Le 21éme Forum de la réassurance africaine s’est ouvert lundi 3 octobre à Dakar sur un constat: la faible capacité du secteur à assurer et à réassurer le risque africain. En effet, une bonne proportion des 64 milliards de dollars de primes collectées par le marché de l’assurance et des 8,3 milliards de dollars générés par la réassurance sont rétrocédés à l’étranger. Certains risques comme les grands chantiers d’infrastructures exécutés par les pays émergents sont intégralement assurés à l’étranger. 
Les décideurs et experts qui se sont succédés au pupitre ont plaidé pour une mobilisation afin d’éliminer l’évasion des capitaux vers les grands centres financiers mondiaux. L’argent collecté à travers les souscriptions devrait être consacré à la construction des infrastructures et au financement du développement selon les panélistes.
Cette mutation passe par une augmentation des capacités financières et techniques des compagnies d’assurance et de réassurance. Favorable à une telle perspective, Brima Mangara, ministre sénégalais délégué auprès du ministre de l’Economie et des Finances, chargé du Budget, préconise la mutualisation des capacités des acteurs comme solution permettant d’accroître le taux de rétention des primes.
 En attendant, la récente décision de la Conférence interafricaine des marchés d’assurances (CIMA) de relever le capital minimum de 1 à 5 milliards de FCFA (les acteurs existants ont trois ans pour s’y conformer) constitue une bonne nouvelle aux yeux de Corneille Karekezi, PDG d’Africa Ré. “Cela donnera aux acteurs le moyens de faire face aux paiements des sinistres. C’est plutôt une bonne nouvelle”. Presque tous les opérateurs présents partagent l’avis du premier réassureur du continent (hors Afrique du Sud). 

Le relèvement du niveau des fonds propres permettra au secteur de ” mieux jouer son rôle et de respecter les ratios de bonne gestion, notamment une bonne couverture des engagements et une marge de solvabilité confortable”, détaille Mor Adji, président de la Fédération des Sociétés sénégalaises d’assurance, favorable à la coassurance et à la réassurance à travers les sociétés nationales puis régionales.  

“Le relèvement du capital minimum va dans le sens d’une mise à niveau du secteur”, commente Femi Oyetunji, directeur général de Continental Reinsurance.
Autre mesure essentielle aux yeux des acteurs, l’amendement de l’article 308.

 Cette disposition interdit de souscrire une assurance directe d’un risque concernant une personne, un bien ou une responsabilité situé sur le territoire d’un Etat membre auprès d’une entreprise étrangère qui ne se serait pas installée localement. En outre, toute cession en réassurance à l’étranger portant sur plus de 75 % d’un risque concernant une personne, un bien ou une responsabilité situé sur le territoire d’un Etat membre à l’exception de certains risques spéciaux est soumise à autorisation.
Pour Saybatou AW, directeur gèneral d’Aveni Ré, “l’application de cette disposition contribuera au développement du secteur et poussera le taux de rétention à des seuils de 70 à 80%”. L’objectif du régulateur est la conservation des primes d’assurance et de réassurance. Cela va pousser les réassureurs étrangers à s’implanter localement s’ils veulent participer au marché, opine M. Aw.
Présents à la rencontre de Dakar, des responsables de la Compagnie algérienne de réassurance (CCR) ont estimé qu’il était en effet nécéssaire que l’Afrique puisse utiliser les fonds mobilisés auprès des souscripteurs pour financer son développement. “L’Algérie compte le taux de cession le plus bas du continent contre une moyenne africaine de 24% et un pic allant jusqu’à 55% dans des pays comme l’Egypte” , souligne le responsable de la CCR. L’Algérie impose en effet un taux de cession légale de 50% au profit de la CCR devenue un géant d’Afrique. Un exemple à suivre ? 
Confronté à de rapides mutations engendrées par la révolution numérique et la mondialisation, ainsi que le rappelle Moussa Diaw, président du comité d’organisation, le secteur africain de l’assurance fait partie des cinq services prioritaires faisant actuellement l’objet de négociations à Addis Abeba dans le cadre de la Zone de libre échange continentale. 

En marge du forum 


Lancement du rapport Africa Reinsurance Pulse
La première édition du rapport Africa Reinsurance Pulse vient de voir le jour. Lancée en marge du 21éme forum de la réassurance qui se tient à Dakar les 3 et 4 octobre, cette revue concentre des données et des analyses détaillées du secteur de la réassurance. Conduit par Dr. Schanz (Alm & Company), l’enquête est sponsorisée par Africa Ré, Swiss Ré, Casablanca Finance City et Qatar Financial Centre (QFC). Quelque 22 réassureurs et courtiers ont été approchés pour les besoins de l’étude. Ce qui a conduit à estimer le marché africain de la réassurance à une taille de 8,3 milliards de dollars. Les personnes sondées estiment globalement que le protectionisme ou la cession légale ou obligatoire sont de nature à freiner le marché domestique. 

L’algérienne CCR cible le reste de l’Afrique 
Le taux de cession légale pratiqué en Algérie a donc fait de la Compagnie Centrale de Réassurance (CCR) un géant d’Afrique. Avec 236 millions de dollars de primes souscrites en 2015 et un ROE de 11,9%, la compagnie algérienne entend étendre ses services sur le reste de l’Afrique, au Moyen Orient et en Asie. Des liens solides sont noués avec les acteurs de ces marchés. La CCR dit être prudente, travaillant pour le profit et non la croissance. 
Aveni -Rè conforte son capital 
Première société privée de réassurance dans la zone CIMA, Aveni-Ré était aux premières lignes lors de ce forum africain de la réassurance. Pour son patron, Saybatou Aw, ce forum qui a passé le cap des 20 ans est une plateforme de concertations entre les acteurs et les régulateurs. Le patron d’Aveni Ré salue par ailleurs l’amendement de l’article 308, lequel offre de nouvelles perspectives pour les acteurs. Aveni Rè a fait évoluer son capital de 8 milliards de FCFA en 2012 à 16 milliards en 2016 puis, selon les projections, 22 milliards de dollars en 2017. 

Africa Rè tout proche de ses objectifs 
Créée en 1976, Africa Ré compte une quarantaine d’Etats africains dans son actionnariat. L’objectif de la mise en place de cette compagnie continentale basée à Lagos était de retenir les primes au niveau africain. Le directeur général estime que la compagnie ne cède que 10% environ et arrive à retenir 90% des primes. “Nous devons retenir le maximum ici sans pour autant fermer les portes à l’expertise et à la capacité financière étrangère”, prévient Corneille Karenzizi. Pour ce cadre rwandais, il faudrait considérer la réalité du marché africain qui n’a pas la taille suffisante pour absorber tous les risques.
.Adama Wade.

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