Par Ablaye Modou Ndiaye et Adama Wade 

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Les supermarchés et les détaillants traditionnels accusent le coup. Le sucre se fait rare. Et le regard accusateur se tourne, comme c’est souvent le cas,  vers l’acteur le plus visible, la Compagnie Sucrière Sénégalaise (CSS), unique productrice de cette denrée de première nécessité au Sénégal. 

Interrogé par Financial Afrik, Louis Lamotte, conseiller spécial du groupe, reconnaît que la «rareté du sucre dans certains endroits est un fait constaté mais pas généralisé».

 Les causes sont loin d’être évidentes: «Nous avons 17 000 tonnes disponibles  à Dakar au moment où je vous parle (NDLR: le mardi 15 novembre à 15 heures GMT). Nos distributeurs continuent d’acheter à un rythme très élevé de 1000 tonnes par jour». Mais où vont toutes ces quantités?

Prudent, M. Lamotte nous renvoie aux statistiques. «En temps normal, nous vendons 12 à 13 000 tonnes par mois. Or, entre le 1er et le 10 novembre 2016, nous avons écoulé 10 000 tonnes. À ce rythme, nous atteindrons 30 000 tonnes à la fin de l’année», un record absolu.

Il y a évidemment une énigme: les quantités livrées ne se retrouvent pas sur le marché. Un dysfonctionnement réel s’est créé entre le grossiste et le détaillant qui ne reçoit pas le sucre. « Il s’agit manifestement d’une pénurie mécanique », poursuit M. Lamotte.

Est-ce à dire qu’il y a des lobbys qui entretiennent cette pénurie mécanique?  C’est ce que beaucoup d’experts avouent sous le sceau de l’anonymat. Le triplement des cours de sucre sur le marché International s’est répercuté dans la sous région. « Les circuits se sont inversés. « Par le passé, il fallait empêcher le sucre importé frauduleusement de venir au Sénégal. Aujourd’hui, il faudrait faire en sorte que le sucre produit dans le pays y reste », poursuit M. Lamotte qui pense que l’une des explications de cette pénurie mécanique pourrait résider dans l’exportation ou la réexportation des quantités de sucre qui se trouvent au Sénégal.

Pour faire face aux détournements de destinations, les services du ministère du commerce recueillent les coordonnés des grossistes et retracent les cargaisons sur toute la chaîne logistique. Une opération complexe qui reste à parfaire. Cette pénurie changera-t-il les pratiques des industriels qui préfèrent toujours (curiosité du marché sénégalais ) s’approvisionner auprès des grossistes plutôt que de venir à la source? Trop tôt pour le dire.

En attendant, 2016 est partie pour battre tous les records. La CSS a produit 125 000 tonnes entre janvier et novembre.  Pour compléter les besoins du marché, un  gap de 80 000 tonnes devait être importé à raison de 40 000 tonnes par la compagnie sucrière et 40 000 tonnes par les commerçants membres de l’UNACOIS. Si le groupe de Jean Claude Mimran s’est bien acquitté de sa part, tel n’a pas été le cas des commerçants, dissuadés, vraisemblablement, par la cherté du cours de sucre à l’international.  Aux dernières nouvelles, le président de l’UNACOIS, Idy Thiam, annonce l’arrivée d’un bateau de 12 500 tonnes mais tout en exigeant la suppression des droits d’entrée.

Les commerçants qui exigent au préalable la suspension des droits d’entrée (un gap de 11 milliards de FCFA) obtiendront-ils gain de cause ? La CSS qui cherche 3500 hectares supplémentaires pour exécuter son projet KT 150  (qui risque de passer à KT 250 au vu de la demande ) devant mener à l’autosuffisance en sucre obtiendra -t-elle le droit de jouissance sur des terres du Dierry qui se suffiront de l’irrigation goûte-à-goutte? C’est toute la question de cette pénurie mécanique qui vient rappeler que l’Etat doit encourager l’implantation d’une dixième usine de production du sucre (peut être au profit de l’UNACOIS) plutôt que de retirer les taxes à l’ importer. Le triplement violent des cours mondiaux de sucre vient de le montrer, la sécurité alimentaire n’est pas passée de mode.

 

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