Au Gabon, le droit a prévalu. Les 9 juges de la Cour Constitutionnelle ont rejeté les recours introduits par le candidat de l’opposition, Jean Ping, 74 ans, confirmant ainsi et amplifiant la victoire du président sortant. Réélu avec 50,6% des voix, Ali Bongo, 57 ans,arpente les chemins menant vers son deuxième mandat en mesurant sans doute son rejet, immense, par la presse “main stream” de la Françafrique.
Si cette vindicte médiatique orchestrée par des porteurs de valises auto-proclamés et des barbouzes décomplexés constitue plutôt un avantage dans un contexte africain de débat public farouchement anti-colonialiste, en revanche Ali doit agir vite pour résorber la fracture ethnique ouverte expliquant la polarisation extrême constatée dans le vote. 
Le discours politique violent constaté durant les deux ans précédant les élections et portant souvent sur la filiation du président et cette fameuse “légion étrangère”, expression caricaturale désignant les collaborateurs non gabonais de souche du président sortant, a rencontré un écho inquiétant dans des couches urbaines de Libreville et Port Gentil, déçues de la lenteur de la transformation sociale promise par le Plan Gabon Emergent.
L’appel au dialogue politique lancé par le président sortant, peu après la confirmation de sa réélection, dans la nuit du vendredi à samedi, va dans le sens de l’ouverture politique suspendue, il faut le dire, à la réponse (qu’on attendait encore lors de la rédaction de ces lignes) de l’opposition. 
“Nul ne peut contester le fait que Jean Ping a largement gagné cette élection», a toutefois réagi son porte-parole, Jean Gaspard Ntoutoume Ayi, après l’annonce de la Cour, ajoutant que Jean Ping ferait une déclaration ce samedi matin. 
 

Rappelons que l’Etat gabonais a mis en garde dès mercredi Jean Ping qu’il serait arrêté s’il franchissait «la ligne rouge» dans l’hypothèse où il n’obtiendrait pas gain de cause en justice. 

Réélu mais fragilisé jusque dans ses bases du Parti Démocratique Gabonais (PDG) déserté par les caciques, Ali Bongo doit plus que jamais créer une coalition aussi large que possible. Le Gabon a besoin d’un large consensus pour poursuivre des réformes essentielles portant sur la transformation économique et sociale qu’il ne faudrait surtout pas limiter à la simple transformation locale des matières premières. 

Seul une large coalition permettra au président de faire face aux forces d’inertie de la françafrique mandatées par certains intérêts occultes de multinationales nostalgiques des temps coloniaux. 

Le vrai enjeu est maintenant de permettre au Gabon de poursuivre sa diversification économique après 50 ans d’immobilisme. A dèfaut, on livrerait Ali Bongo mains et pieds liés aux “Fournisseurs de légitimité” qui font légion et qui s’empresseront de reproduire le statu quo de l’Afrique à Papa et à Elf. 

 L’avenir du Gabon comme de tous les pays africains est plus que jamais dans l’intégration et le libre -échange continental. C’est pourquoi le discours xénophobe doit échouer car contre-productif et alimenté souvent par la vision ethnique ou culturaliste limitée de la rente pétrolière ou minière comme gâteau à partager. L’Afrique nouvelle fécondera ses potentialités seulement par la levée des carcans faussement nationalistes et l’ouverture des frontières, du marché du travail,du marché des capitaux, des sûretés et garanties bancaires. Nous voulons une Afrique fondée sur le talent de ses hommes et femmes, de ses entreprises et non sur le cours mondial du cacao ou de la banane.