img_6694-1.jpgIl est désormais interdit d’assurer ou de réassurer l’automobile et l’assurance vie à l’extérieur. Les opérateurs africains ont-ils les moyens d’absorber tous ces risques ?
Par Adama Wade.

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La taille du marché de l’assurance en Afrique est théoriquement de 64 milliards de dollars. Celui de la réassurance est de 8,3 milliards de dollars. En fait, une bonne partie de ces montants  souscrits en Afrique est transférée par delà les mers dans les grandes places financières mondiales. Seuls 24% des primes émises restent sur le continent.

C’est pour inverser cette donne que le régulateur a amendé l’article 308 du Code de la Conférence interafricaine du marché de l’assurance (CIMA, ensemble de 14 pays). Une évolution réglementaire qui interdit strictement la rétrocession à l’étranger de certains risques courants (comme l’automobile et l’assurance vie) mais qui ne concerne pas des risques spécifiques comme l’aviation et le pétrole. Le sujet était au centre des discussions lors de la 21ème édition du Forum de la réassurance africaine tenue à Dakar les 3 et 4 octobre 2016.
D’emblée disons qu’entre les tenants du « protectionnisme éducateur » et les partisans d’une grande libéralisation, il n’y a pas une opposition frontale. Le problème est plutôt de savoir ou placer le curseur, explique Yann de la Monneraye du cabinet Price Waterhouse Cooper. « L’article 308 devrait mécaniquement augmenter le taux de rétention. Toute la question est de savoir maintenant si les compagnies africaines de réassurance disposent à l’heure actuelle des capacités et des ressources humaines pour absorber les risques ».

Pour les tenants du tour de vis protectionniste, l’amendement de l’article 308 est une manière de permettre aux acteurs africains de capter une bonne partie des primes émises. Plus prudent, le président de la Fédération des sociétés africaines de droit national (FANAF) Adama Ndiaye estime que l’augmentation du taux de rétention sera progressive. « Nous sommes dans une zone qui compte 174 compagnies d’assurance pour des primes n’excèdent pas 2 milliards de dollars. Il y a forcément beaucoup de réformes à faire ». Il est clair que le relèvement du capital minimum de 1 à 5 milliards de FCFA ne suffirait pas à lui seul pour mettre fin à la fragmentation du secteur. L’appel au regroupement et à la mutualisation de la capacité des acteurs émis à l ouverture du Forum par Brima Mangara, ministre sénégalais délégué auprès du ministre de l’Economie et des Finances, chargé du Budget, sera-t-il entendu?
En attendant, des pays africains ont expérimenté avec succès la mise en place des barrières de rétention de primes. C’est le cas notamment de l’Algérie qui  » compte le taux de cession le plus bas du continent contre une moyenne africaine de 24% et un pic allant jusqu’à 55% dans des pays comme l’Egypte » , souligne Abdellah Benseidi, Marine & Aviation Manager de la Compagnie Centrale de Réassurance (CCR). Si l’exemple de ce grand pays maghrébin a permis de faire de cette compagnie une référence, il convient de dire que toute rétention de primes correspond à un risque. Le récent incendie d’une gare au Ghana, un sinistre évalué à 1,5 milliard de dollars montre que les enjeux des evolutions actuelles vont au delà du cadre réglementaire et interrogent la capacité réelle des acteurs à faire face aux risques. C’est que rappelle Richard Lowe, PDG d’Activa. « Certains grands ivestisseurs mondiaux viennent en Afrique car ils savent que leurs risques sont pris en charge par des assureurs locaux et internationaux. Mettre des barrières à la réassurance c’est faire perdre le continent en attractivité « . Au final, le Forum de Dakar a pris fin sans que les acteurs ne sachent où faudrait-il placer le curseur.

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