lionLe tout dernier rapport de McKinsey, diffusé le 15 septembre 2016,  souligne que si  la croissance globale de l’Afrique s’est ralentie, les fondamentaux économiques et les opportunités commerciales sont forts à long terme.

Loin du triomphalisme d’il y a six ans, quand le cabinet américain parlait des lions rugissants, le ton est aujourd’hui plus nuancé. Intitulé «MGI Lions on the Move II : réaliser le potentiel des économies Africaines», le rapport  montre que la croissance des économies du continent emprunte des voies divergentes.

 

Ainsi, 11 économies représentant 60% du PIBdu continent (les pays exportateurs de pétrole en plus des trois pays ayant connu le printemps arabe, c’est-à-dire l’Egypte, la Lybie et la Tunisie) affichent un ralentissement important. Les autres économies, pesant 40% du PIB, ont accéléré leur taux de croissance annuel, passé de 4,1% entre 2000 et 2010 à 4,4% entre 2010 et 2015. En dépit du contraste entre les deux groupes, le tableau d’ensemble est positif selon les estimations de Mckinsey, qui rappelle que le FMI voit l’Afrique au rang de deuxième région mondiale en terme de croissance d’ici 2020.

Cette croissance n’est plus portée seulement par les matières premières mais de plus en plus par une dynamique sociale forte dont l’un des taux d’urbanisation les plus rapies au mone. Au cours des dix prochaines années, 187 millions d’africains de plus vivront en ville, soit l’équivalent de la moitié de la population américaine d’aujourd’hui. D’ici là le continent comptera la plus grande population en âge de travailler au monde, soit 1,1 milliard de personnes en 2034, un nombe plus élevé que celui de la Chine ou de l’Inde. A cela s’ajoute les plus vastes réserves mondiales d’un grand nombre de ressources naturelles essentielles. Par exemple, relève le rapport, 60% de la surface agricole utile encore non utilisée dans le monde se trouve en Afrique, réservoir aussi des plus grandes réserves mondiales de vanadium, de manganèse et d’autres minerais.

La croissance de l’Afrique  sera portée en outre  par la révolution technologique accélérée. La pénétration des smarthpones passera de 10% en 2015 à 50% en 2020.

Jusque-là portée par les exportations des minerais et des matières agricoles non transformées, l’on assistera dans les dix prochaines années à une croissance basée sur la demande interne. Estimées actuellement  à 4000 milliards de dollars, l es dépenses des ménages et des entreprises atteindront 5 600 milliards de dollars en 2025.  Le cabinet américain estime que la consommation des ménages africains augmentera de 3,8% d’ici 2025 pour atteindre 2 100 milliards de dollars. Près de la moitié de la croissance globale en termes de consommation se concentrera dans 75 villes. Quant aux dépenses d’entreprises, elles augmentera de 900 milliards de dollars entre 2015 et 2025 pour atteindre 3 500 milliards de dollars. La production manufacturière doublera pour atteindre 500 milliards de dollars sur la période. .   Les trois quarts de ce développement pourraient être générés par les entreprises basées en Afrique qui répondent à la demande en pleine expansion du marché africain.  Aujourd’hui, l’Afrique importe un tiers des produits alimentaires, des boissons et des produits transformés similaires qu’elle consomme.  Le quart restant de la croissance pourrait venir d’une augmentation des exportations. Une accélération de l’industrialisation pourrait mener à un changement de la productivité et à la création de six à quatorze millions d’emplois stables au cours des dix prochaines années, et devrait représenter une priorité pour les gouvernements.

« Pour tirer profit des marchés de la consommation, les entreprises devront cerner les tendances en matière de revenus, d’évolution démographique et de catégories. Pour prospérer dans le secteur commercial, les entreprises devront offrir des produits et mettre en place des équipes de vente capables de cibler un secteur privé relativement fragmenté.   Ce que notre étude montre également c’est le niveau d’effort que doivent fournir aussi bien les entreprises que les gouvernements africains pour traduire ces opportunités en avantages économiques tangibles. », déclare Acha Leke, associé principal chez McKinsey et co-auteur du rapport.

