poursuivre le processus d’accréditation des entités nationales et spécialisées au fonds vert à l’instar du CSE (Centre de Suivi Ecologique) du  Sénégal accrédité  à hauteur de  10 millions de dollars, qui représente le premier palier.

Pour l’heure, les pays africains ne se bousculent pas au portillon avec seulement dix accréditations au Fonds vert (2). Plus qu’un problème de financement, c’est plutôt un problème d’initiatives qui se pose. Lors du premier dialogue du continent africain avec le fonds vert, en octobre dernier en Afrique du Sud, le portefeuille des projets Afriques n’a pas dépassé 4,3 milliards de dollars, relève M. Nafo.  Capitalisé à hauteur de 10, 2 milliards de dollars, le fonds donne accès à plusieurs types de ressources, dont celles dédiées au renforcement des capacités (300 000 à 1 million de dollars),  à la préparation des projets (1 million de dollars) et à la réalisation des plans d’adaptation (3 millions de dollars).

Si l’accréditation de nombre d’organismes onusiens, d’acteurs de développement (AFD, KFW), laisse craindre la reproduction du statu quo de  l’aide publique au développement, Seyni Nafo insiste, lui, sur l’accès direct qui constitue la marque de fabrique du financement vert. «Le fonds Vert va plus loin que l’accès direct avec, par exemple,  l’accès direct amélioré qui donne la liberté aux destinataires des fonds d’orienter l’argent reçu dans les projets qu’ils auront eux-mêmes choisis. Le continent qui dispose de 7 administrateurs dans le Fonds vert, co-présidé de surcroît  par un sud-africain, a donc tous les atouts pour  peser dans les décisions de cette instance mondiale dédiée au climat.


Le   secteur privé sénégalais à l’initiative

 

A la suite de l’intervention de Seyni Nafo, plusieurs réactions se sont fait entendre dans la salle  dont celle de Ousmane Amadou Sy, Directeur général de la société d’appui-conseil, a émis le vœu d’une coordination étroite des actions au niveau national et régional. «Pourquoi ne pas s’inspirer de l’expérience de la lutte contre le VIH Sida en mettant un place une structure rattachée à la présidence ou à la primature pour coordonner  les efforts, édicter un plan de mobilisation, de suivi et de déclinaison au niveau territorial » ?  Les participants au forum en sont sortis avec au moins une conviction : l’environnement ne doit pas être entre les mains du seul ministère de l’environnement.

Le nouveau paradigme qui se profile suppose un plan d’ensemble allant de la fiscalité écologique (les taxes et TVA sur le matériel solaire importé au Sénégal atteignent 44%, relève le représentant de Little Sun, structure spécialisée dans le domaine, ce qui est une contradiction avec les objectifs stratégiques), à des mesures d’accompagnement du secteur industriel. A  ce propos, l’expérience de la cimenterie Sococim, qui dispose d’une centrale de 55 MW dont 20% en gaz HFO, est révélatrice de l’importance de l’engagement du secteur privé dans les objectifs nationaux du Sénégal qui vise, rappelons-le, une réduction de 5 à 21% de l’émission des gaz à effets de serre. La Sococim qui a investi 20 milliards de FCFA dans la conformité des équipements et  les filtres de dépoussiérage envisage de porter le taux de substitution du charbon par la biomasse de 20 à 50%. Des efforts écologiques qui seront couronnés par la mise en place d’une centrale solaire de 6 MW.

D’autres initiatives du secteur privé  vont suivre comme l’accréditation des banques dans le cadre d’un partenariat et d’un encadrement du ministère de l’Environnement, a souligné Madeleine Diouf Sarr dudit ministère, certainement l’un des cadres sénégalais les plus brillants durant ce forum par la clarté de ses propos. Au Sénégal, la coordination est bien enclenchée avec, comme l’a rappelé Mme Sarr,  un  cadre d’intervention regroupant   le ministère de l’Environnement, les Finances, les Collectivités locales et le secteur  privé.

 

S’il y a un projet privé qui a ravi l’assistance, c’est certainement celui de Thecogas de Mouhamadou Lamine Ndiaye, qui intervient dans la production du biogaz par valorisation des déchets. «Nous voulons faire un digester de 4000 m3 », a-t-il révélé en rappelant que les digester des programmes nationaux dépassent rarement 20 m3.  La structure gère les déchets des abattoirs de Dakar (SOGAS) , soit 200 tonnes par jours dont 150 de fluents liquides. Mais, rappelle-t-il, la sensibilisation doit aller encore plus loin. Comment peut-on laisser un projet nouveau  nouvel abattoir de Mbour, un investissement de 2 milliards de FCFA, déverser sur un marigot ?  Ce nouvel ouvrage devrait être doté d’unité de gestion des déchets, estime M. Ndiaye.

L’absence du secteur bancaire lors de cette journée de   restitution de la COP22 a été compensée par la présentation de Sunref Afrique, le label finance verte de l’AFD. La structure dispose d’une ligne de 30 millions de dollars à travers Oragroup, et les filiales de la Société Générale au Sénégal, en Côte d’Ivoire, au Bénin et au Togo. Dotée d’une assistance technique constituée par une équipe chargée d’instruire les projets, d’accompagner et de renforcer les capacités, Sunref finance des projets privés en particulier dans le domaine des énergies renouvelables. La taille du  projet cible ne doit pas dépasser une puissance installée de 10 MW et  un coût global de 7 millions d’euros. Au Sénégal, la structure a financé 47 projets pour plus de 40 millions d’euros dont 20 millions sur la ligne verte. Bonne nouvelle dévoilée lors de ce forum, le financement pour Theco Gaz a été approuvé et sera effectif dans les prochains jours. L’accessibilité de Sunref, qui finance de petits projets de 9 000 euros aux plus grands,  est certainement un cas d’école dans la recherche d’une approche inclusive de la finance verte.

Le secteur privé sénégalais doit se rapprocher aussi du Fonds vert climat, qui dispose d’une fenêtre et de plusieurs volets », conseille El Hadj Mbaye Diagne, du cabinet Afrique Energie Environnement, également négociateur Afrique « Marchés »  lors de la COP22.

Dans l’ensemble, comme l’a rappelé Seyni Nafo,  les  engagements  dédiés au climat totalisent 62 milliards dont 9 dédiés à l’adaptation. Les pays développés ont promis  doubler leurs contributions sur ce dernier volet. A la sortie de la COP22 de Marrakech, un panel de haut niveau a été constitué entre les chefs d’Etat des  pays africains et leurs homologues des pays développés. Objectif, suivre de façon semestrielle  l’exécution des engagements lors des sessions du printemps et d’automne des institutions de Bretton Wood et lors des Assemblées Générales de la BAD.

 

 

Adama Wade


Notes

-(1) : le Forum a été organisé par l’OVSEO en partenariat avec la Rencontre Des Entrepreneurs (RDE), RS Consulting, PME Infos, Vivafric et Financial Afrik.

-(2) -Outre le CSE du Sénégal, les autres  organismes africains accrédités sont  le fonds nigérian  l’African Finance Corporation (AFC), la Banque Africaine de Développement, la Banque Ouest-africaine de Développement (BOAD), l’Agence marocaine pour le développement de l’Agriculture (ADA), le Developpement Bank Of South Africa (DBSA), le ministère des Finances, de l’Economie et de la Coopération de l’Ethiopie, le ministère des Ressources Naturelles du Rwanda, l’Autorité Kenyane en charge de l’environnement (NEMA), l’Institut National Sud-Africain de la Biodiversité (SNBI).

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