- Public Eye Magazin, page 7:"Les centaines de marchands ambulants, qui luttent pour survivre en vendant babioles ou autres boissons au milieu du trafic, sont directement exposés à des gaz d’échappement particulièrement nocifs". / "Mitten im Abgas: Strassenhändlerin und -händler in Accra, Ghana." - Dirty Diesel. How Swiss Traders Flood Africa with Toxic Fuels. A Public Eye Investigation, September 2016., page 72 : "Accra’s problem is less the number of cars that groove the streets than the bursts of thick black fumes the vehicles spit, subsequently inhaled by hordes of hawkers, drenched in sweat, scraping a living selling trinkets, cold drinks and SIM cards to the prisoners of the infernal traffic". Ghana, Accra.
:”Les centaines de marchands ambulants, qui luttent pour survivre en vendant babioles ou autres boissons au milieu du trafic, sont directement exposés à des gaz d’échappement particulièrement nocifs”. /  Accra, Ghana. Magnum.

Selon une enquête publiée le 15 septembre par l’ONG Public Eye, les traders pétroliers suisses vendent en Afrique un carburant comportant une teneur en souffre de 2000 à 1000 fois supérieur à ce qui est vendu en Europe. Les faibles standards réglementaires et le contrôle défaillant explique les raisons de ces pratiques répandues. 

Au terme de trois ans d’enquête, l’ONG révèle que  “le sale Diesel” vendu en Afrique  met en péril la santé des populations exposées aux particules fines et à des substances chimiques cancérigènes. La pratique semble répandue chez Vitol, Adax& Oryx et Trafigura qui mélangeaient le carburant destiné au continent avec des produits toxiques contenant des substances très nocives comme du benzène et des aromatiques polycycliques, à des niveaux également interdits par les normes européennes.

Le rapport est sans équivoque: “les négociants suisses ne se contentent pas de vendre du diesel et de l’essence toxiques ; ils les fabriquent à dessein, en mélangeant divers produits pétroliers semi-finis à d’autres substances pétrochimiques afin de créer ce que l’industrie appelle « la qualité africaine ». Ces carburants très polluants sont principalement produits et exportés depuis la zone ARA (Amsterdam-Rotterdam-Anvers), où les négociants suisses disposent d’importantes infrastructures, telles que des raffineries et des entrepôts. Les sociétés suisses produisent en Europe des carburants qui ne pourraient jamais y être vendus. Ils sont par ailleurs responsables d’une part importante des exportations de diesel et d’essence à haute teneur en soufre entre la zone ARA et l’Afrique de l’Ouest. De nombreux pays d’Afrique de l’Ouest, qui exportent vers l’Europe du pétrole brut d’excellente qualité, reçoivent ainsi en retour des carburants toxiques.”

La faible réglementation du diesel en Afrique (le PPM 1500  y est courant alors qu’il est interdit partout ailleurs au profit du PPM 50 comportant 50 particules par million).

Dans le cadre de son enquête, Public Eye a effectué des prélèvements dans des stations essence de huit pays africains (Angola, Bénin, Congo-Brazzaville, Ghana, Côte d’ivoire, Mali, Sénégal et Zambie) détenues ou alimentées par ces maîtres du négoce pétrolier, comme Trafigura, Vitol ou Oryx. Plus de deux tiers des échantillons contiennent un taux de soufre supérieur à 1 500 parties par million (ppm). Avec une pointe à 3 780 ppm au Mali.

Rappelons que la  limite est de 10 ppm en Europe, aux Etats-Unis et même en Chine, à compter de 2007. Ce rapport explosif lève la lumière sur l’une des raisons des la pollution observée dans les grandes villes africaines.

L’ONG rappelle que la production et la vente de carburants toxiques sont illégitimes et violent le droit à la santé de la population africaine, victime de la plus forte augmentation de la pollution de l’air en zone urbaine au niveau mondial, selon une étude récente de l’OMS. Les projections de l’International Council on Clean Transportation (ICCT) prévoient que la pollution de l’air liée au trafic routier causera, en 2030, trois fois plus de décès prématurés en Afrique qu’en Europe, aux Etats-Unis et au Japon réunis. Les maladies respiratoires représentent déjà un problème majeur dans cette région et les gaz d’échappement du diesel sont classés cancérogènes par l’OMS.

Afin d’arrêter cette bombe à retardement, les gouvernements africains doivent adopter des standards plus stricts, estime le rapport. Reste à savoir si ces révélations explosives pousseront les parlementaires et les gouvernements africains à se saisir d’un problème devenu une menace majeure sur la santé publique.

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