 

Le rapport est accompagné d’une  nouvelle base de données sur les entreprises africaines  indiquant que le continent compte 700 entreprises générant des revenus de plus de 500 millions de dollars, dont 400 réalisent plus de 1 milliard de chiffre d’affaires.  Les grandes entreprises africaines se développent plus rapidement et sont généralement plus rentables que les entreprises internationales équivalentes.    Cela étant, l’Afrique (à l’exception de l’Afrique du Sud) ne compte que 60 pour cent du nombre théorique de grandes entreprises par rapport aux autres régions émergentes. Par ailleurs, leurs revenus annuels moyens de 2 milliards de dollars ne représentent que la moitié de ceux des grandes firmes brésiliennes, indiennes, mexicaines et russes.  Aucune entreprise africaine ne figure au Fortune 500.

Les 100 principales entreprises africaines ont réussi en prenant des positions dominantes sur leurs marchés domestiques, en développant leurs activités sur plusieurs décennies, en intégrant ce que d’autres entreprises auraient tendance à sous-traiter, en investissant dans les infrastructures et en fidélisant les talents.  Six secteurs à haut potentiel caractérisés par une forte croissance, de bons rendements et un faible taux de consolidation, présente des opportunités additionelles de croissance : le commerce de gros et de détail, les aliments et la transformation des produits agricoles, la santé, les services financiers, l’industrie légère et la construction.

L’étude détermine six priorités déclinées sous forme de recommendations à l’endroit des décideurs politiques africains.

  1. Mobiliser d’avantage les ressources financières domestiques au profit du développement
  2. Diversifier de manière agressive les économies, encourager la croissance des secteurs à haut potentiel en étroite collaboration avec les entreprises en tenant compte des avantages comparatifs des différents pays
  3. Accélérer le développement des infrastructures
  4. Renforcer l’intégration régionale
  5. Créer les talents de demain en faisant en sorte que les systèmes d’enseignement et de formation soient adaptés au marché du travail, que les étudiants soient informés des métiers en croissance et incités à suivre les formations adéquates
  6. Soutenir une urbanisation « saine » de façon à ce que les villes se développent avec les infrastructures nécessaires pour créer l’impact économique et social le plus positif possible, tout en assurant leur compétitivité internationale

Pour les auteurs du rapport, ces  six priorités ne pourront être réalisées  que grâce à une vision et à une détermination à mener des réformes drastiques dans de nombreux domaines de la vie publique, et que si une administration publique compétente s’engage sur la durée à mettre en œuvre de telles réformes.


 

McKinsey Global Institute

Le McKinsey Global Institute (MGI), département de recherche sur l’économie et les entreprises de McKinsey & Company, a été fondé en 1990 pour approfondir les connaissances sur l’évolution de l’économie mondiale.  L’objectif est  de fournir aux décideurs des secteurs commercial, public et social les informations et réflexions dont ils ont besoin pour étayer leurs décisions en matière de gestion et de politiques Les associés de McKinsey & Company financent les recherches effectuées par MGI ; celles-ci ne sont jamais commandées par des entreprises, des gouvernements ou d’autres institutions. Le Lauder Institute de la University of Pennsylvania a classé MGI comme premier groupe de réflexion mondial du secteur privé dans le cadre de l’édition 2015 de son Global Go To Think Tank Index.

 

McKinsey & Company Afrique

Présente depuis plus de 20 ans en Afrique, McKinsey & Company a des bureaux en Éthiopie, au Kenya, au Maroc, au Nigeria, en Afrique du Sud et en Angola.  Le cabinet  élabore des stratégies et renforce les activités des intervenants des principaux secteurs économiques..  McKinsey est intervenue dans plus de 1 400 projets sur tout le continent africain

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