Pour lever des millions d’euros en à peine sept mois, des fraudeurs mettent en place un ingénieux système qui repose sur des sociétés fictives et des comptes offshores enregistrés en Lettonie, à Chypre et Hong-Kong : des hommes de paille achètent depuis l’étranger des quotas de CO2 hors taxes vendus par des industriels et les revendent en France sur le marché du carbone toutes taxes comprises, sans reverser la TVA de 19,6 % à l’administration fiscale. Ils pouvaient ainsi réinvestir le produit de la vente dans une nouvelle opération, et renouveler la fraude à l’infini compte tenu caractère immatériel du CO2. L’argent détourné était alors placé sur un compte en Chine. Les fonds étaient remis aux aigrefins une fois blanchis par des commerçants chinois ou sous forme de jetons entre joueurs de casino, entre autres combines. Quoique ingénieux, ce tour de passe-passe a attiré l’attention des régulateurs français du marché. Dès l’automne 2008, la Bourse Bluenext et la Caisse des dépôts découvrent le pot aux roses et font part de leur découverte à Tracfin, la cellule anti-blanchiment de l’État. Le cabinet du ministre du Budget de l’époque, Éric Woerth, tout comme celui de la ministre de l’Économie Christine Lagarde sont informés de la fraude sans que rien ne se passe. Six mois plus tard et 1,7 milliard d’euros en moins dans ses caisses, l’État met enfin un terme au trafic.

Le 14 septembre 2010, Samy Souied, surnommé «le caïd des hippodromes», soupçonné d’être l’un des trois principaux organisateurs de la fraude, est abattu de 12 balles de calibre 7,65 mm par deux hommes à scooter au pied du palais des congrès à Paris. Si de nombreuses zones d’ombre demeurent toujours dans l’enquête, il ne fait pas de doute que son nom est lié à l’escroquerie de la taxe carbone.Deux autres personnages hauts en couleur viennent compléter le trio survolté des princes de la «tève» (pour TVA) : Mardoché Mouly, dit «Marco l’élégant» et Arnaud Mimran, le golden boy des beaux quartiers. Tous naviguent dans les eaux troubles de la mafia franco-israélienne que la police nomme le «milieu affairiste franco-israélien».
En attendant le déroulement du procès, il n’est pas évident que le Trésor public récupère unjour les millions détournés. Parmi les 12 personnes renvoyées en procès fin juillet, six fontl’objet de mandats d’arrêt, pour la plupart des gérants de paille désormais installés en Israël. «Identifier les biens des cadors de la ‘tève’ [TVA] est extrêmement difficile, constate un enquêteur. Car ils dissimulent leur patrimoine derrière des sociétés immatriculées dans les paradis fiscaux»

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