Le pays africain le mieux loti dans le classement 2017 du rapport Doing Business pointe au 49ème rang. Maurice qui ouvre un top ten d’où ne figure toujours pas un pays d’Afrique de l’Ouest est l’éternel bon élève du FMI et de la Banque Mondiale. Toutefois, l’Ile de l’Océan Indien et son PIB de 9610 dollars par habitant, qui en fait un pays à revenu intermédiaire, a perdu sept places par rapport à l’année dernière..il y faut 5 procédures et 6 jours ouvrables pour monter son entreprise contre une moyenne continentale de 27,3 jours en Afrique. L’Ile Maurice fait cependant mieux que l’OCDE (8 ,3 jours). L’un des arguments phares qui fait de ce petit pays la destination de choix pour les investisseurs et le faible coût de constitution d’une entreprise, estimé à 1.8% du revenu par habitant contre une moyenne de 54% pour l’Afrique et 3,1% pour l’OCDE. 
L’introduction de l’approche genre permet de dire que la femme passe 7 jours pour monter son entreprise à Maurice contre 27,5 jours en Afrique et 8,3 jours dans la zone OCDE. Rappelons que Maurice n’exige plus de capital minimum pour la constitution d’une entreprise là où il en faut une moyenne de 33,1% en Afrique et 9,2% pour l’OCDE. Si la petite île peut paraître ultra-libérale dans sa politique fiscale (un taux d’impôt sur la société de 21,8% du bénéfice contre 46% en Afrique), elle n’en constitue pas moins un modèle social en ce sens que l’enseignement et la santé y sont gratuits et universels.  

Derrière Maurice, arrive le Rwanda (56ème mondial) en progression de 3 places..Le pays des 1000 collines réalise un bond phénoménal dans la création d’entreprise, passant de la 109ème marche à la 66ème soit un gain de 33 places. Ainsi, quatre jours suffisent pour obtenir son registre commercial au pays de Paul Kagamé. A l’inverse de Maurice, le coût de constitution d’une entreprise à Kigali est d’environ 44% du revenu par habitant.
Le Maroc (68ème mondial) complète le podium africain. Il y faut 9,5 jours pour créer son entreprise contre 20 jours dans la zone MENA. Le coût de création d’une entreprise équivaut à 7,9 % du revenu moyen là où il en faut 20% de moyenne en zone MENA. Par ailleurs, 49 jours sont nécessaires pour le raccordement à l’électricité contre une moyenne de 76,2 jours en zone OCDE. Laquelle zone applique un coût de raccordement de 62,5% du revenu moyen contre 1770% de ce revenu au Maroc.
Derrière le Maroc, arrive le Botswana 71ème. Naguère habitué des éloges de Bretton Wood, le pays du diamant a perdu 10 places dans l’indice de création des entreprises. Sur ce critère clé, le Botswana est 153ème. Il faut 48 jours ouvrages pour constituer sa société certes pour l’un des coûts le plus bas du monde, soit 0,8% du revenu moyen par habitant.

À noter aussi que l’Afrique du Sud (5ème africain et 74ème mondial) recule tant dans le classement général (-2) que la création d’entreprise (131ème contre 125ème dans le classement précédent). La parité parfaite hommes/femmes dans la création d’une entreprise (43 jours) et le coût de constitution (0,2% du revenu par habitant) relativement bas font du pays de Mandela une destination prisée.

En dépit de sa transition difficile, la Tunisie reste 6 ème au classement africain et 77e au niveau mondial (juste devant la Chine, 78 ème) , en dégringolade cependant de 12 places au niveau du critère sensible de création d’entreprise (103 ème).

Le Kenya, 7ème africain et 92éme mondial , intègre le club des 10 réformateurs dans le monde. Le géant de l’Afrique de l’Est gagne 21 places dans le classement général, la même progression dans le raccordement de l’électricité et 34 dans la création de l’entreprise. Les réformes en profondeurs conduites au pays de Jomo Kenyatta touchent les règlements de l’insolvabilité et, entre autres, la protection des actionnaires minoritaires.

Les Seychelles (8ème africain et 93e mondial ) ont vu s’alourdir les formalités de création d’entreprise, ce qui explique la perte de 8 places enregistrée dans le présent classement.

La Zambie (9 ème africain et 98 ème mondial ) voit beaucoup de ses indicateurs se détériorer: recul de 9 places dans la création d’entreprise et 44 dans le raccordement à l’électricité. L’année électorale 2016 portée sur les élections générales dans ce pays d’Afrique australe est-elle la seule cause de cette contreperformance? 

Le top ten africain se referme sur le Lesotho (100 ème mondial) en progression de 12 places grâce à des réformes ciblées.

