Par Mamadou Aliou Diallo

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La crise de leadership qui mine depuis près de trois ans, le CNP-Guinée (conseil national du patronat Guinéen) n’a pas fini de révéler tous ces secrets. Le feuilleton qui oppose d’un côté Kaba Guiter, patron du BTP, Mamadou Sylla de futurelec Holding, ancien bras droit financier du feu président Lansana Conté et de l’autre Sékou Cissé de Global mining, avec en toile de fond une bataille judiciaire acharnée semble s’enliser.

Malgré les négociations en cours pour rapprocher les deux camps pour aller à un congrès paisible, d’un côté comme de l’autre, chacun revendique sa légitimité à la tête du patronat.

Décryptage

Pour la petite histoire, la crise au sein du CNP-Guinée remonte à  2013, à l’occasion des élections législatives, lorsque Mamadou Sylla connu surtout sous le nom de  »futurelec » en référence à la société qu’il dirige a voulu prendre part au scrutin avec son parti, Union démocratique de Guinée (UDG). À l’issu des élections, il est élu député sous la bannière de l’alliance menée par la mouvance présidentielle, le Rpg Arc-en-ciel. Les problèmes commencent à ce moment-là.

Pour cause, le président du patronat faisait désormais du cumul de fonction avec celle de député, un manteau hautement politique. Des voies discordantes au sein de certaines structures patronales constitutives, s’élèveront pour dénoncer cette situation tout en appelant à la tenue d’un congrès national pour renouveler les instances du CNP-Guinée. C’est le début d’une longue bataille judiciaire, d’intérêt, de positionnement et de clivage pour le contrôle du conseil patronal.

Alors que le camp de Kaba Guiter projetait d’organiser un congrès, le 23 avril, Sékou Cissé saisit la justice qui, finalement obtient gain de cause. La justice guinéenne, par l’ordonnance 072 en date du 15 mars, constate l’incompatibilité des fonctions de député et de président du patronat de Mamadou Sylla. Un autre arrêt 162 ordonne aux deux parties de surseoir au congrès du 23 Avril. Mais le camp de Kaba Guiter passera outre et tiendra le congrès qui consacrera Kaba Guiter, président du CNP. Un statut quo qui enfonçait un peu plus le patronat Guinéen dans la crise.

À partir de cet instant, c’est un dialogue de sourds qui règne autour du leadership au sein du conseil patronal. Et du berger à la bergère, le camp de Sékou Cissé va à son tour prendre l’initiative de tenir un congrès le 27 Août dernier. Après d’âpres tractations, ce congrès projeté sera suspendu par les initiateurs. Depuis des membres de bonne volonté du conseil tente péniblement par la méditation et la négociation de rapprocher les deux camps. 

La cacophonie persiste

Si d’un côté, le CNP-Guinée version Kaba Guiter et Mamadou Sylla ont plutôt les faveurs des institutions internationales comme le bureau international du travail (BIT) et l’organisation internationale du travail (OIT),  Sékou Cissé qui revendique l’intérim à la tête du Patronat jouit pour sa part des faveurs des arrêts de la justice guinéenne.

Rapports entre les deux camps

Dans cette bataille médiatico-judiciaire que se livrent Kaba Guiter et Sékou Cissé les négociations se poursuivent parallèlement pour aplanir les divergences, mais les positions restent toujours tranchées. Une collaboratrice de Sékou Cissé à son siège que nous avons interrogé sur ce sujet est restée évasive  » je n’est pas toute la situation en vue, tout ce que je peux vous dire ce que des négociations sont en cours pour permettre de rapprocher les deux, sortir de la crise et aller au congrès » nous confie t-elle.

Au gré de nos échanges, elle va se lâcher un peu plus et révéler que son camp, à reçu une  »invitation de structures patronales à la base pour la tenue d’un congrès le 10 décembre prochain » sans toutefois apporter plus de précisions. Elle avoue que le CNP version Sékou Cissé  a reçu ce courrier comme n’importe quelle autre structure membre. Elle juge cependant que les deux parties sont prêtes d’un accord de sortie de crise qui sera probablement bientôt signé entre les deux camps pour permettra d’aller au congrès.

Le principal concerné que nous avons joint au téléphone est catégorique  »Je suis la seule personne habilité à dire que nous allons au congrès, donc en ce qui me concerne, je ne suis pas au courant de cette invitation. Donc moi, mon objectif en tant chef du CNP-Guinée, c’est que nous parvenons à un terrain d’entente pour une sortie de crise » réagit Sékou Cissé.

Dans le camp adverse, celui de Kaba Guiter nous nous sommes adressé à son responsable de communication qui comme le CNP version Sékou Cissé souffle le chaud et le froid    » On est presque sur le point de régler les différends. Mais vous savez, il y a des gens qui cherchent à créer la zizanie entre nous, mais nous on s’occupe plus de ces gens là.  C’est la justice qui va s’occuper d’eux, nous on continue à travailler, à évoluer. Il y a un congrès qui a été validé par les instances internationales. Ce qui nous intéresse, c’est les instances internationales, l’OIT et le BIT ont approuvé notre congrès, donc nous on est tranquille; on a été invité à des réunions patronales qui concernaient toute l’Afrique et le CNP a été invité; nous rentrons de Marrakech où on a été invité par le patronat marocain avec les patronats du monde entier » a répondu Souheil hajjar.

Et de s’en prendre à la justice guinéenne qui a justement pris la décision d’annuler le congrès du 28 Avril qui a porté Kaba Guiter à la tête du CNP-Guinée dont ils revendiquent malgré tout le leadership

 » La justice guinéenne a rendu une décision qui est contraire à la justice. Elle n’avait même pas à se mêler de ce dossier, donc si elle va au-delà de ses prérogatives, ça les regarde. Ils n’ont qu’à faire ce qu’ils veulent mais nous, on ne se sent pas concerné »  balaie t-il d’un revers de la main l’argument de Sekou Cissé qui s’appuie sur la justice dans ce dossier.

Même si la tendance actuelle est à la négociation entre les deux camps, pour une sortie de crise que chaque partie  »appelle de tous ses vœux », la lutte des égaux et la volonté de contrôler l’instance suprême du Patronat Guinéen par les deux parties antagonistes semble hypothéquer toute solution consensuelle. Les discours des uns et des autres qui semblent trancher avec  »leur volonté » de trouver une issue, en disent long sur la détermination de chacun des deux parties à légitimer sa position, avec en toile de fond des luttes d’intérêts qui ne disent pas leurs noms.

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