Pour le reste, voici les autres pays africains: Ghana et Lesotho (108 ème), Ouganda (115éme ), Egypte (122 ème), Cap Vert (129), Tanzanie (132), Malawi (133), Mozambique (137ème), Mali (141ème), Côte d’Ivoire (142ème), Gambie (145), Burkina Faso (146eme), Sénégal (147eme), Sierra Leone (148), Niger (150ème), Comores (153ème), Togo (154ème), Bénin (155éme), Algérie (156ème), Burundi (157ème), Éthiopie (159ème), Mauritanie (160ème), Zimbabwe (161e), Sao Tomé et Principe (162e), Guinée (163e), Gabon 164e), Cameroun (166), Madagascar 167e), Soudan (168), Nigeria (169), Djibouti (171e), Guinée Bissau (172), Liberia (174e), Congo Brazzaville (177), Guinée Équatoriale (178), Tchad (180), Angola (182), Congo RDC (184), Centrafrique (185), Soudan du Sud (186), Libye (188), Érythrée (189e).

Paradoxes et vérités d’un rapport autocentré 
-La croissance et la prospérité ne correspondent pas nécessairement aux meilleurs classements dans le Doing Business. La Chine (78éme) et l’Inde (130eme) montrent bien que le modèle des BRICs n’est pas le bon aux yeux de la vision néolibérale qui gouverne le Doing Business. La perception dégagée dans le sondage de la SFI ne reflète pas la réalité qui veut que les pays émergents soient plus attractifs en termes d’IDE.

-L’OCDE reste la référence sous entendue dans ce rapport qui aurait pu d’ailleurs s’intituler : « Doing Business pour les ressortissants de l’OCDE ». Certains en France (pays classé 29éme) diraient « Doing Business pour les anglo-saxons ». Il est clair que le premier pays classé dans ce rapport, la Nouvelle Zélande, n’est pas plus attractif vu hors de l’OCDE. 
-Les pays africains se doivent de prendre en compte ce rapport approximatif dans ses conclusions mais assez intéressant pour évaluer la performance des réformes. Il convient de noter dans ce cadre que la suppression du capital minimum dans beaucoup de pays n’a pas tellement fait fléchir le coût de constitution d’une entreprise exprimée en pourcentage de revenu moyen par habitant..
-D’autre part, peu d’investisseurs habitués à l’Afrique ne manqueront de ciller en observant que le Mali (141ème ) est classé devant la Côte d’Ivoire 142). À moins qu’il ne soit amateur des montées d’adrénaline, un investisseur ne va pas préférer un pays qui a perdu le Nord et (presque le centre ) pour un pays qui a retrouvé la paix et qui consolide son statut de première destination des IDE dans l’Afrique de l’Ouest francophone. Un simple examen des faits (flux des IDE, réformes engagées) suffit à en avoir le cœur net. Reste que le Mali a conduit des réformes précises qui lui ont permis de faire un bond de 64 places dans la création d’entreprise. Tout au contraire de la Côte d’Ivoire, en recul général sur la création d’entreprise, l’obtention d’un permis de construire et, entre autres, l’obtention de prêts.
-Le fait que la Gambie arrive devant le Burkina Faso et le Sénégal montre à notre sens qu’il n y a pas de prime à la démocratie dans ce classement. Dakar recule sur les critères principaux à l’instar de la Côte d’Ivoire. Si un délai de 6 jours est nècessaire pour créer une entreprise au Sénégal, Il faut cependant 62% du revenu moyen par habitant pour couvrir le coût de création, soit largement au dessus de la moyenne subsaharienne(54% du revenu moyen). De même le Sénégal maintient le capital minimum à 4,7%du revenu moyen là où beaucoup de pays l’ont supprimé.
-Que dire des classements des géants Égypte Algérie et Nigeria sinon que le poids ne compte pas dans le rapport Doing Business ! Si comme le dit classement, le Nigeria qui vient de consolider sa démocratie par une alternance saluée dans le monde entier est moins attractif que le Soudan dont le président est objet d’un mandat de la CPI, alors il ne reste qu’à conclure que le Doing Business exclue de son champ la bonne gouvernance des institutions publiques et le respect des droits de l’homme. Selon cette logique, l’ancien président tunisien Ben Ali est meilleur que son actuel successeur élu au suffrage universel par son peuple. 
-Selon le classement, il ferait mieux d’investir en Syrie que dans nombre de pays comme le Liberia. Un constat qui appelle au réalisme.
En conclusion, il convient de prendre compte de ce rapport tout en le relativisant et en veillant qu’il ne devienne le pilote de nos politiques publiques. 

Les réformes à mener en Afrique doivent moindre correspondre aux indicateurs et rubriques du Doing Business qu’aux attentes réelles des porteurs de projets. Les difficultés de l’accès au marché du crédit, l’absence de support pour les porteurs de projet, la non reconnaissance pleine du statut d’auto-entrepreneur, le coût du raccordement à l’électricité méritent un traitement en profondeur. Pour contrebalancer ce rapport, l’Afrique ne. devrait-elle pas, à travers ses institutions (BAD, NEPAD), faire un classement des meilleurs endroits pour les africains, aussi bien en termes d’investissement que de facilité de circulation et d’absence de barrières non tarifaires? 
Adama Wade

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